Contestation

Une fois de plus, c’est un message lourd de critiques virulentes qui m’amène à faire la mise au point suivante. L’attaque n’est pas portée directement contre moi. C’est à travers mon intérêt pour la recherche philosophique contemporaine que le coup est porté. Ce n’est pas à moi qu’on reproche cette fois de proférer « trop de mots » : on s’en prend au style de pensée et d’écriture des auteurs cités. « Incompréhensible » Cela me rappelle ce mot de Barthes si souvent repris par les philosophes en mal d’auto-défense : ne pas comprendre, c’est se croire « d’une intelligence assez sûre pour que l’aveu d’une incompréhension mette en cause la clarté de l’auteur et non celle de son propre cerveau ». C’est une vacherie, je l’admets, et quant à moi, je m’abstiens volontairement de toute méchanceté, un ton polémique parfois, mais juste pour donner du ‘piquant’… Je ne suis pas là non plus pour défendre la cause de la philosophie : les philosophes s’en chargent bien, on le voit, et moi-même je ne me prétends pas philosophe ! Ni agrégé ni docteur… à 25 ans, j’ai quitté les études, la France, j’ai déjà raconté cela… Mais puisque j’ai été si peu clair, je dois revenir sur les thèmes de J-L Nancy abordés dans les trois articles précédents, et préciser à nouveau ma critique, si j’ose dire…

Il y a d’une part l’excès, ou l’excédence (ça, c’était chez Paul Audi, Créer)) et la « déconstruction ». L’excédence se situe au registre pré-humain ou ante-humain et l’être n’est plus le concept approprié qui y répond. Par contre, elle excède, et cet excès se déverse dans l’humain, par destination donc, humain plus qu’humain. La pensée pense-telle cette condition ? Sinon, comment l’évoquer, c’est tout le problème. C’est là que nos philosophes s’en donnent à coeur joie : on n’est pas près d’oublier, pour ceux du moins qui ont eu la patience de lire ça, les dissertations de Heidegger sur l’être de l’étant et l’étant de l’être. Moi, je n’en fais pas totalement reproche à Heidegger – il y a bien d’autre reproches à lui adresser, d’autres ‘soupçons’. Il fallait sortir de l’onto-théologie (et quels prétextes, à quels jeux de mots : on ne s’en est pas privé) ou plutôt, dans mon langage, ce que je dois principalement à Stephen Jourdain, quitter le champ de l’affirmation logique. Née elle-même de l’expérience sensible elle ne peut s’empêcher de concevoir la réalité comme un objet ou une collection d’objets ; pire : elle va jusqu’à objectiver la vérité elle-même. On sait où cela mène. Alors, oui, pour que cette ‘excédence’ soit visible, conceptuellement au moins, désignée comme telle, se livrer à une « déconstruction » de toute la tradition (cela se fait de Heidegger à Derrida), et pour Nancy, à une « déconstruction » du christianisme qui aurait été la révélation la plus fidèle, contre toute apparence, au ‘rien’ qui fonde nos existences, un ‘rien’ comme l’entendent les bouddhistes (« objet de pensée mal identifié » dit Roger-Pol Droit maintenant !) qui est bien une excédence créatrice, infiniment, et qui donne à ‘penser’ … sans fin ! Mais attention, avec la langue, l’écriture comme on les pratique, nous « bétonnons’ sans fin ; il le fallait bien un peu (ou se taire), mais nous exagérons, nous systématisons, et la prétendue ‘tradition’ est un empilement de ‘systèmes’, où nous nous livrons à des gloses extrêment acrobatiques (ici Derrida champion !) qui nous conduisent au même résultat d’un figement conceptuel, ou d’un tournoiement tout pareil à une ivresse. Une pensée sans fin : cette fois, il semble bien, une logorrhée inextinguible.

Alors, reste la question de la pensée : la pensée pense-t-elle l’excédence comme elle était censée ‘penser’ l’être de l’étant et l’étant de l’être chez Heidegger ? Et s’agit-il bien de ‘pensée’, même si Heidegger parle aussi de ‘méditation’ ce qui est, reconnaissons-le, bien différent. Je crois qu’il faut aller bien en-deçà d’une pensée – où papa Freud devenait intéressant à interroger. Mais, je crois, c’est à la fois les gnoses traditionnelles et Michel Henry aujourd’hui, qui donnent réponse, perspective de réponse à ce grave problème devenu plus existentiel à proprement parler que gnoséologique. J’ai rappelé, je n’y reviens pas, ce concept-clef, la majeure vraiment de toute la philosophie de Michel Henry : ‘auto-affection’ où c’est l’Absolu – et je dis moi pour préciser l’antécédent absolu… – qui se donne en personne, s’éprouve soi-même (et ce n’est plus le soi ‘endetté’ de J-L Nancy, l’ego…) sur la scène d’un monde. La conscience, l’ébranlement du premier faisceau de conscience, ce commencement répété, cette ‘ouverture’, cette aurore – je renvoie à mes citations de Stephen Jourdain. Il ne s’agit pas de penser et les mots pour le dire peuvent aussi bien servir que trahir. Je le dis simplement et j’espère, sans trahir. Là, nous arrivons aussi loin que peut aller l’intelligence discriminante et même là, ou plutôt ici, nous contemplons. Tous les auteurs que je cite nous aident à y parvenir. Compréhension ? Oui, si cette communauté de paroles nous aide à ‘prendre’ et puisque nous sommes en réflexivité pure à nous prendre nous-mêmes. J’ai écrit ‘prendre’, mais ce n’est pas une saisie, encore moins une saisie objective. Stephen Jourdain avait écrit : « l’idée se ». Une voie d’amour ne s’oppose pas à une voie de connaissance comme l’avait si bien montré Georges Vallin. Sans parallèle, elles se rejoignent pourtant : « comprendre », ceci exige autant amour qu’intelligence. Tous le savent, sur la voie.

J’en profiterai naturellement pour rappeler mon propos, avoué depuis le début, répété à petites touches…. J’inscris, volontairement, la simple possibilité de cette découverte dans l’histoire, l’inspection la plus large comme on peut la faire aujourd’hui, de la pensée, d’autres expériences aussi, esthétiques en particulier. C’est seulement aujourd’hui que cette découverte peut se faire : mais depuis l’aube des temps sans doute… quelques hommes… l’exception ! Parce qu’une curiosité, une patience, une sincérité, une application de bonne foi y suffisent. Et pourquoi ne suffiraient-elles pas pour découvrir « ce que je suis » ? Et je simplifie : concernant les thèses des auteurs précédemment cités, je choisis mes citations dans le but de simplifier, plutôt de clarifier le propos, de le rendre plus accessible. Je prétends que cela peut et doit se faire. Mais dans la philosophie contemporaine, une fois extraits les quelques enseignements qui peuvent faire sens (et sans rien de bien nouveau d’ailleurs !) il reste beaucoup de papier à jeter. On est en droit de se dire amèrement : « comment, rien à dire et tant de talent pour le dire  » ! Et j’inclus dans l’exposé mon propos plus personnel, ‘explicatif’, mais pas trop, en tout cas ce qui vise authentiquement une connaissance… Il s’agit ici que chacun, à son tour, prenant relais, fasse la découverte, accomplisse le geste ultime de ce qu’on appelle un peu à la légère ‘éveil’ quand il s’agit de ‘réalisation’ et je dirais ici, l’image vient naturellement en cette saison : floraison. D’ailleurs Nisargadatta lui-même disait : « l’éveil est la floraison de la compréhension ». Vous n’avez pas lu Nisargadatta ? Lisez donc Je Suis (Deux-Océans)… Vous n’avez pas le temps ? Vous craignez que ce soit trop difficile : « lisez-moi ! » Une proposition qui m’a valu des horions, je ne vous dis pas !!! Mais voilà ma dernière remarque : si vous avez la ‘question’, un peu de culture favorisera cette éclosion, et vraiment je crois cette culture nécessaire. Si vous n’avez pas la question, la culture fera de vous, au mieux, un universitaire envié, opulent (dans la querelle autour d’Onfray, on parle beaucoup d’argent en ce moment !) et si vous n’avez ni la question ni la culture, vous avez la pêche à la ligne, la société protectrice des animaux ou ses innombrables équivalents. C’est d’ailleurs très bien.

Mais contre la liberté d’indifférence, tel choix, l’incuriosité crasse, cette paralysie, cet aveuglement, cette tare – je ne peux rien, et je ne m’en soucie pas. Dormez petits enfants. Mais gardez-vous de la polémique, d’un certain ton de polémique ! S’en prendre à moi personnellement, ou au travers de mes choix pédagogiques, appelons-les ainsi pour simplifier sur le moment, faire injure à mon idéal et à tout mon travail, épargnez-moi ça. Maintenant dois-je aussi comprendre que je ne suis pas crédible, car c’est bien le message que je reçois si souvent… Non, ce n’est pas mon dernier constat, et ce n’est pas mon souci non plus. Le problème-là appartient à celui qui formule cette pensée, même inconsciente : en réalité ‘il’ estime qu’il ne peut pas, et orgueilleusement, d’une manière totalement infantile, il se dit : « Non, je veux pas ! »  Eh bien, celui qui ne veut pas, je lui laisse la responsabilité de cette attitude de refus. Je sais aussi que chacun avance à son pas, et c’est bien une providence comme telle qui guide, imprévisiblement. « Tout est un jeu que la Déité se donne. » Il ‘me’ revient, je veux dire ‘à chacun’, de jouer avec un peu moins de cruauté.

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