Juste un instant (16) : Jean Baudrillard

Publié dans Connaissance du matin le 08.03.2007

Belle page du Monde aujourd’hui consacrée à Jean Baudrillard qui vient de disparaître. Quelques jours après Jean Duvignaud… Faut-il dire, souligner, que ces incomparables savants ont été l’honneur, des décennies durant, de la sociologie et des sciences humaines de façon générale. Mais surtout, surtout, qu’ils ont été les derniers, irremplaçables moralistes de ce temps. J’ai préparé une note sur Duvignaud, que je livrerai plus tard. Mais je ne puis m’empêcher aujourd’hui, de rapporter cette belle citation qu’on trouve dans Le Monde (page 31), elle-même extraite d’un article paru dans Le Monde 2 du 28 mai 2005 :

Nous ne sommes plus des téléspectateurs critiques, ce qui supposerait encore un espace d’intelligence et une distance. Nous ne sommes plus dans la société du spectacle, dans la mise en scène, dans l’aliénation par les écrans, etc. Nous ne sommes plus devant une scène, nous sommes en réseau, nous sommes le réseau. L’hégémonie actuelle de la puissance médiatique est telle qu’il n’y a plus de domination par le spectacle, mais une espèce d’homogénéité tentaculaire, même pas impérialiste. Et nous sommes immergés dedans. Nous sommes dans l’écran mondial. Notre présent se confond avec le flux des images et des signes, notre esprit se dissout dans la surinformation et l’accumulation d’une actualité permanente qui digère le présent lui-même.

Peut-on imaginer aliénation plus tragique et plus irrémédiable ? Mais quelqu’un le dit : il y a protestation et par conséquent la liberté ne s’est pas tout à fait éteinte, l’intelligence n’a pas été mutilée, muselée au point de singer une idiotie définitive et arrogante. La foire aux vanités n’est pas d’aujourd’hui, le complexe de Caïn qui pousse chacun à détruire son prochain s’il ne parvient à le dominer, est aussi vieux que le monde. Nous pouvons aujourd’hui nous instruire et nous affranchir, nous sauver d’un anéantissement en apparence si inéluctable. C’est naturellement que la valeur nous habite et nous invite. La connaissance et l’amour constituent à la fois notre bien et notre destin, naturels. Encore faut-il y consentir par la recherche sans compromis de ce qui est bon et vrai, richesses qui s’augmentent par le partage disait Spinoza…

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