À propos de Jambet

Voici le contenu d’un mail adressé dernièrement à un ami qui me confiait ses difficultés à lire mes extraits choisis de Jambet. Mon travail vise à faciliter une réflexion, à encourager des lectures : vulgarisation en un sens, mais portant sur des sujets qui s’y prêtent peu, destinée à des esprits aiguisés, curieux et exigeants. Comment m’y prendre pour faciliter une vraie compréhension ? Comment éviter qu’une telle démarche n’entraîne, tout au contraire, obcurcissement, déformation ou pire, travestissement ? Concernant la nécessité philosophique, je me permettrai simplement de citer ici cette belle phrase d’Henry Corbin qui dit tout l’essentiel à mes yeux : une philosophie qui n’aboutit pas à une métaphysique d’extase est une spéculation vaine ; une expérience mystique qui ne s’appuie pas sur une formation philosophique solide, est menacée de s’égarer et de dégénérer. Mais je sais bien le caractère très inédit de ma démarche, qui ne vise pas plus une ‘métaphysique d’extase’ qu’une pure philosophie au sens où l’entend l’Université. Aussi, pour m’expliquer moi-même à l’occasion, je publierai de temps à autre un rappel, un avertissement – je n’aime guère le mot – une petite mise au point la plus clarifiante possible comme c’est ici le cas…

‘Jambet s’efforce, dans la langue d’un philosophe contemporain, d’exposer la trame essentielle de la mystique soufie, dont le maître-mot, philosophiquement parlant, est la création perpétuelle dans l’unicité du Seul. Moi-même, après Stephen Jourdain, je ne parle que de ça. Cela part d’un constat simple, un fait simple, immédiat, doublé d’un autre un peu plus difficile à entrevoir et à désigner. 1/ Qu’il y a quelque chose et non pas rien… ce qui est évident pour tous 2/ Que ce n’est pas ‘absurde’, ce qui implique une transcendance, la présence débordante d’un autre-plus, mais, inexplicablement, présent-absent. C’est ce Dieu des mystiques soufis, Dieu comme un ‘trésor caché’ qui a voulu se connaître et qui a créé un autre pour cette co-naissance. Non point re-connaissance mais bien co-naissance parce qu’il n’y a pas ‘deux’, c’est impossible ; il y a un seul qui se donne de lui-même une apparence autre, un phénomène de distanciation et de mirorisation (le mot n’est pas français), non seulement pour sortir de son repos, mais pour se magnifier, jouir effectivement de soi en un mouvement de création de ce qui va paraître un autre.

C’est un phénomène ‘naturel’, non, c’est la dynamique de l’être-même qui bouillonne et tel un volcan, projette ses laves qui vont devenir roches et montagnes avant de se dissoudre plus tard en d’inimaginables cataclysmes puisque rien ne dure vraiment. Il s’est produit aussi (peut-être) ce désastre : le recours à une langue imagée, à un anthropomorphisme, mais comment faire ? Après les Soufis, Jambet va très loin, notamment avec cette notion de ‘jalousie’ qu’il leur emprunte: le Même s’offre à Lui-Même sous l’aspect, l’image d’un autre, et pour jouer le je-u, il se cache, il se voile, il joue à l’autre pour de bon ! En fait (ce seul et unique fait ! ) il y a bien ‘deux’ – et il n’y a pas ‘deux’, identité du sensible et de l’ultra-sensible, et infini éloignement. Une dialectique qui se produit maintenant, infinie vraiment, et qui porte néanmoins ce seul nom : ‘moi’. 

Dernièrement Jambet a participé à une émission de télévision du dimanche matin (les Chemins de la foi…) où il a rencontré – j’entends : dans tous les sens du terme – des porte-parole de l’islam exotérique sur le sujet de la mort et de la résurrection. C’était délicat. Mort et résurrection ne sont pas du tout comprises de la même façon par les exotéristes et les gnostiques. Mais c’est un point de vue éminemment gnostique aussi de tout considérer comme ambigu ; c’est le thème des deux ‘faces’. Pour une explication la plus pédagogique possible, j’évite ce genre d’association, d’autant plus que j’estime périmés les dogmes et croyances des ‘grandes religions’.

Je ne serai pas plus long… Mais j‘ai tenté de tout expliquer, peu à peu et à ma façon dans mes ‘blogs’, et je crois que je suis assez bien parvenu à simplifier mon sujet sans aucune réduction à l’objectif, sans simplisme psychologique. C’est un je-u infini (je-u ; j’aime l’écrire ainsi), un je-u dramatique, intensément, dont toute l’énergie créatrice est l’amour et la lumière vraiment éclairante, au-dedans comme au-dehors, la connaissance.’

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