Turner, le Tao : le souffle, l’invisible (2)

à Pierre et François, à Jean et Martine, qui m’accompagnent

Dans le dernier paragraphe de mon article précédent, je faisais part de ma crainte de paraître ‘artificiel’ (j’avais écrit d’abord : ‘superficiel’) et pourtant je vais persister, récidiver même. Il est un art substantiel, un mot si juste, trouvé par René Char, qui emprunte plusieurs visages, des figures ou des langues à ce point dissemblables qu’on ne peut les comparer entre elles. Mais il s’entend : ‘formellement’ ! Car ils ont en commun d’illustrer, ou, comme langues, de désigner, ‘pointer’ vers un invisible qui ne se donne jamais qu’en se voilant, qui ne se manifeste qu’en images dépourvues de ressemblance, contrastées même, opposées souvent au point de s’annuler presque les unes les autres. Est-ce que l’abstraction en peinture annule la figuration ? Prenons l’exemple de Nicolas de Staël, si original, qui emprunte un chemin inversé, passant de l’abstraction à la figuration – les simples bouteilles de 1954 : s’agit-il d’un reniement, d’un effacement des créations précédentes ? Evidemment non. C’est un autre chemin. Une nouvelle voie. Mais la finalité est la même. « Toucher du doigt », (faire « monter aux sens » avait dit Nietzsche)  ce qui se dérobe pourtant à la sensibilité, s’accordant quelques fois à cette ‘illustration’ qui va fonctionner comme un exhaussement de l’infigurable, de l’inconnaissable. Et voilà où je ne crains pas d’exagérer. J’écoutais ce matin la dernière sonate de Schubert (si bémol majeur, D.960) et même encore après, la ‘reliquie’ (la mineur, D.784) jouées par Radu Lupu, et la même expérience se renouvelait par cette surgie, encore une fois nouvelle et à chaque fois nouvelle, de l’émotion unique. Cela se dit simplement : « être touché », bouleversé même, ce qui veut dire que s’éprouve ici en réalité, et avec une imparable, souvent imprévisible efficience, cette ‘excédence’ qui constitue notre être propre, détermine notre destin, bouleverse nos vies pour en révéler la légitimité de conscience débordante à la première personne.

numeriser0017.1274858241.jpg             numeriser0018.1274858261.jpg

Le Lorrain, Débarquement à Tarse Turner, Déclin de l’empire carthaginois

Donc Turner. Je veux aller à l’essentiel ; toute une histoire aussi. Turner lecteur de Goethe, Turner imitateur des ‘classiques’, Turner initiateur de l’art moderne. Je préfère commencer par la lecture de Goethe (traduit en anglais à partir de 1840) parce que c’est elle qui confirme Turner et légitime ses vrais moyens intellectuels, artistiques, spirituels ; une justification, un envol, une conquête. J’en trouve un remarquable exposé dans le livre, Turner, de Michael Bockemühl publié par Taschen en 2006. Dans les oeuvres tardives de Turner les couleurs ne sont pas mises en place pour déterminer dans le tableau la reproduction du monde… Ses toiles tardives se forment à partir des lois de structure de la couleur qui peuvent dans la réalité du processus de contemplation manifester qu’elles ne font qu’un avec l’efficience de la nature. Le spectateur apprend sa propre action en tant que réalité dans l’effet de nature de la couleur du tableau. Car si un élément dans le tableau est la nature, c’est la couleur. Elle est colorée et agit selon les normes de son caractère propre, que nous la rencontrions dans le tableau ou dans la nature. Si elle apparaît dans le tableau elle n’en perd pas pour cela sa réalité propre à la nature. La nature de la couleur, structurée en tant que tableau, est le « mystère évident » de la science coloriste de Turner… C’est Goethe à son tour, dans son Traité des couleurs, qui est cité par Bockemühl : « Ce que les êtres incultes croient être la nature dans une oeuvre d’art, ce n’est justement pas la nature (de l’extérieur), mais l’homme (de l’intérieur) »… « Quand les artistes parlent de la nature, ils sous-entendent toujours l’idée, sans en être clairement conscients. » Au vu des travaux de Goethe lui-même on doit bien sûr apporter cette précision : Ce que l’artiste saisit de la nature ne doit cependant pas être seulement une idée au sens abstrait. Dans le cas de la forme, l’artiste peut être guidé par les traits extérieurs qui caractérisent les choses dans la nature. Dans le cas de la couleur, il peut suivre les lois de son effet qu’il a saisi intuitivement. La loi de la nature et la loi picturale se montrent reliées dans la réalité de la couleur. On devra prêter ici une attention particulière aux mots ‘intuition’, ‘intuitif’, qui sont apparemment si importants chez Bockemühl qui parle dans la langue de Kant ! La preuve en est apportée par l’examen particulier des derniers grands tableaux de l’Anglais : Ces formes, tout comme les couleurs, se montrent en création : dans le tableau de Turner, la manifestation du monde peut être vécue intérieurement – comme monde de la lumière et de la couleur. Cette intuition qui relie au caché, au secret, à l’inévident de prime abord, est garante de la commune présence et de l’universalité d’un moi-monde.

copie-de-numeriser0016.1274858151.jpg                         numeriser0016.1274858217.jpg

Watteau, Les deux cousines               Turner, Ce que vous voudrez !

Concernant son rapport aux Anciens, j’hésite encore à formuler mon jugement personnel. Mais je dois avouer qu’à la visite de l’exposition, sur le coup même de l’examen direct des oeuvres, j’ai dû constater moi-même la moindre réussite picturale du jeune Turner. Je ne vais pas dire que Turner n’est pas ‘grand peintre’, comme Claude, Watteau, Rembrand, les Hollandais (Cuypp, Ruisdael, Teniers, van de Velde…) mais que dans son ‘imitation’, si imitation ou copie il y a, sa réussite picturale est moindre. Je regarde les célèbres ‘couchants’ proposés à Paris : la réussite de l’Anglais (picturale je préciserai à nouveau, sans vouloir non plus me cantonner à une évaluation technique ou esthétique) me paraît ‘moindre’. Que dire, s’il s’agit, s’il suffit bien de ‘dire’ en pareil cas ? Notons aussi, et n’oublions pas que Turner souhaitait dépasser ses devanciers ! Ils ne les dépassera qu’en devenant lui-même, prophète de l’art moderne. Si, en passant, nous admirons La Tempête de Ruisdael, à peine plus loin, les Trois marines de Turner annoncent Rothko !  Mais ici, sous mes yeux, je vois que les nuances du Lorrain, son dégradé de jaune, d’or, de lumière qui s’atténue progressivement au coucher du soleil, sont plus riches ; non seulement plus expressives, mais encore plus poétiques dans l’évocation d’une ‘atmosphère’ comme on dira en langue moderne, c’est-à-dire de ce qui ne se limite pas à l’évocation d’une scène pittoresque et se hausse à la hauteur d’une démonstration morale, d’une leçon d’héroisme prodiguée par l’expression d’un environnement sublime. Il y parviendra effectivement plus tard : paysages des Alpes, des océans, des orages, d’éléments déchaînés, d’incendies…

numeriser0014.1274858187.jpg                numeriser0015.1274858202.jpg

Ruisdael, La Tempête                  Turner, Trois marines 

Je reste embarrassé. Parce qu’il me semble aussi que Turner cherche à ‘dire’ ce qui n’a pas encore été ressenti dans l’émotion ‘classique’ et qu’il n’y parvient pas, faute encore d’être parvenu maître en son langage. Autrement dit, en juxtaposant deux scènes, deux écritures comparables, Turner n’atteint pas à la ‘vérité’ du Lorrain (si je m’en tiens à cette comparaison) : son épanchement de lumière (déjà ! et c’est ce qu’il veut ‘dire’, c’est ce qu’il va ‘dire’ finalement) est excessif, aveuglant presque, et, en comparaison, on va naturellement préférer le ‘couchant’ de Claude (1). Mais Claude, on le sait bien, dans son contexte mythologique, est indépassable ; pour moi, bien meilleur que Poussin qui m’a toujours paru trop académique dans sa perfection un peu glacée. La ‘nature’ chez le Lorrain ‘touche’ plus à coeur. Et je dirai pour finir, au comble de l’ambarras cette fois, que Turner, à côté de Watteau est carrément en situation d’échec. Un bon étudiant, tout juste : Les Deux cousines, l’a-t-on assez dit, est un chef-d’oeuvre absolu, par l’équilibre des couleurs, leur quasi-effacement qui accorde à cette scène, inimitabement, son mystère – et aujourd’hui encore, nul n’en sait rien ! Quand je vois ce tableau, je suis soufflé, je perds respiration… je ne suis plus en état de ‘juger’… Si Ce que vous voudrez évoque un badinage bien rococo, j’estime que Watteau a signifié davantage, une autre dimension. Pour me sortir moins piteusement moi-même de ces compaisons qui ne sont pas du meilleur choix pour exercer la vision, je finirai par dire que la comparaison avec Valencienne, Wilkie (un célèbre Ecossais contemporain de Turner) est plus pertinente. Ce sont des manières qui ont de plus évidentes correspondances, un art de cette époque ( à la fin de la première moitié du 19ème siècle, avant l’impressionnisme), et des tempéraments qui se correspondent. Précisons aussi que nous sommes dans ce genre qui triomphe à l’époque : la peinture de paysage. Et Corot direz-vous ? Corot, je dis, ne se compare pas, et je n’insiste plus.

numeriser0019.1274858734.jpg (1)               copie-de-numeriser0019.1274858169.jpg (2)

Turner, Solitude, eau-forte (1) et huile sur toile (2)

Maintenant voyons bien le dernier Turner, celui qui a obtenu cette notorité jamais démentie et qui déplace les foules. Nouvel ambarras. Pour Ian Warrell qui écrit un bien bel article (Turner et la postérité de la peinture) dans le catalogue (4), les trois grands tableaux de 1845 qui concluent l’exposition, ceux qui bénéficient d’une admiration universelle aujourd’hui, sont effectivement inachevés. À preuve l’examen de gravures répertoriées dans le Liber Studiorum du maître. On sait que ces études préfiguraient souvent des travaux ultérieurs, même lorsqu’il s’agissait de simples exercices chromatiques auxquels Turner adjoindrait plus tard les éléments d’une scène. Dans ces trois tableaux, les gravures qui les inspirent sont indiscutablement des compositions en attente d’élaborations plus savantes ou plus inspirées, enrichies de couleurs évidemment ; et Turner aurait donc abandonné un travail qui avait été bel et bien programmé à partir de ces esquisses. Il s’agit de Femme et tambourin, Solitude et Confluent de la Severn et de la Wyle. Mais la question de l’inachèvement, à mon avis, ne peut être tranchée de manière aussi préremptoire. Pour prendre des exemples historiques de chefs-d’oeuvre unaniment aimés, comme tels ‘inachevés’, nous savons que le Requiem de Mozart reste inachevé parce que le ‘divin’ musicien va mourir dans quelques jours ! Mais la symphonie ‘inachevée’ de Schubert est abandonnée parce qu’il a mieux à faire, qu’il est emporté par un torrent d’inspiration, qu’il s’aperçoit qu’il a (juste) tout dit à la fin du second mouvement – et qu’on peut faire plaisir à des amis en leur abandonnant cette partition parce qu’on n’a pas un rond pour leur acheter un cadeau. Paradis sur terre : et dans ces conditions-là, cette floraison de la ‘rose’ ! Et mon autre exemple : nous savons que Cézanne a tout à fait volontairement laissé inachevées certaines oeuvres, pas seulement des aquarelles : ces trous, ces vides apparents sont eux-mêmes sans défaut, participent au procès de la création, de l’apparition des formes et de la ‘formation’ d’un sens. Dans le cas de Turner, je demande qu’on regarde : le travail est fait, s’il n’est pas fini ! Turner a souvent calculé cette provocation, parmi tant d’autres d’ailleurs, et il semblait vouloir ainsi donner une autre leçon de peinture, un autre message d’humanisme en dépassement de lui-même. Qu’on se rappelle aussi que Baudelaire avait dû défendre Corot accusé des mêmes ‘négligences’ ! Récit lacunaire, mais d’autant plus éloquent !

numeriser0023.1274858865.jpg (5)                              numeriser0022.1274858850.jpg (5)

Turner, Yacht s’approchant de la côte            Staffa, la grotte de Fingal

Je crois les comparaisons toutes déplacées, malheureuses, injustes. À moins d’utiliser une autre boussole, avec une aiguille qui pointe en une tout autre direction, un orient de révélation substantielle. C’est pourquoi je me suis risqué à parler du Tao et de Turner mais sans aucunement vouloir les comparer, pas même pour leur prêter des significations, des tonalités, des finalités – lesquelles donc étant donnée la distance ? – équivalentes. Simplement, il y a tension, intension (2) vers un indicible que la recherche d’une nouvelle forme d’art, d’une neuve expression, voire d’une simple forme allusive, va tenter de proposer. Avec ses moyens propres, à des époques parfois éloignées, reconnaissons-le, le peintre taoïste y parvient (3). Nous mêmes, comparant leurs productions de siècle en siècle, et la comparaison est là parfaitement légitime, nous voyons clairement vers quoi ils tendent tous : suggérer la perfection du ‘modèle’ qui ne se manifeste jamais, éternellement prisonnier d’un invisible inviolable. Et manifeste pourtant en toute vie, passant comme souffle ou tempête parfois, insaisissable et vivifiant : ‘les mères’, dit-on aussi… Une émotion parfois nous accorde cette ‘entre-vue’ et c’est la mission de l’art de favoriser la naissance, la renaissance, l’augmentation d’un tel sentiment d’accomplissement. Le peintre taoïste va suggérer la vie cosmique qui nous porte tous ainsi que la nature sauvage qui nous environne. Philosophie, religion, art, comme je l’ai dit dans l’article précédent. C’est à la fois cette globalité et cette unité de la destinée humaine qui s’illustre de tant de manières qui font toutes notre admiration. Turner, lui, ne s’adosse à aucune théorie philosophique, il s’attache plutôt à subvertir ou dépasser la ‘théories’ classiques ; quant à celle de Goethe concernant les couleurs, elle corrobore ses ‘intuitions’ et c’est tout. Il invente, il crée contre vents et marées (de la critique, de l’opinion publique – on s’est souvent moqué de lui) et c’est ce qui rend son génie si exceptionnel. Mais, en donnant le premier rôle finalement à la lumière par le ‘jeu’ (comme on dit bien à la légère) des couleurs, il avance de façon tout à fait délibérée, vers cette découverte, cette illumination comme on peut le dire justement dans son cas, cette apothéose de la vision humaine qui scelle un véritable destin. 

(1) J’ai déjà évoqué ce problème dans mon Turner 2004 – Jeudemeure du 06.03.2010 –

(2) On a aussi joué sur ces mots. C’est la scholastique qui a insisté sur la notion de tension la reliant à celle d’intention. Et on sait ce que Husserl et ses disciples ont bâti à partir de là.

(3) Je voudrais en profiter pour signaler ces quelques livres supplémentaires : Trois mille ans de peinture chinoise (div. auteurs, Picquier 1999), Arts et sagesses de la Chine de C. Kontler (Zodiaque 2000) et La peinture chinoise de Lesbre, Liu, Gyss (Hazan 2004). Je n’oublierai jamais que Michel Le Bris, dans son Dictionnaire du Romantisme (Skira 1981) me révélait Turner mais dans une formulation assez critique qui semblait écarter l’Anglais du courant libérateur et créateur du Romantisme, alors que Friedrich, avec ses figures tout aussi mystérieuses, parvenait à prédire cet art et cette inspiration future qu’il appelle ‘modernité’ ! Je rappellerai également mes articles sur la notion de Beau (Jeudemeure : 16 et 19.04.2010), thèse très éloignée des éclats turneriens, signalant cette fois, ce que j’avais volontairement omis,  les travaux de François Cheng (dont L’espace du rêve, Phébus 1981), contesté néanmoins par François Jullien qui lui reproche de formuler ce qu’il estime être d’une trop grande proximité avec la notion du Beau occidental.

(4) Mes illustrations sont toutes empruntées aux catalogues de la RMN publiés à l’occasion de ces expositions.

(5) et celles-ci dans le livre des éditions Taschen… Qu’on m’excuse de ne pas m’appliquer davantage aux respect des proportions de dimensions des tableaux, de ne pas donner non plus de détails techniques, ni de dates ; ce sont de simples illustrations. Dans tous les cas, il faut aller aux oeuvres pour découvrir vraiment… toutes les fois qu’on le peut !

numeriser0021.1274858836.jpg                       numeriser0020.1274858819.jpg

Turner, aquarelles (5)

PS : Mon fils, qui a couru à son tour voir l’exposition Turner me rapporte un livre qu’il a déniché à Paris : de Lawrence Gowing, Turner : peindre le rien, Macula 1994, d’après une expression du critique anglais William Hazlitt qui avait dit de Turner en 1816… Des images du néant, mais très ressemblantes… Gowing écrit : Turner, on le sait, répugnait à finir. Son « magma de couleurs » est l’équivalent, pour la peinture à l’huile, de ses études de couleurs à l’aquarelle… Au tout début de ses études de couleurs, il nota le passage où Lomazzo (théoricien italien de la fin du 16ème) présente la lumière comme une émanation de la Divinité… Et voilà contre Pissarro et les maître de l’impressionnisme : Turner, loin d’analyser les ombres, les réduisait à un effet, une simple absence de lumière… Avec les ’grandes œuvres de la fin’, on est plongé dans un espace, une force et une substance réels, qui interdisent tout repli vers le détachement ou la rumination esthétique (comme c’est parfois possible avec la peinture des Nymphéas, plus tardive et vide (une opinion très discutable, n’est-ce pas ?)… Encore faudrait-il s’entendre sur le sens de « réel», seule question qui vaille pour la critique….. On connaît le jugement rapporté sur Turner par Hazlitt : « Des images du néant, mais très ressemblantes »… il a saisi que ses tableaux représentent « non pas tant les objets de la nature que le médium à travers lequel ils sont vus ». Ce médium est la lumière : la couleur de Turner en est gorgée. Mais, plus profondément, le médium à travers lequel s’exerce la vision d’un peintre est ce que Turner appelle « la puissance et la practicabilité de son art ». Ce que j’appelle moi la spécificité de son ‘dire’ (en peinture). Cela méritait d’être précisé, surtout dans ce contexte où je me suis risqué à un rapprochement avec la peinture taoïste. C’est donc bien vrai : il y a un art substantiel et c’est bonheur pur que d’en découvrir l’unité.  

Un commentaire sur “Turner, le Tao : le souffle, l’invisible (2)

  1. Rien d’artificiel dans le rapprochement Turner et peintres taoïstes. Le « laboratoire » du peintre anglais, ses esquisses, ses aquarelles non finies, montrent la pratique d’un même court-circuit vers l’essentiel, par l’ellipse, le gommage des formes construites, la dissolution des frontières entre les éléments, la fragmentation de l’infini scellé dans un cadre ou les limites d’un support déroulé… C’est une éclosion semblable de signes à partir d’un ‘vide’ qui met en relation avec le Tout où rien n’est préformé, où les choses peuvent être saisies dans la sauvagerie ou l’innocence de leur apparaître. Et même si la sublime véhémence de Turner n’est pas transposable dans l’art chinois qui répugne au vertige et à l’absorption par la nature, il y a , dans les deux cas, allusion à une grandeur, une immensité insoupçonnée et il y a bien survenue, dans la chair même de la peinture, du mystère cosmogonique: ce puissant moteur sous un jour immobile.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s