Juste un instant (23) : Marsile Ficin

En date du 4 septembre, sur le site « actu philosophia », Thibaut Gress mentionne la récente publication chez Vrin de lettres de Marcile Ficin, traduites par Julie Raynaud et Sébastien Galland. Marsile Ficin vécut à Florence de 1433 à 1499 et contribua pour beaucoup à enrichir la culture de son temps d’une nouvelle sensibilité au platonisme. Bien sûr nous restons entièrement en territoire chrétien (avec un fort accent dualiste : forme/matière ; lumière /ténêbres) mais l’expression de cette pensée éloigne considérablement des théologies du Moyen-Âge, rapprochant étonnamment d’une part des gnoses hellénistiques et peut-être déjà, d’autre part, de ce néo-paganisme contemporain qui effraie tant les ‘chiens de garde’ de l’idéologie moderne.

Dans ce passage, Marsile Ficin s’adresse à son ami Michele Mercati « Regarde la lumière, (écrit Ficin), dans le monde matériel, pleine de toutes les formes de toutes les choses, soustrais la matière, laisse le reste : tu obtiens l’âme, lumière incorporelle, omniforme, mobile. Ôte-lui, derechef, le mouvement, déjà tu atteins l’intellect angélique, lumière incorporelle, omniforme, immuable. Enlève-lui aussi cette diversité, par laquelle une forme se différencie selon sa luminosité, et qui est emplie d’une lumière venue d’ailleurs, afin que l’essence de la lumière et de chaque fortune soit identique et que la lumière se forme elle-même et, au-travers de ses formes, forme toutes choses. Cette lumière brille infiniment parce qu’elle brille de sa propre nature et elle n’est point souillée, ou comprimée, quand elle se mélange à autre chose, elle est là à travers toutes choses, parce qu’elle n’appartient à aucune, à aucune en propre, de sorte qu’elle fulgure à travers toutes choses équitablement. Elle vit à partir de soi et elle procure la vie aux choses tout entières, puisque son ombre est telle la lumière du Soleil, donnant seule la vie aux réalités corporelles. (…). Ainsi, qu’est-ce que la lumière du Soleil ? L’ombre de Dieu. Ainsi, qu’est-ce que Dieu ? Dieu est le Soleil du Soleil ; la lumière du Soleil est Dieu dans le corps du monde ; Dieu est la lumière du Soleil au-dessus des intellects angéliques. »

POST-SCRIPTUM :

Occupé à la relecture de l’Essai d’éthique fondamentale de Georges Bastide (j’y reviendrai…) je trouve dans les première pages une petite note assez intéressante sur la lumière. C’est dans la suite de remarques sur la naissance d’une authentique démarche réfléchissante de l’esprit chez St Augustin : Le thème de la lumière qui lui parvenait par le canal biblique, prend sans doute sa source dans les âges les plus lointains de l’humanité. L’histoire linguistique permet de saisir dans les Vedas, en réponse à l’inquiétude de l’ombre et à la terreur des ténèbres, le passage au vocatif d’imploration (Dyâus, avec un accent circonflexe) du mot qui signifie la lumière du jour (Dy’aus avec un accent aigu.) Il s’y ajoutera le nom de Père : Dyâus Pitar (Zeus Pater, Jupiter) ; et l’invocation religieuse traduira l’émoi de la conscience encore fruste dans l’intuition rudimentaire d’une sorte d’infinitude tutélaire de la clarté des cieux…

« conscience encore fruste », c’est à voir, puisque la lumière de l’esprit s’y éprouve bien autrement que celle du jour naturel ! Comme promis, j’y reviendrai…

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