Juste un instant (21) : « comme » un devoir de vacances

Mes précieux amis lecteurs m’ont tous écrit !!! Cette histoire de ‘rêve’ les a  éveillés. Alors je poursuis maintenant sur ma lancée, proposant d’autres mots, mais pour écarter un peu plus des mots et de leur tyrannie – tyrannie logique – et pour entraîner vers cette expérience unique du précédent. Ce sont mes mots cette fois : « le précédent absolu de tout ce qui existe », où moi-source et/ou l’Absolu premier moteur semblent ne faire qu’un dans la manifestation même de leur différence initiale. Je cite cette fois Michel Henry :

« … ma conception de la subjectivité (ne peut être) assimilée à la notion traditionnelle de ‘personne’. Dans la perspective classique en effet celle-ci apparaît comme une réalité autonome. Alors qu’à mes yeux, désormais, si la subjectivité est certes une ipséité, ce moi m’apparaît en réalité comme fondé dans la vie ; et c’est parce que cette subjectivité s’auto-éprouve elle-même qu’un moi peut à chaque fois prendre naissance en elle, se fonder dans un événement qui le dépasse. Je ne suis pas une sorte de monade qui serait sa propre origine, mais je suis plutôt comme un nageur dans la mer. Je suis porté par la vie. Ce point est difficile à concevoir. Certes, tout ce que j’éprouve est moi-même et cependant ma passivité à l’égard de moi-même implique nécessairement la présence d’un Fond qui me porte. L’idée de Déité chez Maître Eckhart pourrait l’éclairer. Une sorte de présence me fait être moi et ne peut s’accomplir sans que je sois – Eckhart disait que, si je n’étais pas, Dieu ne serait pas. Sa structure même fait que je suis engendré et porté par elle. Le moi n’est pas un naturant mais un naturé. Ou plutôt il est sur le trajet d’un naturant à un naturé, et c’est pourquoi il s’éprouve soi-même… »

Auto-Donation, page 72

Il y a un point litigieux : cette apparente confusion entre la vie, comme la biologie l’étudie, et la Vie, Absolu que les gnostiques appellent eux-mêmes le Vivant : « Le Père le Vivant… » Mais on retrouve ici la notion de double dimension, d’amphibolie qui caractérise notre condition : créateur-créé. C’est essentiel à comprendre, à réaliser. Ici, Michel Henry emprunte son vocabulaire à Spinoza (‘naturant’, ‘naturé’)… Je n’hésite pas, quant à moi, à remonter à une plus ancienne tradition, révélation encore méconnue, celle de Jean Scot Érigène : « créateur-créé » pour dire l’homme. Mais ici, on ne s’arrête plus aux mots, ici, l’Esprit souffle.

PS : Je reviendrai très prochainement sur Michel Henry et Maître Eckhart…