Un chef d’œuvre de Patrick Hervelin

Mes amis savent déjà que je suis un fan de Patrick Hervelin mais pour insister davantage – tous mes écrits sont écrits d’insistance n’est-ce pas ? – je devrais préciser f-a-n-a-t-i-q-u-e en toutes lettres, pour m’entraîner aujourd’hui à  parler ici d’un chef d’oeuvre. Que j’ai vu moi, perçu comme tel, et qui n’est peut-être pas chef d’oeuvre pour tout le monde. Depuis des années, Hervelin produit de l’exceptionnel, en toutes dimensions, façon classique (bronze) ou contemporaine (polyester, installation) mais c’est un ouvrage de fer que j’ai découvert inopinément chez mon amie Myriam Parisot-Librach. (1)

2009_01042007_08032007_0803200004.1251282044.JPG Héra chez RO, en compagnie de la ‘vache’

Comme cette ‘Héra’ qui est un des plus beaux ornements de mon salon ! Je rappelle le travail d’Hervelin, une plaque de fer, découpée, tordue, travaillée, pour que des lignes, une figure apparaissent – d’un seul geste, pièce unique !!! Un peu de peinture pour finir, pas un moindre détail non plus car on aura pu conserver la couleur ‘ferraille’… Voilà l’adresse du site Hervelin : 

http://hervelin.sculpteur.free.fr

Vous cliquez sur ‘fer’ – vous faites défiler – et quand vous trouvez ‘apparition sur une chaise’, si vous ne tombez pas raide c’est que vous ne savez pas voir. Par contre, vous pouvez acheter avant moi – vous avez un avantage, je suis fauché ! La main d’Hervelin, sourcier des formes en imagination pure, mère de tendresse et de (sou)rire : j’ai écrit une fois ‘sarcastique’ : oui, si c’est le comble de l’humour, mais comme valeur éthique, à ce point ignorée, à ce point nécessaire. À ce point libératrice.

Clown ou auto-portrait ? Bon, d’accord, d’un certain point de vue, nous sommes tous des clowns ( à faire pleurer), et tous très attentifs à tracer notre auto-portrait, celui que nous voulons figurer à nos propres yeux, que nous souhaitons exposer à ceux d’autrui… Très flatteur, non pas forcément, morale chrétienne oblige, le contraire plutôt, mais au fond toujours, une flatterie destinée à notre ignorance de soi, cette malheureuse confusion entre personne et masque social (obligé sans doute)… Clown ? Ce serait un peu se tirer d’affaire à bon compte, un cadeau à l’ennemi ; aux amis par contre la responsabilité de dire la vérité (comme dans les nécrologies) ‘vraie’. Mais ‘clown’, Hervelin a réussi quelque chose. Je n’en aurais pas parlé si je n’y avais pas pensé tout à coup ce matin (c’est mardi !) au saut du lit : le ‘Gilles’ (ou ‘Pierrot’, on est plus proche du clown), de Watteau ! Il a puisé à l’essence du ‘Gilles’ de Watteau ! Je me répète. L’artiste a pour vocation, inspiration, de dire un autre monde, non plus celui de la réalité objective qui nous obsède au point de détermer une fausse aperception de soi-même, mais d’une réalité vivante, jaillissante, originelle (et peut-être informe) à laquelle il donne figure neuve (et cela peut se dire ‘création’ – l’artiste est « créateur créé » dans le jargon de l’Eriugène-) à ce qui existe déjà dans le monde (un arbre ! ô mon ami Charpentier ! ) ou à ce qui n’a pas encore connu le « parfum de l’existence » – ce que font les abstraits !

Mardi donc, je me lève avec cette idée : Hervelin a trouvé la source du Gilles de Watteau ; d’autres avant lui sans doute, les clowns, puisque ce sont des clowns maintenant qui ont remplacé les innocents Pierrots du 18ème  ou des fêtes vénitiennes, d’autres et des meilleurs que je ne citerai pas, je m’en moque d’ailleurs, et ce clown-là ! Une silhouette, précise, évocatrice ; des bras cachés qui traversent le corps pour croiser leurs mains sur le bas-ventre ; et un sourire, des lèvres bien dessinées, bien rouges, contrastant avec la pièce d’une couleur d’ensemble plutôt grise, savamment tachetée, un peu, sauf les mains de couleur chair, explicitement. Bon, vous ne le verrez pas sur la photo, des mains qui cachent un sexe ainsi soigneusement dissimulé mais bien réel, bien là. Il faut interpréter ? Hervelin est allé plus loin que Watteau, facile, mais ‘retrouvé’ Watteau, qu’est-ce à dire ?  Pourquoi ma transe ?

Mercredi matin cette fois : je me suis interrompu hier sur un doute. Hervelin n’est ni clown ni Pierrot – et d’un tempérament bien éloigné de celui de Watteau autant qu’on puisse savoir. Ce que je pensais hier, c’est que ce travestissement voulait dire comme chez Watteau : « vous voyez, moi, comme je m’expose, et comme je me cache aussi ; qui je suis, je ne sais pas, et vous me méprisez peut-être en croyant le savoir, heureux de me voir ainsi affublé de cet aveu, moi qui suis néanmoins, moi le seul, l’incomparable, si pauvre et si riche de moi, pauvre à vos yeux peut-être, riche de mon secret… » Je fabule. Trop intelligent Hervelin, trop malin ! Il s’amuse, il nous amuse – ça ne veut pas dire la même chose – et (se) prête à un jeu où l’aisance, c’est le moins qu’on puisse dire, un quasi-miraculeux savoir-faire s’associe à une joie de vivre, voilà pour la part des enfants, et un pouvoir de raillerie – on ne se moque jamais mieux de soi qu’en se moquant des autres. Hervelin n’a pas la tristesse de Watteau : ça aussi je l’ai écrit, rien dans son art qui évoque le tragique ostentatoire des grands faiseurs d’aujourd’hui, professionnels appliqués au récit de la détresse (des autres). Alors quoi ce ‘plus’ dans cette oeuvre-ci, ce clown, manière d’auto-portrait, ou l’inverse ? Une grâce, une délicatesse, oui, je crois que c’est ça, comme chez l’incomparable Watteau, et une charge, un peu plaisanterie, satire, beaucoup, mais sans cruauté (important ça !) directement ! Comme une giffle, un coup de poing, une parole qui claque, un ‘cri’ ? Justement pas ! Hervelin ne crie pas. Il ‘blague’, il joue, et à sa manière, énonce en quelques mots, ici une image vraie, pas une généralité philosophique comme il s’en distribue tant, mais une parole à l’universalité simple et compréhensible, directe, je répète, qui touche au fond. Bouleversant et apaisant. Avec Hervelin on pourrait toujours résumer : « je me marre, je me soigne… » Mais s’agissant de l’âme, et dans une telle évidence, il y a du miracle !

J’ai bien dit : un chef d’oeuvre de Patrick Hervelin !

2009_08242007_08032007_0803200001.1251282065.JPG Le clown ou l’auto-portrait

(1) La Galerie-association 379 expose régulièrement dans un local, chez Myriam Parisot-Librach, des artistes du Grand-Est, mais aussi de notoriété nationale et internationale. C’est toujours une rencontre d’amis, de libertés. Je diffuserai ici une affiche des prochains rendez-vous, chaque mois en principe. 

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