L’art qui nous fait signe(s) – 6 : Hubert Saint-Eve

Des lecteurs un peu attentifs s’étonneront que, à des lignes exaltées écrites à la découverte du Maître de Chaource exposé au Grand-Palais, succèdent celles d’une admiration sans réserve au travail d’Hubert Saint-Ève. C’est que je suis conséquent dans ma recherche d’un art qui fait signe(s) – on comprendra l’usage de ce pluriel – jusque dans les sauts, les ruptures d’une histoire qui n’en est pas une puisqu’il s’agit de nous, qui passons plus vite que les mots mêmes de cet aveu, ou de nos morceaux comme l’appréciait déjà Augustin, les deux mains aux putes avant de les joindre en prière ; d’une succession d’enchantements dont on ne sait, impuissants que nous sommes, s’ils miroitent le secret d’une valeur prolifique ou le néant prolixe d’un épanchement absurde, un écoulement de lavabo comme disait Sartre, le dernier Cioran quant à lui préférant le bidet. Et pourquoi savoir, je vous le demande, mais puisque nous succombons à la tentation de ‘le’ dire (malédiction ?) il faut bien poursuivre cette quête perpétuelle de vérité, de légitimation, d’aveu mortifié de ce qui s’avère pour ce qui (n’)est (pas).

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une vue de l’exposition 379

Saint-Ève est authentiquement penseur et peintre. Il sait comment dire et comment faire, tout en sachant très bien qu’il n’y a rien à faire, d’une prescience qu’il se garde d’avouer, et que toute tentative dans cette direction, une agitation dans le cauchemar (dit-il), une convulsion, aggrave… La raison (j’en sais quoi ?) pour laquelle je ne cliquerai sur aucune icône à ma disposition, aucune catégorie qui permettrait d’orienter cette page vers une description, une classification, un jugement affirmatif, une « fuyante » dit-il justement. Puisque Saint-Ève nie…. Vous me direz : « cette oeuvre pourtant… » puisqu’oeuvre il y a, ce qui est à la fois témoignage d’écrits de bonne et due forme, enrichis d’illustrations, un homme qui a sa culture philosophique bien garnie et passage obligé (?) aux tant classiques Beaux-Arts ! Nie ? Pas exactement : Saint-Ève constate la crevaison (comme on dit d’un pneu…) de tous les mythes, et de la mythologie fût-elle barthéenne, et de plus près, au plus près de ce qui se dit aujourd’hui ‘désenchantement du monde’, voit la constante, répétée, obstinée ou têtue, perverse, paranoïaque, folie de la raison idéologique, une mise aux plis de normes indéfiniment recousues, celles d’une pensée que l’aventure originelle n’avait pas prévues sinon pour animer cet élan d’aventure à destination d’introuvables agonies, aux détours multipliés de tous les noms lisibles des dieux patrons de notre création en toute ignorance. Des noms de dieux païens que Saint-Ève écrit sagement sous les bornes à incendie qu’il s’applique à reproduire. « Un cauchemar » décrit dans ce texte au titre énigmatique, Du destin des fuyantes. C’est son dernier écrit, je crois, proposé à l’occasion d’une exposition visible à Nancy – dans le local de l’Association 379, sis 379 avenue de la Libération à Nancy, le mercredi après-midi ou sur rendez-vous en appelant le 03 83 97 31 96 et jusqu’au 20 novembre – Je lis :

« Le pire parmi tous les cauchemars, est sans doute celui dans lequel vous ne vous réveillez que pour vous apercevoir que vous ne l’avez jamais quitté… La stabilité de votre environnement vous assure que vous avez changé de régime de conscience. Toutefois, il subsiste une sorte de traumatisme bizarre. Soulagé d’avoir échappé à l’anéantissement promis par un déchaînement de forces qui vous dépassent, vous encouragez la vie à modestement tout remettre en place… ça roule… » Un ‘féroce’ est apparu, diable qui ne dit pas son nom, qui m’agrippe et m’entraîne sans pitié.  Le mécanisme intime et monstrueux qui déforme le paysage entier de mes perceptions est dû à l’agression de cette créature brusquement surgie dans le cauchemar ininterrompu que je tente de fuir sans y parvenir, sans échappatoire. « Le dormeur crucifié sur un point de vue plus courbe qu’oblique, ne peut que valider une situation aporétique qui immerge son strabisme à tout jamais dans un cercle vicieux. » Le circuit de la course apparaît comme un échevau de lignes fuyantes mais constamment emprisonnantes, dans le même paysage, pour la même chute finale dans le même piège. « Dédoublé, à la fois poursuivi et poursuivant, vous projetez de l’un vers l’autre de vos avatars un point de vue de transition, le chemin fera le reste… » Mais il y a comme un défaut : « le cercle en effet nécessite un assentiment. Que vous partagiez la focale que constitue le point de fuite qui devient vôtre. Délaissant la focalisation dans laquelle l’histoire qui vous raconte vous contraint. Devenant vous-même cet être de la parallaxe, vous stoppez la course ! » La parallaxe est l’incidence du changement de position de l’observateur sur l’observation d’un objet. Elle est l’impact, ou l’effet du changement d’observation de l’observateur sur l’objet observé – dixit Wikipedia, qui ajoute – en psychologie, la parallaxe est une modification de la subjectivité, la différence de perception d’une même réalité… Et c’est ainsi, à la faveur, c’est bien dit, de cette particularité optique, que vous pouvez vous-même en profiter pour « poser une verticale effrontée… lâcher le point de fuite et inverser par ricochet le point de vue. » Muter. Soit briser le cercle dont je suis centre et circonférence, organisation, révolution : « rompre » ! Je suis le rêve, tout mon rêve dans mon rêve, abruti comme le rêveur de Platon sans doute, convoqué un instant à un retournement, une rupture, une échappée ‘verticale’. On trouvera ce texte sur le site en tous points remarquable de Saint-Ève : http://hubertsaint-eve.com/

Saint-Ève a-t-il lu Slavoj Zizek ? Personnage apparu comme la dernière érection sous viagra de la philosophie spectacle, grand réformateur du lacano-marxisme, Zizek a publié plus de 400 pages pour démontrer comment cet accident d’optique est à la fois prétexte de toute invention philosophique et révélation d’une ‘différence pure’, ‘la différence de l’élément vis à vis de lui-même’ – sans toutefois parvenir à demêler ces fuyantes qui nous encerclent et nous entortillent, phobies constituantes du sujet, jusqu’à cette neuve, inédite aperception de lui-même. Vous l’avez compris : c’est là que le prétendu sujet aura instauré son identité d’emprunt, mais pas en faisant semblant, en s’en convainquant le pauvre ! Notons : la formule métanoïaque est à vendre depuis Socrate, sans trouver preneur.   Mais la métaphore de la parallaxe est plus riche et Saint-Ève en fait meilleur usage en prétendant qu’il ne s’est jamais ‘agi’ que de moi, une praxis étonnamment transcendantale, le ‘féroce’ évanoui dès que je lui dis son ‘fait’, dès que je lui ‘règle son compte’ : comment dire autrement, ou évoquer, l’unité et ses fissures, le cauchemar sans répit du plotinisme jusqu’à sa sortie ‘verticale’ dans la théologie négative du Pseudo-Denys, une bien-bien vieille histoire. Autrement dire : la ‘valeur infinie’ dont parlait mon ami Stephen Jourdain, qui se donne si prodigalement aux paraîtres multipliés de mondes – c’est-à-dire de regards, de points de vue, portant chaque fois ‘mon’ nom – ne s’accorde à aucun concept de mesure, c’est à peine si j’oserais parler de définition puisqu’on a déjà réglé la question au moins depuis Kant, le petit débutant ès-déconstructions ; ne se donne qu’en retrait, perception pure et désir aussi dur que cette érection qui obsède le penseur passionné de véracité. Michel Onfray est bien injuste envers le vieux papa Freud à qui l’on doit cette découverte-là. Je tente encore de combler le manque (de corriger ma loucherie ?) – « Mais quelle est ma place ‘en réalité’, mon lieu (d’être) ? » La mise en je-u est infiniment cruelle, tragique sans doute, glorieuse aussi, car participant d’une splendeur – l’é-vidence qu’il y a quelque chose plutôt que rien – un don qui n’affecte immédiatement que perception engendrant simultanément désir – et cette fuite, perte et conquête, vie et mort sûrement. Ce n’est pas hegelien : suicidaire ou salutaire, ce serait zen si je fais la grenouille. La peinture si savante de Saint-Ève, qui s’offre le luxe de réinventer une recette a tempera augmentée d’un ajout de cendre pour des gris jamais vus ; sa parole luxuriante aux multiples références (l’Ecclésiaste et Laetitia Casta), tout entière narration du drame unique de la course (et de l’ubiquité de la fuite), de l’aliénation redondante (et du jeu gratifiant des savoirs accumulés pour ‘le’ dire), de la duplicité et donc du plus simple, inutile et nécessaire, irrécusable, indéclinable comme visible à deux, je dis qu’elles pointent juste à cette jointure à son tour cassable.

L’être, oui, et le néant, et on ne rit plus, cette fois au prix d’un échec ‘couru’ d’avance, cette victoire gagnée d’une verticale subitement happée, tel tarzan sauvé par la liane tombée d’on ne sait où. Le plus curieux en somme : un possible salut ? Mais de quoi : veut-on vraiment se délivrer de cette propension à se persuader d’exister, par tous moyens (imaginaires) mis à disposition – Die welt als will und vorstellung avait dit le bien oublié Schopenhauer –  Je me suis cru censé de dire : « Je ne partage pas votre optimisme… » C’est que pour moi, la valeur infinie a pour nom « rien » et le désir pour objet « tout », étant entendu – mais cela ne s’entend certes pas dans une tête, ni nulle part(ie) en état d’écroulement permanent (allez voir le film 2012) – ‘entendu’ (donc, admettons juste une fois qu’il s’entend, en mode réflexif) que je ne suis ‘rien du tout’ ou pire, ce ‘tout’ qui ne repose sur ‘rien’. Comment aurait conclu Shakespeare ?

PS : Ceci n’est pas un nihilisme. Et je ne me ferai pas sauter la panse, boudin noir, boudin blanc. 

2 commentaires sur “L’art qui nous fait signe(s) – 6 : Hubert Saint-Eve

  1. Cher Raymond,

    Merci pour ce texte qui montre à quel point vous n’avez pas seulement vu, mais également lu le texte du catalogue. Mon travail est, il est vrai plutôt à géométrie variable. Non seulement il s’interroge sur sa possibilité, mais aussi sur la compréhension qu’on peut avoir de sa propre production. Je ne sais en vérité si je me trouve en situation poétique ou en situation épistémique. Cela n’a sans doute pas grande importance, puisqu’encadré dans des schémas géométriques dérisoires, je malaxe la parallaxe. Là la géométrie croise son impossible impensé que je situe dans une dialectique du soi et de l’autre en soi ; l’animal – en l’occurrence le cochon – qui vient déposer sa singularité autre où je ne puis être. S’il s’agit de s’amuser, je vous joins ici un texte plus général qui essaye d’ordonner mon rapport à l’art de mon temps, et ceci sur un mode épique :

    Du destin des fuyantes

    I – [d’un triomphe]

    l’esthétique contre l’art

    Tout d’abord ce modeste ensemble de textes et d’images manifeste ouvertement l’intention, autant de comprendre que de contribuer à ce qu’ensemble nous appelons l’art de notre temps. Or la fougue qui nous habite cache à peine le trouble que suscite en nous un malaise indéfinissable. Sans doute devons nous ce sentiment confus à l’étrange panorama d’armoires vidées et de tiroirs éventrés. Leur contenu à perte de vue gît pèle-mêle sur le relief d’un sol qui n’en revient toujours pas des fouilles successives qu’il a subi. Après les rabatteurs on le sait surgit le policier. Celui-ci ouvrant la voie au bourreau coupe les cheveux en quatre. Creusant et retournant les fruits de son saccage, l’éplucheur évite d’en laisser pour plus tard, puisqu’il dispose toujours des réponses à son inquisitoire. Rarement en effet la perquisition laisse son objet intact. Aussi plutôt que d’«interroger», de «questionner» à tort et à travers une notion déjà bien entamée par les incessantes «déconstructions» de nos contemporains les plus assidus sur le front de la «mise en questions», nous préférons les multiples rapprochement d’une connaissance par contact prolongé. Certes la langue de bois, cette pente fatale sur laquelle les automatismes ambiants voudraient nous entraîner, nous permettrait par la brutalité d’un interrogatoire musclé d’y voir plus clair, mais on peut se mettre à table sans pour autant devenir grossier.

    À vrai dire, si l’art, malgré le soupçon dont il fait l’objet persiste à demeurer si vivant parmi nous, au fond peut-être célébrons-nous la vitalité d’une notion dont la plus grande vertu semble être de s’adapter à la géométrie verbale de toute demande. Si bien que son usage immodéré identifiera toute situation contemporaine qui convoquera un tant soit peu l’idée de création, si ridicule soit-elle. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de s’en réclamer, non seulement le mot convient à tout le monde, mais personne ne cherchera vraiment à savoir ce qu’entend son utilisateur. En dehors de l’intérêt qui pousse chacun à en abuser, rares sont ceux que surprend l’étendue des domaines qui se revendiquent de ce parrainage prestigieux.

    II – [du malentendu]

    diffuser ou infuser

    Autant dire que la notion élastique que recouvre l’usage de ce terme n’est pas près de connaître ses limites. En définitive une qualification de nature aussi vague relève du malentendu. Pour tout dire, une idée qui se diffuse à ce point n’infuse plus. À force de déployer la plasticité du champ d’application de l’art, n’est-on pas en train de lui tailler un suaire ? L’abus constaté en vérité ne dissimulerait-il pas une disparition ? Car enfin, si l’art est partout, peut-être n’est-il plus en réalité nulle part. D’une certaine manière il arrive plus qu’on ne le croit, qu’une apparence prenne heureusement des allures de réalité, pourvu qu’avec méthode la mécanique de substitution nourrisse l’illusion. Nous n’y prenions pas garde, mais l’omniprésence de ce qui s’adressait à nous sous prétexte d’art se releva au fond n’être qu’une sorte d’ersatz.

    III -[qu’il repose en paix]

    ce n’est pas la mort

    Or, nombreux sont ceux, car ils ont des lettres, qui modéraient leur enthousiasme, sachant la notion en mauvais point, sinon moribonde. Depuis un bon siècle, si certains le subodoraient, l’irréparable semblait déjà accompli. En dépit des discours consensuels célébrant la fécondité actuelle de l’art, au delà du mot, a-t-on jamais vu germer un mort ? Qui donc a pu rencontrer de frais trépassés qui auraient repoussé, avec plein de rameaux neufs, bien proprets, régénérés ? Personne ! La terre quand elle s’y met, happe, digère et finit par tout emporter dans son incommensurable froidure. Aussi faut-il en prendre acte : l’art, du moins l’idée que nous nous en faisons ne tient plus debout ; pour la bonne raison que l’art n’est plus ! Ceci dit, si ce qui n’est plus, est, alors ce qui apparaît à sa place n’est qu’un simulacre. En d’autres termes l’émanation blanchâtre aux contours tuméfiés, cette forme à peine enlaidie par la mort qui apparaît lorsque chacun l’évoque, s’appelle un fantôme…

    IV – [de quelques paroles en l’air]

    ce qui à l’air d’être

    Voilà que quelques instants à peine après le nécessaire constat de sa mort effective, l’air s’épaissit toujours de fortes phrases qui jusqu’ici restées en suspension, n’ont jamais livré leur contenu. Comme elles gravitent en altitude, leur silence permet à tout le monde d’agir comme si le désastre n’avait pas eu lieu. Pourtant il tarde à ces paroles qui n’ont pas su se dire, de quitter l’orbite qui les maintient gelées, prisonnières de l’éther. Aujourd’hui plus que jamais, on les voit flotter dans le ciel, retenant une légitime impatience au-dessus de manifestations qui se déroulent au nom de l’art. Etant donné les circonstances la prolongation de telles festivités confine, sinon à l’escroquerie, du moins à l’imposture.

    V – [du dernier artiste]

    le ciel impuissant

    Maintenant que voici l’art définitivement enterré, plus personne ne semble prêter la moindre attention, ni aux circonstances, ni aux raisons de ce trépas. Pourtant, il s’agit ici pour le dernier artiste d’accueillir la descente de ces phrases lourdes de sens qui les unes après les autres quittent l’oblique d’une orbite hypocrite. Du reste, parmi celles qui tombent, si le plus grand nombre s’échoue le lamentablement aux pieds de leur improbable destinataire, sans doute le doivent-elles à l’incapacité des hommes à en saisir le sens. Peut-être d’une certaine manière la réalité qui sert à présent de décor à nos vies, nous épargne-t-elle de tout commerce traumatisant avec un ciel trop bavard.

    VI – [du crime qui ne nous profite pas]

    le grand Pan est mort

    Nos regards, il est vrai n’ont pas seulement déserté la verticale ; rivés au seul présent, ils fuient bien plus encore l’horizon. À peine si nous guettons les perturbations électriques de l’espace qui nous contient. Pourtant, ces apparences criardes ne voilent plus guère leur nature de simulacre. Longtemps les hommes de l’antiquité n’ont pas voulu entendre la nouvelle de la mort du Grand Pan. Comme eux, nous détournons les yeux devant l’évidence de la mort de l’art, peut-être parce que nous portons une part de responsabilité dans l’accomplissement du forfait. Probablement cherchons-nous à nous soustraire à la honte que nous éprouvons devant le spectacle présent de l’art, de peur que l’humiliation ressentie ne nous confirme que nous ne sommes pas à la hauteur du meurtre commis. Tout du moins notre silence gêné nous rend-il complice des assassins. Certes, au temps où ces coups mortels avaient leur légitimité, sans nul doute aurions-nous hurlé avec les loups, mais à bien considérer la réalité où maintenant se jette la précipitation des plaintes orphelines tombées du ciel, seule la colère porte encore nos prières et nos sanglots. Vraisemblablement le recours à cette «mauvaise conseillère» ne suffira-t-il pas pour soutenir le fantôme qui tant bien que mal hante ce qui nous tient lieu d’art. Non, pour accompagner une telle errance, il nous faut composer avec la nouvelle situation, donc s’armer doublement de patience.

    VII – [d’un fantôme]

    qui erre dans le brouillard ne hantera plus qu’à blanc

    Hanter au demeurant appartient aux obligations de tout fantôme digne de cet état ; à plus forte raison à ce revenant en particulier, frais émoulu d’une mort qui rase des murs incertains. Pour sa part, il lui revient d’accomplir un devoir sacré. En tant qu’agent de la transmission du passé, son action consiste à peupler de semence les pensées des vivants. Généralement tous les fantômes s’y emploient avec un zèle redoublé, mais depuis peu, la situation concernant l’art échappe à leur emprise générative. Peu importe la façon dont ils s’y prennent. Leurs tours, si convaincants soient-ils, n’obtiennent plus le moindre retour. L’incertitude quant à leur efficacité est telle qu’un froid s’installe peu à peu. Autant le choc des chaînes sur les os, que les hurlements lugubres, aucune de leurs habituelles fantasmagories ne produit plus le moindre effet. Il ne leur reste qu’à replier les suaires, car il ne semble plus subsister de vivant à faire germer. Au contraire, les tourments qu’ils destinent au renouveau tombent à plat, ne rencontrant qu’apparence et illusion. Or, qu’un double se retrouve face à un simulacre inquiète jusqu’au manège spectral des fantômes, ceci au point où ces derniers eux-mêmes, par contrecoup, redoutent d’être hantés par les vivants. La mort en effet était contagieuse. Son contact nous avait contaminé plus que nous ne le croyions.

    VIII – [hanter à leur place]

    il faut laisser les vivants

    enterrer les vivants

    À la vérité, nous ne sommes plus suffisamment vivants pour ne pas être des fantômes nous-mêmes. Aussi les spectres ne peuvent-ils plus nous tourmenter. Nous sommes donc condamnés à errer à leur place, perdus dans cet «au-delà» de l’espace et du temps qui déroule ses vapeurs malignes sous nos pas. Faute de support capable d’offrir la moindre constance à notre démarche, nous ne pouvons que hanter l’étrange simulacre sur lequel nous appuyons nos perceptions… Néanmoins, l’âme en peine qui rôde parmi les ruines fait son chemin. Même laborieux un chemin se dégagera toujours, même de l’incertitude programmée. Sitôt la situation en main, l’artiste, le dernier d’entre-eux tentera d’émettre d’ultimes propositions en vue d’une gestion partagée de la survie du défunt. Dans le cas où l’initiative parviendrait à clarifier la situation, il soumettra au lecteur les principes qui éventuellement réactiveront la postérité de l’encombrant fantôme, après toutefois qu’il aura par respect marqué un instant d’arrêt.

    IX – [et in arcadia ego]

    je pense donc j’essuie

    Pour l’instant, entièrement mobilisé par la douleur du deuil, le dernier artiste se retourne, scrutant le paysage qui s’étend au large de la modeste tombe. Autour du monticule ont pris place nombre d’attractions qui comme en Arcadie ignorent qu’ici, autant qu’ailleurs la mort est à son ouvrage. Malgré l’irrémédiable dommage que l’irruption de cette dernière a causé, l’horizon apparaît encore suffisamment dégagé pour que les choses continuent sous des formes qui peinent à dissimuler leur absurdité. La mort, il faut constater l’heureux hasard, fait opportunément le ménage. Tout semble ici se passer comme si ceux qui avaient intérêt à l’issue fatale pouvaient jouir impunément du fruit de leur saccage.

    X – [des insultes à l’intelligence]

    résister au présent

    Aussi, poursuivre une pratique artistique sans s’interroger sur ce qui la fonde revient-il à accepter d’emblée la manière dont notre temps l’exerce. De toute façon, une autre alternative s’offre-t-elle à nous ? Tout en tournant autour de cette question, l’artiste prend suffisamment de distance pour faire de cette réflexion à la fois un état des lieux et une œuvre. La démarche suppose non seulement une relation privilégiée entre la connaissance critique et la création, mais également la pertinence de l’approche multiple, pariant de surcroît sur une perturbation nécessaire qui ne laissera pas forcément intact l’objet de départ, paix à ses cendres. Dans la mesure où le développement du chantier fera du travail en cours un contrepoint de ce que l’époque considère comme son art, attendons-nous, au cours du développement qui suivra à rencontrer nombre d’«insultes à l’intelligence». Autant l’artiste que l’instance représentant officiellement l’art tenteront d’abuser de cette espèce de pensée boiteuse de l’exception qui prétend devenir la règle.

    XI – [d’un saccage]

    en dérober sa part

    D’ailleurs personne ne ressuscitera le mort. Quand bien même tout le monde s’y mettrait, que d’un commun accord chacun tire un trait sur le forfait, comme s’il ne s’était rien passé, personne jamais ne retournera à la situation antérieure. Cette dernière en tout cas n’avait rien d’idéal. Quiconque fut témoin des anciennes dérives savait l’art infecté d’idéologie et d’idées reçues. Au nom de la simple dignité personne n’avait à l’épargner. Par contre il faut épistémologiquement reconsidérer le saccage qui a causé la perte. Plus exactement un tel chambardement, à condition d’y avoir sa part, implicitement engage une suite. Inutile en revanche de s’acharner sur le cadavre comme le pratiquent souvent les artistes, même si l’institution les y encourage. Au contraire, ni vu ni connu, le dernier artiste fait main basse sur les quelques reliefs qui subsistent du massacre. Ensuite les bras chargés il tourne les talons. Le salut se trouve dans la fuite en avant ; pour qui se sauve, la suite est dans la fuite. Toutefois même encombré de ces nobles débris, le fuyard doit éviter de se retourner, car en pleine course, regarder derrière soi peut être fatal. Or un sauve-qui-peut de cette nature, à plus forte raison si l’on sait à quel point le bât blesse, expose le fugitif à la perfidie des courants-d’air. Car observons le, toute fuite en avant comporte de multiples périls. Il arrive qu’une telle débandade se referme sur elle-même comme un piège, puisque son motif s’inscrit dans le départ qui la motive. Comme celle-ci ne peut que tourner en rond, reposant structurellement sur le cycle des recommencements, il convient de lui trouver une l’issue. Rarement d’ailleurs le fuyard s’embarque seul dans un tel cercle vicieux, un poursuivant surgira où on ne l’attend pas. Sans doute ne sera-t-il pas le premier venu, mais lui aussi réclamera sa part.

    XII – [de la methode]

    l’observation altère le phénomène

    Pour toutes ces raisons, on trouvera ici combinées plusieurs approches. Certaines en apparence relèveraient plus du travail «théorique», tandis que d’autres participeraient davantage d’une saisie plus «artistique». En vérité, quel que soit la manière d’instruire la question, celle-ci ne distingue pas toujours de façon pertinente la part qui place l’objet de l’enquête en situation objective (l’epistémè), et celle qui implique l’auteur dans sa relation avec le sujet qu’il traite (l’epokhè).

    XIII – [des strates]

    le registre des sédiments

    Aussi c’est à partir de la confrontation de pratiques contradictoires, de leur articulation que se dessine l’horizon du présent travail. Les multiples registres du texte d’une part, au moins autant de modalités de l’image d’autre part, combineront leur spécificité pour former une matière riche à partir de laquelle la démarche s’arrondira. S’agit-il pour ces contenus parfois incertains d’un éparpillement d’éléments disparates sans lien aucun, ou en va-t-il des différents livres qui composent l’ensemble comme de la stratification de sédiments ? Quoique appartenant à des couches d’érosion successives, ces strates restent malgré tout subordonnées au développement d’un même espace géographique. C’est pourquoi l’ensemble tient en onze livres très différents, augmenté du présent fascicule qui sert d’introduction. Chaque volume cependant est conçu de manière autonome comme un grand cercle dense à explorer. Chacun spécifiquement est à saisir comme le laboratoire propre d’une perspective réaménagée. Hormis l’apparent désordre dans la succession des approches, les strates qui composent la construction de l’édifice analysent autant le phénomène qu’ils façonnent les conditions de son existence.

    XIV – [des cercles]

    principes d’une dissolution

    L’ensemble du projet : appartient donc pour des raisons qui seront explicitées, à la fois à la catégorie problématique du «livre d’artiste» et à celle encore plus controversée d’«œuvre». Aussi se mesurant à ce questionnement autant théorique que plastique, l’artiste s’aperçoit-il qu’il progresse en ces lieux, non seulement prisonnier d’un emboîtement de cercles, mais également à quatre pattes. Un certain nombre de ces cercles apparemment ne sont pas de son seul fait. Impossible de se soustraire à leur quadrature ! La puissance de la géométrie qu’ils déploient est telle qu’elle s’impose jusqu’au plus profond du corps de l’artiste, le transformant physiquement. Donc seul, sans le secours de quiconque, l’artiste plonge volontairement en direction de la terre. En soi le choix d’une position aussi inconfortable, fut-il consenti aux circonstances, relève néanmoins du pari.

    XV – [verticale & horizontale]

    de la distance du détail

    Généralement l’auteur d’un essai qui construit un savoir adopte la verticale. Autant dire que la mécanique de l’argumentation s’organisera suivant la hauteur que le discours saura prendre. Maîtriser l’altitude implique non seulement un point de vue omniscient, mais surtout une confiance aveugle dans l’universalité du raisonnement.

    Dans la mesure où la verticale hérite de l’espace religieux, ses implications n’ouvrent plus seulement à une transcendance d’ordre eschatologique, mais finalement justifient toute recherche par l’enjeu même que représente l’idée du progrès. Plus exactement dans ce contexte, si la verticale arbitre tout savoir, le recours au progrès implicitement dispense de la vérité, puisqu’il en tient lieu. D’une certaine façon la vision englobante que délivre la verticale précède le regard sachant, comme le décollage procède du bon usage du savoir.

    Si maintenant un auteur sujet au vertige venait à s’inquiéter d’une identité flottante, sans doute sa pratique s’accommoderait-elle du plancher des vaches. Certes, condamné à raisonner à partir des quelques détails qui s’offrent à ses observations, il comblerait le manque de distance par quelque spéculation appropriée. Par conséquent cet auteur n’aurait d’autre choix que d’assumer la part de fiction qui résulte du handicap de ne pas pouvoir prendre l’air.

    Or tout phénomène en contient d’autres, de surcroît celui-ci s’emboîte inévitablement dans un phénomène de dimension supérieure. Il n’existe donc pas de distance idéale pour réellement apprécier la totalité. Notre condition nous confronte nécessairement aux limites du détail. Quelque soit celui auquel s’arrêtera la réflexion, l’extrapolation pour le coup finira par boucler la boucle. La dialectique il est vrai n’encombre pas toujours ses chemins de vraisemblance. Par ailleurs, peut-être même cet auteur chagrin soumettra-t-il ses déductions à l’approximation d’un langage qui par défaut demeurera flottant.

    Mais doutant jusqu’aux solutions qu’offre l’usage de tout métalangage, l’impertinence de la démarche l’amènera vraisemblablement à déserter la verticale pour l’horizontale. En définitive si un tel point de vue s’appliquait à penser, il creuserait certes des sillons, mais plus prosaïquement il raserait le niveau de la terre.

    XVI – [de substancia orbis]

    petit traité du ciel

    On objectera à l’artiste qu’une vue trop attachée au sol en définitive dérobe la contemplation du firmament à sa perspicacité. Les hommes du reste ont tiré bien plus de savoir de l’observation du moindre coin de ciel que de l’arpentage des plus gigantesques parcelles de sol. Fouler la terre interdit la clarté qu’apporte la distance d’un regard que la verticale embarque. Orbes et sphères quant à elles recèlent des révélations de nature bien supérieure. De fait, l’éther radieux détient les clefs du monde, et bien qu’il se fasse prier, le ciel partage le savoir dont il est dépositaire. De surcroît le peuple béni qui habite ces saintes nuées délivre la rédemption. Pourvu que montent les incantations des hommes, la voûte céleste administre les chemins de la providence, promettant à tous une félicité éternelle. Lorsque les dieux veulent punir les hommes, en revanche, ils exaucent leur voeux. Aussi le ciel soumet-il ses basses couches à nombres d’impératifs qui reflètent en réalité des contrôles venus d’en bas. En ce sens l’obscure clarté qui tombe des étoiles ne s’en tient qu’à quelques variations qu’il revient au portable de chacun de déchiffrer. À vrai dire la nuit dont le ciel se revêt à l’occasion dissimule un inconscient qui ne se révèle à nos cervelles que sous la forme de scintillements trompeurs. Le ciel par conséquent ne renaît pas. Pas plus qu’il ne reverdit périodiquement. À peine si la vie dont il se montre avare l’amène à pleurer parfois. Tout ce qu’il contient d’ailleurs en redescendra. Or n’est ce pas de là que nous est parvenue la nouvelle de la mort de l’art ? Nombreuses sont les morts qui déjà y étaient inscrites. Quel pire aveu peut-il encore nous délivrer, sinon qu’un jour la nouvelle de la mort de la pensée elle-même en tombera. Qu’à cela ne tienne ! Nous saurons à cet instant que le ciel à nouveau se soumet ; ceux qui ont déjà pillé la terre y auront étendu leur empire. Tandis que l’obscurantisme se repeuplera, nous crierons : ne pensez plus ! Le ciel assassine la pensée. Délivrez-nous à jamais des vérités de l’éther. Le ciel nargue notre innocence. Si la verticale nous trompe, choisissons l’horizontale !

    XVII – [de substancia terra]

    adopter ses morts

    En dépit de la fragilité dont nous venons depuis peu de prendre conscience, la mort n’affole plus la terre. D’ailleurs son sein fertile ne vient-il pas d’accueillir la fraîche dépouille de l’art ? À vrai dire la terre n’est pas seulement la terre. La substance des morts constitue sa matière. De même que sa couche végétale sert d’engrais au chrysanthème, sa profondeur offre l’hospitalité aux songes des fantômes. Les rêves, on l’ignore trop souvent précèdent la vie. Ce principe dont la terre est gravide contient les ferments du futur. Et lorsqu’elle accouche, même hantée, cette émanation se montre capable de remuer ciel et terre. Comme une vapeur chargée d’humus, l’inhumé émerge au dessus de la surface. Là s’assemble un imaginaire particulier que charniers et tombeaux restituent sous la forme diffuse d’un langage en jachère. À supposer que la terre ne cache plus les os dont elle a gardé la moelle, elle ne retiendra pas plus l’esprit du sang froid qu’elle a digéré. Même éteints au fond de ses entrailles, les regards dans les yeux qui flamboient se mêlent aux brumes en suspension. Il ne reste qu’à s’abandonner à l’haleine de ces paroles fertiles qui ont fini par retrouver la voie. Voilà comment le chantier d’une didactique en formation s’installe dans toute l’innocence d’une mince couche d’atmosphère. Sur la terre en effet, flotte un ciel à part qui ne s’aborde qu’au ras du sol. C’est à travers d’aussi nobles composants que se construit l’opportunité du présent travail.

    XVIII – [du pif]

    l’odeur de l’asphalte

    Malgré l’incommodité du mouvement, il faut qu’un nez atterrisse, qu’ainsi son soc laboure un terrain riche d’un composte chargé d’âme. Seulement l’enquête escortée par l’acuité des autres sens, ne peut s’en référer qu’aux faibles capacités de ce que l’artiste appelle son «pif». Probablement le béton et l’asphalte des villes déjoueront-ils la pertinence du flair à l’ouvrage ; l’espace urbain a domestiqué à la fois le sol et l’exode rural venu y mourir. La dalle sans fin sur laquelle ne pousse que le béton banché farci d’armatures métalliques n’est pas en soi propice à ce type de démarche. Voilà pourquoi la stratégie de l’artiste restera délibérément agricole, tout comme sera rustique le lieu à partir duquel s’exercera le raisonnement. Car la terre ne se livre qu’aux limites des villes, depuis les premières décharges des friches industrielles jusqu’aux ultimes ravins contre lesquels les derniers labours soulèvent ses flancs généreux.

    xix – [des lignes]

    elles n’avancent que des reculs

    Toutefois le nez confondu avec le terrain, l’artiste mesure à quel point ses sens se prennent entre les fils de l’aporie tragique qui le piège. Bien qu’apparaissant dans un désordre apparent ces fils pourtant semblent s’acquitter d’un tâche précise. Comme si leur parcours devait réaliser des liens, les nombreuses lignes qui surgissent autour de lui forment un maillage conçu apparemment pour assister la cohérence de l’espace environnant. Si le dernier d’entre les artistes parie toujours sur l’avantage spacial que procure une position délivrée de l’obscurantisme du temps, il ne peut ignorer ni le sens de ces lignes, ni en quoi celles-ci le confrontent à son ignorance. De ce consentement aussi, l’artiste réclame sa part. En cette matière la culpabilité commence lorsque les yeux traînent trop longtemps au sol. Or il ne peut en être autrement puisque le corps de l’artiste s’est transformé ; son cou pratiquement inexistant contraint la tête à demeurer dans le prolongement du torse. Beaucoup de lignes par conséquent passant inaperçues, des efforts doivent se faire néanmoins pour estimer leur capacité de nuisance.

    xx – [des fuyantes]

    le jugement des flèches

    Du reste, tel qu’il se présente à nous, l’art de notre temps ne tient qu’au fil de quelques lignes dont il serait bon dans un même élan d’éprouver la résistance. Aussi l’artiste, malgré la gène qu’occasionne la contrainte de sa position, entend-il en isoler certaines ; en particulier ces fuyantes qui au paravent passaient inaperçues. Dans ces parages où l’emprise d’une perspective singulière s’impose au regard, le corps reste soumis à l’assaut incessant de fuyantes. Tout en le chargeant de toutes parts, celles-ci semblent malgré tout le structurer. Le corps de l’artiste traversé de lignes en tous sens ne peut que constater un «saccage» dont les conséquences l’entraînent, avec d’autres, dans une fuite en avant éperdue. S’il ignore l’origine de ces lignes, le point de vue d’où elles proviennent se noue néanmoins quelque part en lui. À l’intérieur de ce point nodal se dessine le cours des évènements à venir. Ainsi le destin des fuyantes viendra-t-il se confondre avec celui de l’artiste.

    xxi – [de la tête de cochon]

    le corps comme organe

    Mais à quoi sert de courir si toute fuite referme sa perspective sur elle-même ? Or, en ce lieu courbe, situé à la confluence de plusieurs niveaux de perception, de pensée et de représentation, loin de se défaire de ses organes pour tendre vers l’esprit, seul capable d’analyser ce qu’il se propose de comprendre, l’artiste tout en organe, avance avec une tête de cochon pointée vers le sol. On lira donc ici un essai de navigation à hauteur de groin. Cette traversée qui convoquera autant les vivants qu’elle évoquera les morts, sera pour le dernier artiste, l’occasion de faire sa «tête de cochon».

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  2. Cher Hubert,

    J’apprends avec stupeur et consternation la mort de l’art. Comme beaucoup d’autres sans doute, j’ai été bluffé, je l’avoue, par tous ces fantômes le perdurant dans des simulacres éhontés. Je te propose donc de communiquer massivement autour d’une veillée funèbre -je te laisse le choix de la date – afin d’enterrer cet ami cher avec toute la dignité qu’il mérite. Le deuil consommé, nous pourrons enfin passer à autre chose.
    Je compte sur toi.

    amicalement

    alain

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