Muriel Barbery (1)

Je l’avoue : j’ai lu après tout le monde, et après Mireille qui me l’avait recommandé cent fois, le livre de Muriel Barbery : L’élégance du hérisson. Je me défends : je me tiens au courant de tout régulièrement, mais quelle galère, quel écoeurement souvent pour de si pauvres résultats. J’entends par là une découverte : perfection de l’écriture, culture et culture juste, ajustée, qui fait sens hors toute posture idéologique, et dont la qualité d’expression est entièrement au service d’une qualité de pensée, autrement dit authenticité et profondeur. Et originalité, cela va de soi, car il n’y a rien de bien original dans tout ce qui se produit aujourd’hui, que ce soit littérature, philosophie et tutti. Je ne compare pas, je ne polémique pas : inutile. (1) Mais je vais citer :

L’esthétique, si on y réfléchit un peu sérieusement, n’est rien, n’est rien d’autre que l’initiation à la Voie de l’Adéquation, une sorte de Voie du Samouraï appliquée à l’intuition des formes authentiques. Nous avons tous ancrée en nous la connaissance de l’adéquat. C’est elle qui, à chaque instant de l’existence, nous permet de saisir ce qu’il en est de sa qualité et, en ces rares occasions où tout est harmonie, d’en jouir avec l’intensité requise. Et je ne parle pas de cette sorte de Beauté qui est le domaine exclusif de l’Art. Ceux qui, comme moi (C’est Madame Michel qui parle, concierge et hérisson…) sont inspirés par la grandeur des petites choses, la traquent jusqu’au coeur de l’inessentiel, là où, parée de vêtements quotidiens, elle jaillit d’un certain ordonnancement des choses ordinaires et de la certitude que c’est comme cela doit être, de la conviction que c’est bien ainsi. (Extrait du chapitre : Waki)

On avait lu quelques pages plus haut : La contemplation de l’éternité dans le mouvement de la vie… Une phrase simple : un thème qui m’est cher.

(1) Bien entendu, si l’on n’a pas lu le livre, cela reste à faire. Roman « pas si bon… » dit un critique cité par Google – et je ne m’arrête pas aux sottises débitées par Madame Irène Frein, qui se veut pourtant flatteuse, dans une vidéo du même Google. Je concède, c’est normal : Muriel Barbery nous confie beaucoup de ses idées, je devrais dire de ses certitudes philosophiques les plus intimes. Maintenant elle vit au Japon. On apprendra beaucoup en se rendant sur son site. On y trouvera des photos de Stéphane Barbery, son mari, qui révèle à sa façon l’intensité de la vérité qu’ils portent ensemble.

 

Visage

Le long de l’histoire s’étire ma croyance

elle peint mon visage aux couleurs du monde

et me défigure tant

que je me crois mortel

rêvant le temps de pointillés

d’atomes

Quand la rose se méfie du ciel

Ici et là en reflets fidèles

s’éclaircit ma vue mon visage

multiplié d’innombrables destins

car l’intelligence

l’avais-je pressenti

poétise

ses univers processionnels

en un unique miroir

L’astre engendré de mille aurores naissantes