Muriel Barbery (2)

Poser le problème : c’est arrivé à tous une fois. D’où vient l’émerveillement que nous ressentons devant certaines oeuvres ? L’admiration y naît au premier regard et si nous découvrons ensuite (…) que toute cette beauté est le fruit d’une virtuosité (…) cela ne dissipe ni n’explique le mystère de l’éblouissement premier.

Où l’on en apprend un peu plus sur l’adéquation :

C’est une énigme toujours renouvelée : les grandes oeuvres sont des formes visuelles qui atteignent en nous à la certitude d’une intemporelle adéquation. L’évidence que certaines formes, sous l’aspect particulier que leur donnent leurs créateurs, traversent l’histoire de l’Art et, en filigrane du génie individuel, constituent autant de facettes du génie universel a quelque chose de profondément troublant. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubens et un Hopper ? (…) L’oeil y trouve sans avoir à la chercher une forme qui déclenche la sensation de l’adéquation, parce qu’elle apparaît à chacun comme l’essence même du Beau, sans variations ni réserve, sans contexte ni effort. Or, dans la nature morte au citron, irréductible à la maestria de l’exécution, faisant jaillir le sentiment de l’adéquation, le sentiment que c’est ainsi que cela devait être disposé, permettant de sentir la puissance des objets et de leurs interactions, de tenir dans son regard leur solidarité et les champs magnétiques qui les attirent ou les repoussent, le lien ineffable qui les tisse et engendre une force, cette onde secrète et inexpliquée qui naît des états de tension et d’équilibre de la configuration – faisant jaillir, donc, le sentiment de l’adéquation, la disposition des objets et des mets atteignait à cet univers dans la singularité : l’intemporel de la forme adéquate. (Extrait du chapitre : Congruences)

PS 1 : Aux passionnés, je recommande la consultation du très beau livre La nature morte, paru chez Skira en 1989, dans un grand format trop coûteux pour l’édition d’aujourd’hui.

PS 2 : Je ne veux pas tricher : je ne peux pas proposer ici une reproduction du Claesz (une belle reproduction) vue par Renée chez M. Ozu. Par contre je publie ‘mon’ Claesz, photographié au Musée de Strasbourg – très difficile, faute de lumière.

PS 3 : Faites attention de ne pas confondre avec Claesz-Heda également excellent mais suiveur ; et si mon Claesz est un Claesz-Heda – je n’ai pas toujours de références très précises dans mes archives – qu’on me le dise : avis aux connaisseurs !

 

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