Les routes de l’été (6) : Alechinsky à Aix

Oui, les routes de l’été, un dernier souvenir, alors que l’automne a déjà commencé. C’est une carte que je reçois d’un ami allé au Musée Granet d’Aix voir la belle rétrospective de peintures inspirées du grand Sud à Alechinsky. J’ai tant dit que je regrettais de l’avoir manquée cet été, et cet ami très proche l’a un peu vue « avec mes yeux » aussi, avec les siens d’abord pour en retirer un enseignement très personnel.

Et je le cite : Émouvant témoignage de l’incendie qui a ravagé une grande partie des Alpilles. Le peintre, amoureux des arbres, raconte ce supplice, et nous montre cette désolation. Mais de plus, tout ici est doublement mort à cause de la neige et du froid qui pétrifient toute vie ! Quel titre ! Bel hommage à la nature ravagée par les délires humains.

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L’incendie du froid, 1991-1992, photo Michel Nguyen

Est-ce bien l’intention poétique d’Alechinsky ? De la part d’Alechinsky, ancien du groupe Cobra, cela m’étonnerait. Mais c’est le propre de l’oeuvre d’art d’être reçue par chacun suivant son tempérament, son idiosyncrasie comme on dit savamment. Pourtant, en regardant attentivement cette image, un peu glacé moi-même par le témoignage de cet ami, j’éprouvai un autre sentiment, une autre interprétation naissait. L’incendie n’est pas toujours ce ravage du feu qui détruit. La littérature en fait une métaphore bien connue qui désigne non plus un anéantissement igné ou une mort douloureuse, mais une métamorphose, un complet renouveau, une renaissance. Ce que la neige et la glace, épousant de leurs blancheurs immaculées les formes de la nature, peuvent transfigurer au-delà de tout spectacle habituel, mémorié ou simplement concevable. Le noir serait ce monde ancien, primordial peut-être, matriciel, et d’avant la naissance de toute couleur : le blanc, par contre, celui d’une éclosion triomphale au monde du paraître le plus éclatant, magnifique, surhumain.

Les bordures à l’acrylique, printanières, semblent aussi prouver l’inéluctabilité de cette renaissance, de cet avenir irrépressible qui est la promesse de la vie et, heureusement, l’effacement de nos détresses. C’est tout ce que je me borne à dire au fil de toutes mes pages : contre l’évidence de ce qui nous navre et nous détruit, nous emporte et nous efface, la sensation d’une radiante présence, d’une écho minuscule mais tout puissant, je veux dire audible à qui veille, d’une aurore sempiternelle, vie et mouvement de vie, foyer d’espérance, preuve irréfutable d’amour.

Nota bene: Il y a une autre ‘route’ encore que je n’ai pa empruntée. Et c’est une amie aussi qui l’a fait pour moi. Je parle de trésors de la collection Planque (peinture moderne et contemporaine) exposés à Saint-Louis (68) par la Fondation Fernet-Branca. Un beau détour… pour qui pourra. C’est jusqu’au 24 octobre !

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