André Derain à Troyes

J’avais déjà brouillonné plusieurs articles pour traiter de l’affaire Abdessemed – comme j’avais traité une ‘affaire Barceló’ dans mon blog précédent, mais alors c’était pour dire combien j’aime l’art de Barceló ! – et heureusement, grâce au Pass de Télérama – et là encore, j’avais lu l’article d’Yves Michaud sur l’audace artistique, ô ma rage ! … je suis allé revoir Derain au Musée d’art moderne de Troyes…

Je ne reviens pas (tout de suite) à cette fameuse ‘querelle de l’art contemporain’, mais, quand on voit les aberrations qui s’étalent un peu partout, généreusement subventionnées par nos politiques démago et largement offertes à l’ahurissement (et probablement la crétinisation programmée) de tous !!! Pourtant non, d’un coup (en franchissant une porte) j’ai constaté qu’il n’y a ni défaite ni mort de l’art envisageables ; pas de crise, pas de remise en question possible, ni progrès, ni regrès d’ailleurs : de l’art (vrai) ou pas d’art du tout ! De l’art, toujours, admirablement, vivant dans sa visée de dessiner une autre perception du monde pour favoriser une autre aperception de moi-même. Un art vivant ne vieillit pas, ne se démode évidemment pas, ne ‘passe’ pas : travail fini qui ouvre la porte d’un infini, il est d’une actualité qui ne se fane pas. Travail fini, indéfiniment inachevé, recommencé, triomphant au regard des vivants qui le déchiffrent, il anéantit les puissances d’anéantissement, la subversion généralisée et systématique qui nous tient lieu de culture. On pourrait dire aussi, pour ne pas s’emballer, le n’importe quoi (1) comme ces films présentés par M. Abdessemed à Grenoble, je le dis enfin : des animaux massacrés à coup de masse sur le crâne ! (2)

Maintenant je ne dirai rien de l’art d’André Derain : je ne parlerai ni de l’homme ni de son travail, des vicissitudes de cette vie qui l’ont poussé à l’exil, désormais à l’oubli, quasiment. Que n’a-t-on pas dit de cette créativité avortée, de cette vanité qui a conduit l’artiste à un malheureux voyage en Allemagne nazie ? Mais je veux ici rappeler ce qu’est un ‘art vrai’, sans hésiter à contrarier les nouveaux ‘modernes’ si sûrs d’eux ; que dis-je, un art ‘français’ (?). Intelligence, délicatesse, subtilité et profondeur, poésie en minutie et geste d’éloquence revendiquée : en jouant du trait, de la couleur, des fonds, du détail, produire une image qui est bien à la ressemblance du réel sensible mais qui l’augmente d’une valeur ( mais laquelle ? beauté ou réalité même, vérité ou présence charnelle ?) d’une valeur infinie, d’un coefficient multiplicateur d’émotion au point qu’on ne doute plus… D’être, et d’être pour connaître, et de connaître pour s’amplifier d’être, expansion sans limite de …bonheur, c’est à dire de vie bonne, d’instants pléniers, de certitudes sans le confort des mots devenus inutiles pour le dire. Derain est bien connu pour avoir participé à l’aventure du fauvisme – mais son ami Vlaminck n’y fut-il pas meilleur ? – pour avoir fortement contribué à un assagissement de l’art d’après-guerre – mais Balthus, quitté le surréalisme, n’était-il pas plus classique encore et d’apparent conformisme ? Derain a volontairement ignoré l’abstraction, mais pour frôler une non-figuration d’expérience, en liberté ; libre pinceau de téméraire, d’explorateur, sans tabou. Derain a entraîné la tradition, où il était passé maître, à la plus haute ‘fantaisie’, la plus haute liberté de montrer là, dans le cadre du tableau, ce que chacun peut voir sans le connaître et que lui, l’artiste, sait nous faire découvrir plus intimement, en vie profonde, chaleureuse, lumineuse, secrète et accueillante à la fois. Mais voyez plutôt ces quelques images, ce Derain qu’on montre si rarement et qu’on ne cite plus. J’avais Derain en photo-papier, je l’ai désormais en numérique, dont ces quelques échantillons.

2009_03222007_08032007_0803200015.1237800250.JPG Tout près du cubisme…

2009_03222007_08032007_0803200069.1237800318.JPG … des maîtres hollandais…  2009_03222007_08032007_0803200065.1237800300.JPG

 

2009_03222007_08032007_0803200074.1237800371.JPG Un art unique…

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2009_03222007_08032007_0803200070.1237800342.JPG … finalement si près de Barceló !!!???

(1) n’importe quoi, c’est ce que disent les gens qui s’égarent à la visite d’une exposition d’art contemporain. Ils ont tort. Rappelons-nous pourtant que c’était le projet de Duchamp – mais le pauvre homme avait-il vraiment ce projet-là – que ses suiveurs (ses ‘bâtards’ suivant le mot de Gagliardi) ont poursuivi ad nauseam

(2) L’affaire est dans Le Monde du 18 mars (avec des photos !) et l’article d’Yves Michaud dans Télérama du 21 au 28 mars. Ceci dit, le travail de M. Abdessemed est de bonne propagande pour dénoncer la violence faite aux animaux.