« La Compagnie des philosophes »

C’est le titre d’un livre de Roger-Pol Droit, philosophe AOC et chroniqueur au Monde. Je vais dire tout le bien que je pense de ce livre (1), mais qui n’est pas une édition originale – il semble que la première édition date de 2002, ce qui n’est pas précisé, et il en sera de même pour la Compagnie des contemporains, livre qui sera à nouveau publié après l’avoir déjà été en 2002. Je rappellerai surtout que je m’étais carrément fâché il y a quelques années quand Roger-Pol Droit avait assassiné André Comte-Sponville dans les colonnes du Monde. Il emboîtait le pas à Dominique Lecourt qui fustigeait dans un ouvrage intitulé Les piètres penseurs (Flammarion 1999), tous ceux qui s’engageaient dans des chemins de traverse éloignant trop d’une orthodoxie universitaire bien-pensante. Le reproche portait sur la périlleuse tentative opérée par Comte-Sponville de ‘penser’ autrement, par le récit de sa rencontre philosophique avec un swami indien : Prajnanpad, bien connu en Occident pour avoir été le maître d’Arnaud Desjardins. Or, dans ce nouveau livre de R-P. Droit, Prajnanpad est nommément cité, en gage d’ouverture aux pensées orientales de cet Occident depuis si longtemps enfermé dans ses traditions. Certes, le maillon est ici Daniel Roumanoff, je suppose, plus fréquentable qu’Arnaud Desjardins qu’on ne cite pas. Il y a encore de la prudence, mais ce livre se parcourt néanmoins comme un grand moment de libération, d’ouverture, d’émancipation des dogmes étroits qui commandent les pratiques universitaires, et je dis dogmes pour ne pas parler aussi modes, souvent, errements, parfois, et criminels de temps en temps, ce dont traite ouvertement ce livre. (2)

Il reste une certaine définition de l’éthique intellectuelle des philosophes,  apparemment celle de R-P. Droit, et que je dois citer sans retard au risque de décevoir, rebuter peut-être, bon nombre de mes lecteurs. Une déclaration, je vais le souligner, peut-être en contradiction avec la liberté de ton et de parcours, bien réelle, de ce livre… « Les philosophes ne sont… ni des artistes ni des mages. Des aventuriers de la raison, non des poètes ou des chamanes. Définir, délimiter, clarifier, démontrer, argumenter, douter, soupçonner, établir, réfuter…, voilà leurs tâches de toujours. Pas d’accessoires, aucun dispositif expérimental. Rien que du langage, et l’exigence sans fin de dialoguer avec soi-même comme avec les autres. Ils ont en commun l’obstination à ne reconnaître d’autre souveraineté que celle de la logique, d’autre autorité que celle de la raison, d’autres lois que celles de l’entendement… Toujours, des aventures de parole raisonnante les rassemblent… et aussitôt les opposent ! » C’est ajouter une nuance, et un éclairage d’importance ! Un langage qui ne s’impose jamais, une raison qui reçoit mille définitions, une logique qui se décline en multiples versions, un entendement qui obéit souvent aux séductions (aux sirènes ?) de la poésie, d’une certaine magie parfois, sans compter cette opposition entre les rationalismes qui se veulent les plus stricts dans leurs principes, et les ‘philosophies’ qui obéissent ouvertement à un type de révélation religieuse (comment appeler ça en bonne langue philosophique ?) : révélation chrétienne, par exemple, elle-même très fragmentée, révélations ‘orientales’ qui inspirent discours et écrits de milliers de ‘penseurs’ incontestables depuis des millénaires. Et comment parler d’une règle unique pour engager un tour d’horizon qui commence avec les présocratiques et qui s’étend jusqu’à Deleuze ?

Et pourtant ce livre, dès qu’on en parcourt la table, propose un choix d’une immense variété de figures philosophiques, dans l’espace et le temps, mais surtout espace de pensée qui ne se limite pas aux critères du ‘philosophiquement correct’ occidental moderne ! Cette liberté, cette indépendance, les deux revendiquées, cette curiosité, cette lucidité, les deux comme vertu philosophique, toutes vont ensemble pour un voyage initiatique sans limite(s). Cette liberté et ces coups de coeur, ce n’est pas seulement un choix d’auteurs qui ne correspond à aucun critère académique, ce sont aussi de très nombreuses annotations philosophiques, au sens plus ‘technique’, mais qui éclairent mieux, révèlent davantage, suscitent un intérêt nouveau. Et ça, c’est capital : associer une liberté de curiosité authentique et une culture de grand lecteur qui s’est donné les moyens d’approfondir. Mes propres choix, nécessairement plus hâtifs, paraîtront très ‘capricieux’ comme dirait Dantzig. Impossible d’éviter les ‘Grecs’ ; on commence toujours forcément par eux, les présocratiques dont on nous rappelle heureusement qu’ils sont des maîtres toujours un peu négligés – notamment Démocrite – et les ‘grands’ Socrate et Platon qui sont vraiment les ‘maîtres à penser’ de notre culture, indéfiniment soumis aux critiques, indéfiniment commentés, indéfiniment continués, ce qui est bien le plus extraordinaire. Car c’est moins dans la lecture de ces deux-là qu’on trouve notre pensée vivante, aujourd’hui comme par le passé, mais dans les exégèses immenses qu’ils ont provoquées, et les passions enflammées de la fameuse querelle opposant un idéalisme de ‘colombe’ (la formule est de Kant qui avait reproché à Platon l’excessive abstraction de son discours) à un empirisme capable, à la fois, de proposer à la science moderne ses formulations basiques, d’instruire une question de l’être qui encouragera les théologies rationnelles engendrées du thomisme, jusqu’à Suarez qui aurait inspiré Descartes, jusqu’à Heidegger et Aubenque de nos jours : on a beau le savoir, il faut le redire, retracer l’arche de cette architecture. Ceci, soulignons-le bien, dans un espace de plus de mille deux cents ans qui « séparent les aurores présocratiques des derniers néoplatoniciens ». R-P. Droit ne manque pas non plus de rappeler que les Grecs inventent ‘le’ politique, et mieux, la démocratie, celle qu’il faut toujours défendre et refonder, une conquête sans fin… L’ignorer, c’est non seulement manquer toute pensée possible, mais tout début valable de réflexion critique, d’approfondissement et d’éclaircissement des questions qui sont ici définies.

C’est en deux chapitres séparés que l’auteur répare un oubli coupable des ‘philosophies d’ailleurs’ (3), non seulement de l’Inde mais de l’Orient, ce qui donne, à mon avis, son plus haut intérêt à ce recueil de réflexions. À ce propos, nommer Vallin, quand ses étudiants mêmes, à Nancy, le croyaient fou, quel évènement ! S’inspirant des travaux de René Guénon, lui-même bien peu prisé en France, Georges Vallin (4) conjugua tous ses efforts à révéler la force authentiquement philosophique du védantisme indien. Je suis heureux de pouvoir citer ces lignes :  » Son Orient (celui de Vallin) n’est pas un lieu de fuite ou d’esquive… C’est au contraire un lieu d’englobement et d’intégration. Dans les commentaires de Sankara sur les Vedânta-Sûtra, le philosophe découvre l’approche intellectuelle la plus rigoureuse de l’Absolu en tant que réalité. Par définition, une telle réalité ne peut être limitée par rien. Toute forme de dualité, d’opposition ou de dichotomie s’y résorbe. Le divin n’y est plus séparé de la chair, l’esprit de la matière, Dieu créateur de sa création…. »  Bareau est également nommé qui fait oeuvre égale pour mieux faire connaître le Bouddhisme. Ces deux maîtres ont porté au grand jour cet enseignement oriental fondamental dont l’intention, R-P. Droit le rappelle justement, n’est pas « de connaître mais d’éteindre« . Et il cite Nâgârjuna : … « l’apaisement de tout geste de prise, l’apaisement béni de la prolifération des mots et des choses ». R-P. Droit leur associe un autre grand méconnu : Henry Corbin – qui fait également l’objet d’un autre chapitre – à qui l’on doit des études très approfondies sur l’Islam, le Soufisme en particulier (Ibn’Arabi) et la révélation des splendeurs du néo-platonisme persan à travers l’oeuvre puissante de Sohravardî (2). J’en profite pour rappeler que Corbin a été un des premiers traducteurs en France de Heidegger (avec Munier) et qu’il a choisi plus tard une autre ‘orientation’ et d’autres voies d’exploration de la Connaissance. Mais peut-être n’est-il pas suffisamment précisé que c’est une expérience mystique, non-philosophique au sens où R-P. Droit entend la philosophie, qui est la source, la clef de ces enseignements qui ne se séparent jamais d’une exégèse approfondie de la Révélation (védique dans un cas, mohamadienne dans l’autre), qui ne s’éloigne pas non plus d’une inspiration purement poétique tout aussi capable de s’épancher dans un verbe libéré d’entraves dogmatiques.

Il était beaucoup plus difficile encore d’aborder les philosophies qui ont précédé le moment cartésien : des ‘étoiles filantes’ sont nommées, dont une figure à ne jamais oublier non plus : Giordano Bruno, né en 1548, brûlé vif à Rome, sur ordre de l’Inquistion, en 1600. Fort tempérament, critique et surtout caustique, il est le précurseur d’une modernité scientifique – R-P. Droit le voit précurseur de Fontenelle – et mystique – précurseur de Spinoza et au-delà peut-être, d’un nouvel âge qui peine toujours à se définir entre scientisme et nouvelle religion. Une contestation virulente de l’autorité, et cette mise à mort cruelle à laquelle il se rend, seul. Plus loin, on appprend maints détails de la vie de Descartes, de Spinoza, qui rapprochent de nous cette ‘philosophie’ classique, devenue trop classique même aux yeux de nombreux professeurs. Quant à la philosophie des Lumières, c’est peu dire qu’elle est tout entière dominée par la révolution kantienne évoquée ici comme une ‘opération de la cataracte’, le mot est de Schopenhauer. C’est qu’il ne serait plus possible de philosopher, après Kant, comme auparavant : le maître de Königsberg, dans sa célèbre Critique de la raison pure, pose la « question de la possibilité d’une connaissance a priori, indépendante de l’expérience, et capable malgré tout de s’accroître par synthèse… » C’est Kant lui-même, néanmoins, qui suggère cette métaphore de la colombe s’imaginant capable de voler bien plus aisément dans un espace vide d’air ; c’est Kant qui parvient justement à critiquer ce délire de la raison pure dans des analyses fameuses et, croyons-nous, indépassées. Cependant « l’illusion de Kant, si elle existe, concernerait la pratique. Une confiance excessive dans les pouvoirs de l’explication rationnelle le porte à croire qu’il peut suffire d’analyser un malentendu pour y mettre un terme, que l’appel du vide cesse une fois que ce vide est clairement décrit comme tel, que les combats s’arrêtent si on a montré qu’ils sont vains… » Vain combat de la philosophie ? Tous les grands noms qui suivent, et pas seulement en Allemagne, devront prendre position à partir du criticisme kantien. Y compris, on l’ignore souvent, les penseurs qu’on classe souvent dans la génération romantique : Fichte et Schelling notamment, un peu plus tard, Hegel… Et quand arrivent Schopenhauer, Nietszche, c’est presque l’espace de notre pensée contemporaine qui se trouve délimitée – y compris un certain type de relation avec l’Orient, déjà chez Hegel, et surtout chez Schopenhauer, célèbre pour avoir fait connaître une certaine figure, radicalement pessimiste, du Bouddhisme. Ce qui me frappe au long de ces pages et qui en rend la lecture toujours passionnante, c’est l’association d’une grande scientificité d’analyse, d’exposé, et une liberté toute personnelle d’exploration, d’examen, de comparaison. Il serait bien long pour moi de poursuivre cet examen, d’en montrer toutes les subtilités et la richesse quasi-encyclopédique. ‘Les‘ Marx, par exemple, dans un chapitre à part, sont les différentes ‘lectures’ de Marx proposées par les intellectuels, celle d’Althusser et celle de Michel Henry, une seule fois nommé dans ce livre… Par contre, si j’en viens à l’invention de la Phénoménologie par Husserl, inexplicablement, les pages sont plus rares, sans doute parce que ce courant si novateur devra attendre ses exégètes contemporains pour prendre ses vraies dimensions. Surprenant décalage.

Au moins, la philosophie française n’est-elle pas oubliée et l’on découvre avec intérêt des grands noms jadis très célèbres et que la concurrence avec la philosophie allemande a bien marginalisés. Je me rappelle le mépris dans lequel on tenait Bergson dans les années soixante. Cette véritable faute semble réparée : l’intérêt d’une philosophie qui se « retourne vers le vécu, vers la fluidité de l’expérience intime » semble renaître. Et il y a eu la publication des cours, avec « leur extraordinaire qualité pédagogique » qui nous fait souvenir de la force de cet enseignement qui influença profondément la vie intellectuelle française avant-guerre. Puis on évoque successivement les noms de Lavelle, Gilson, Maritain, Gouhier, heureusement, mais pas un mot de Brunschvicg ! Et Maurice Blondel : sa philosophie de l’action est en rupture avec les traditions les mieux établies. Aussi « les rationalistes… virent dans sa philosophie une limitation de la raison par la foi… et les théologiens lui reprochèrent de faire du surnaturel une exigence de la nature ou un prolongement des aspirations humaines« . Problèmes qui semblent toujours d’actualité, mais qui, dans cet énoncé-là, sont passés aux oubliettes ! Enfin il y a nos contemporains les plus célèbres : Sartre, Merleau-Ponty, Foucault, Deleuze, devenus quasiment des stars de leur vivant et qui démontrent ainsi la passion, et pas seulement intellectuelle, que peut susciter l’exercice philosophique le plus savant lorsqu’il s’applique à l’analyse de faits de société vraiment cruciaux, pas seulement la lutte des classes ; l’emprisonnement des criminels, la réclusion des malades mentaux, l’homophobie, voire des engagements politiques qui poussent le philosophe à la rue – on n’oublie pas Sartre vendant la Cause du peuple à la criée ! « Foucault n’est pas lui-même » nous est-il dit : c’est que Foucault, moins que tout autre, n’érige aucun sytème, et dépayse ses lecteurs de livre en livre, déclarant lui-même évoluer si bien qu’il ne « souscrit pas sans restriction » à tout ce qu’il a écrit précédemment. R-P. Droit se permet donc d’écrire, interprétant Foucault : « La vérité n’est pas… – il n’y a que des discours historiquement repérables qui ne produisent que des ‘effets de vérité’…  » Alors, ‘philosophe littéraire’ puisqu’on n’osera pas dire ‘dilettante’ ? C’est que la pensée s’exerce aussi en littérature (on pense à Blanchot, Bataille, Artaud) comme la littérature parvient à imposer son style, plus libre, moins scholastique, en philosophie, et de façon très inédite, sans programme pré-établi. Cette liberté est encore plus évidente lorsqu’on parcourt l’oeuvre de Deleuze, lui aussi « rebelle aux classifications, mobile, multiple« . Pour moi aussi, ses maîtres-livres, Différence et Répétition, Logique du sens, et sa Logique de la sensation consacrée à Bacon sont des livres incontournables qui donnent un relief inimitable, à la fois aux questions que l’auteur choisit de traiter, mais encore à un style d’interrogation, de questionnement qui révèle en lui-même l’essence de la philosophie, le désir insatiable de connaître, de découvrir, de dépasser, toujours, la tradition. D’après Deleuze, « la philosophie n’est ni contemplation, ni réflexion, ni communication. Elle est création de concepts… Le philosophe fabrique, agence, ajuste des concepts… Un concept tente de donner consistance à un mouvement infini, sans pour autant le perdre« . Depuis Socrate, la compagnie des philosophes est dangereuse, mais hautement recommandable à qui veut prendre soin de son humanité, de son perfectionnement.

J’espère qu’on m’excusera de limiter et de raccourcir à ce point mon propos, je viens de me relire et je m’en aperçois au fil des lignes. Car tout ce qui s’y dit de tous se lit aussi aisément au fil des pages. J’ai dû m’abstenir d’en recopier un trop grand nombre et je suis évidemment moins bon pour en signaler l’intérêt d’une lecture intégrale. J’aurais peut-être dû fractionner en deux parties cette longue recension, susciter de neuves curiosités, autant pour des philosophes qu’on croit bien connaître, ou d’autres, trop méconnus. C’était une vraie surprise pour moi, et un enseignement, de découvrir Carlo Michelstaedter qui, anticipant des thèmes contemporains parmi les plus audacieux, voulait « saigner à blanc les mots« , il l’a écrit lui-même, et ceci à la veille de sa mort : « L’absolu, je ne l’ai jamais rencontré, mais je le connais comme celui qui souffre d’insomnie connaît le sommeil, comme celui qui regarde l’obscurité connaît la lumière« . C’est un homme qui voulut, à lui seul, détruire les prestiges de la rhétorique pour libérer un homme ‘flambeau’ capable de s’éclairer lui-même, et son prochain, au-delà de tous les mots. Je reconnais que, dans la démarche de R-P. Droit, ce qui attire le plus mon attention aujourd’hui, c’est non seulement cette liberté d’examen capable de faire rimer la révélation de minces détails d’existence et l’approfondissement de telle ou telle caractéristique de pensée essentielle, c’est surtout cette curiosité universelle capable d’appréhender non plus un monde divisé en cultures inconciliables, où les non-européens sont ouvertement traités de ‘barbares’, mais bien l’exploration d’un immense effort de connaissance dont il reste nécessaire de nous instruire pour progresser, augmenter peut-être les pouvoirs toujours vacillants de la science, de la sagesse, et finalement de cette paix universelle rêvée par Kant. (5)

(1) Roger-Pol Droit : La Compagnie des philosophes, Odile Jacob 2010. A la fin du livre, les sources et les références sont exactement précisées, ainsi que l’index, très complet. Par ailleurs, comme s’en explique lui-même l’auteur, La Compagnie des contemporains rapporte de nombreux entretiens parus dans différents journaux et revues, avec des philosophes, chercheurs scientifiques vivants et qui influencent le plus directement la pensée aujourd’hui.

(2) Il n’y a pas que Heidegger, comme c’est ici rappelé, qui s’extasiait auprès de Jaspers sur les ‘belles mains’ du Chancelier Hitler, la preuve que cet homme ne pouvait que manifester une haute tenue intellectuelle et morale ; il y a aussi les errements de ces intellectuels français successivement dévots du stalinisme, puis du maoisme – sans oublier le voyage à Cuba… intellectuels toujours bien vivants et … dis-traits (je pense à Sollers par exemple…) – et j’en passe…

(3) Je fauterais beaucoup en manquant de citer l’ouvrage collectif dirigé par R-P Droit : Philosophies d’ailleurs en deux volumes chez Hermann (2009)

(4) On peut se passer de lire Guénon mais on devra lire, de Georges Vallin : La perspective métaphysique, de même : Voie de gnose, voie d’amour. On aura ici une véritable initiation à la possibilité du concept ‘métaphysique’ de non-dualité. Je n’ajoute volontairement que cette petite note pour une découverte à mes yeux essentielle. Je n’avais pas caché non plus dans des rubriques précédentes que le non-dualisme exposé par Vallin est en contradiction avec la critique du monothéisme développée par Corbin (également cité dans ce livre) à partir de son étude si approfondie des mystiques musulmans, dont Ibn’Arabi surtout. 

(5) J’ajouterai seulement, et prouvant ainsi que la vitalité de la philosophie reste des plus extraordinaires, la publication de nouveaux petits manuels d’Alain Renaut : Découvrir la philosophie, en 5 ouvrages séparés (le sujet, la culture, la raison et le réel, la politique, la morale) tout juste publiés par Odile Jacob (2010)