Les querelles de l’image, autant de faux problèmes – 3, Hans Hartung

L’occasion de parler de Hans Hartung se présente enfin grâce à la récente publication du catalogue qui accompagne une exposition consacrée à ses estampes à la Bibliotnèque Nationale de France (1). Pierre Daix a fait de Picasso le peintre du siècle ; il a aussi écrit une magnifique monographie (2) du peintre d’origine allemande, naturalisé Français après-guerre, illustre représentant de la deuxième Ecole de Paris, du mouvement de l’abstraction lyrique précisément. Une histoire d’homme qu’il ne faut pas manquer de rappeler parce que c’est celle d’une aventure, celle d’un artiste découvreur, créateur dont la mémoire est aujourd’hui jalousement gardée à  sa Fondation d’Antibes (3). L’évocation du nom d’Hartung, c’est entièrement, et depuis ses débuts, celle de la naissance de la peinture abstraite et de toutes ses vicissitudes. Une histoire qui n’est pas seulement celle d’un art radicalement nouveau et qui ne va s’imposer que très lentement avant guerre : c’est aussi une histoire qui rejoint la grande, tant cet art moderne a souffert de persécutions politiques, autant des fascistes que de leurs adversaires triomphants dans la deuxième moitié du siècle passé. Je m’apesantirai peu sur ce point-là mais il n’en est pas moins indispensable de saluer le courage du peintre Hartung, opposant de la première heure au nazisme, enrôlé dans l’armée française pour le combattre, blessé, mutilé, mais dont les énergies créatrices n’ont jamais cédé aux cruautés de la pire adversité. Artiste et humaniste, et à cette époque marquée des terribles conflits, combattant !

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Autoportrait, sanguine sur papier, 1922        Aquarelle barrée, 1922

Hartung est né en 1904 à Leipzig dans une famille bourgeoise de médecins et d’artistes. C’est ainsi qu’il reçoit une éducation qui éveille à la fois des exigences scientifiques : goût de l’investigation, de la recherche ; et une interrogation sur les pouvoirs de l’art, une tout autre ouverture au monde, une autre initiation à la liberté, à la création personnelle, un autre éveil de la sensibilité. Il a même la chance d’y être encouragé par son père qui l’inscrit à une célèbre école d’art de sa ville, où il fera un premier apprentissage avec les meilleurs professeurs. Mais l’enfant, l’adolescent, a des intérêts plus exceptionnels : passionné par les phénomènes accompagnant l’apparition de la lumière, il commence par des griffonnages maladroits en même temps qu’il s’applique  à traquer ces phénomènes merveilleux en astronomie et en physique, adjoignant, très jeune, un petit télescope à un appareil photographique qu’il s’est bricolé. C’est déjà comme si cette magie du monde conditionnait une jeune intelligence à une compréhension plus profonde, capable d’approfondir tous les mystères, et par une démarche entièrement personnelle. Tout lui paraît formidable, tout de suite : lumière, ombres, objets et figures où s’affrontent leurs rivalités, et par-dessus tout, l’éclair, feu et foudre qui sont parmi les plus saisissantes manifestations de la puissance naturelle, parmi les plus excitantes pour l’imagination poétique. La voie est tracée, celle que suivra l’enfant, et jusqu’à sa mort en 1989, le vieux sage d’Antibes. Il a bien dû d’abord apprendre à dessiner, suivre l’école des maîtres, s’essayer au crayon, à l’encre, réaliser même d’émouvantes sanguines (un auto-portrait de 1922) mais il va vite trouver une autre voie, seul cette fois, avec des aquarelles totalement abstraites, et enfin ces crayonnages fiévreux qui rappelent l’éclair, éveillent le désir de révéler ce secret que dissimule la vitesse d’un éblouissement fugitif mais si impressionnant. C’est exactement la raison pour laquelle il aura toujours recours à la photographie dans la conjugaison de ses talents : des exercices solitaires d’abord, une double orientation surtout qui l’inspirera jusqu’au bout de sa vie : il y reviendra toujours, et plus tard, quand il en aura les moyens, systématiquement. Il a d’abord la chance de trouver l’aide d’un père compréhensif, qui l’encourage même ; il faut le redire car ce n’est pas un mince appui que d’être encouragé par ses parents. Plus tard, cet élan lui permettra de franchir les pires épreuves. Tout est exceptionnel pourtant et Pierre Daix le note avec ces mots : « … quand Hartung, à l’approche de ses dix-huit ans, dessine et peint des formes abstraites, il se sent vraiment seul au monde. Tout ce qui dans les tentatives de ses aînés aurait pu le conforter, lui faire gagner du temps, est non seulement enfoui et ignoré, mais presque unanimement rejeté. En revanche, ce qui vient sous ses crayons et ses pinceaux y gagne ce piment d’être sans précédent ni équivalent. Il n’a même pas conscience d’être contre le courant. Il est protégé par sa jeunesse même et sa joie de n’obéir qu’à ses désirs. IL part à la conquête de son art comme s’il cultivait un champ vierge. » Les Russes, Kandinsky, Malevitch, il ne les connaît pas, les Delaunay en France, il ne connaît pas, et c’est beaucoup plus tard qu’il sera informé des inventions iconoclastes de Braque et de Picasso. Seul, il invente pour lui, obéissant à sa propre ‘exigence intérieure’ cette peinture qui va bouleverser le siècle, détrôner les concepts traditionnels de la mimesis, du style, redéfinir une autre beauté, ouvrir la voie d’une autre vérité du monde.

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Aquarelle sur papier, 1935                     Huile sur toile, 1936

Cette aventure se marque, très vite, par des essais libres, la découverte de l’amour qui l’unit à un être exceptionnel, son premier mariage avec Anna-Eva Bergman mais bientôt déjà l’exil et la recherche de conditions de travail plus favorables financièrement, la tentative d’une conquête de lumière plus éclatante, à Minorque, si loin de sa Saxe natale. Bientôt pourtant, à cause de la montée des périls, il choisit de divorcer et d’éloigner Anna-Eva pour la protéger des persécutions. Successivement il est ballotté d’Allemagne en France, puis en Espagne et retour en France auprès de rares amis, Julio Gonzalès dont il épouse la fille Roberta. Mais bientôt sa fuite le contraindra à partir toujours plus loin, finalement à s’engager en Afrique dans la Légion étrangère pour combattre la folie de ses ex-compatriotes. Mais c’est la conquête de soi par la conquête de son art qu’il convient de remarquer ici. Etrangement, l’exemple offert tout au long de cette histoire d’un égal héroisme opposé à un égal péril. Dans l’entre-deux-guerres, les élans tout neufs de la peinture abstraite sont freinés par une sorte de ‘retour à l’ordre’, curieusement observable, à la fois, dans les démocraties occidentales qui veulent panser leurs blessures par la pratique d’un art plus sage et moins rebelle, et dans la jeune URSS dont les dirigeants prétendument révolutionnaires sont préoccupés d’ériger des règles pour l’éducation du peuple. Cela se fera à contre courant de toutes les inspirations, élististes de fait, à la recherche d’une nouvelle image, d’une nouvelle figuration, d’un art capable d’opérer une révélation inédite de la puissance créatrice des hommes ! Et je ne parle pas des errements de l’idéologie nazie, de sa dénonciation brutale d’un ‘art dégénéré’, on en a assez dit à ce sujet ! Dans ces conditions-là, d’autres empêchements s’ajoutent qui rendent impossible la pleine éclosion des inspirations du jeune Hartung. Pierre Daix les énumère et s’y attarde fort justement. Indépendamment de toute considération idéologique, l’abstraction ne trouve pas encore ses meilleurs défenseurs. Ni Picasso, ni Julio Gonzalez, cet autre Espagnol expatrié qui l’a accueilli chez lui après son divorce, ne comprennent cet art à ce point dépouillé, à ce point éloigné de toute figuration, manifestant une sensibilité qui n’est pas la leur. André Berne-Joffroy, un des premiers défenseurs de l’abstraction, y verra même une opposition de caractère, entre d’une part le luthérien, héritier d’une culture très hostile à l’image, et ces catholiques espagnols, pourtant républicains engagés, auxquels « une abstraction si poussée … paraissait comme un outrage à la création et au Créateur…. » C’est plausible. Même  une rencontre avec Kandinsky restera vaine elle aussi, sans lendemain. C’est que ce pari pour la création, celui qui définit sans concession l’abstraction, est encore incompris, demeure aussi isolé qu’exceptionnel. C’est dans les années cinquante seulement que triomphera la nouvelle école de Paris avec l’éclosion de talents enfin reconnus : Soulages, Mathieu, Schneider, et bientôt Rothko qui lui révèlera le formidable développement de cette nouvelle peinture en Amérique, à New-York précisément – on peut consulter avec profit le beau catalogue publié chez Hazan en 2008 à la suite de l’exposition au Musée des Beaux-Arts de Lyon : Repartir à zéro, comme si la peinture n’avait jamais existé…

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Huile sur toile, 1955                                     Huile sur toile, 1947

Il est étonnant de constater que l’après-guerre représente pour Hartung, à la fois une victoire contre l’ennemi fasciste et une consécration de tous ses efforts, lui qui apparaît maintenant comme un pionnier, un champion de l’abstraction triomphante. Il retrouve même Anna-Eva qu’il épouse une seconde fois, recommence une vie totalement consacrée à cette création qui a enfin conquis sa pleine liberté, reprend toutes ses initiatives – les aléas de la guerre, l’hospitalisation précédant son amputation lui ayant fait perdre toute trace matérielle de ses travaux antérieurs… Invention constante donc, répétée, mûrissement d’un art qui parvient peu à peu au faîte de son expression propre quand les difficultés  disparaissent. Pierre Descargues, un critique d’alors qui a beaucoup contribué à cette découverte auprès du grand public, écrit en 1948 : « On comprend que la violence et la fureur qui strient le papier jaillisent des forces intérieures les plus mystérieuses, mais sont en même temps des éléments d’un système ordonné comme l’étaient les figures dans les compositions de Poussin… » Etonnante remarque ainsi commentée par Pierre Daix : « Le rapprochement, étonnant au premier abord, avec un grand classique français, est tout à fait pertinent, parce qu’on sent bien chez Hartung ce conflit contrôlé entre l’ordre mesuré et les excès et les emportements. » Tout au long de sa carrière qui est une patiente, prudente même, conquête de soi et de tous ses moyens d’expression, d’où ces paliers, étapes visibles, commencements, progrès, sauts de plus en plus hardis, Hartung prend soin d’associer une certaine mesure, une certaine raison à la libération des élans – une apprente précipitation donc, une vitesse d’exécution qui deviendra totale, déterminante plus tard, une fois acquise la maîtrise. Ce sont des livres, des expositions, en France, mais en Amérique aussi, et dès 1949 en Allemagne, qui révèlent cette peinture et rendent enfin célèbre le peintre. Un film est réalisé par le jeune Alain Resnais, film muet parce que les moyens manquent, mais qui rend visible aussi ce geste. La peinture d’action ne serait pas seule invention de l’Américain Pollock : l’art nouveau de cet après-guerre est une vague de liberté créatrice qui soulève toute une génération. En 1951, Charles Estienne, un critique qui sait voir et dire exactement, un véritable passeur et révélateur de cet art, écrit sur la question de la figuration, définitivement : « Mondrian, ni même Kandinsky, ni Magnelli, n’ont été si rapidement et si naturellement abstraits… Il advient parfois qu’un nageur solitaire, dont le geste n’a jamais eu ce caractère si haïssable de l’exploit sportif, de l’espace décoratif dans un espace théorique ou idéologique, dans un plan artificiel et sans danger, mais a été le geste le plus nu et le plus naturel par lequel un homme veut échapper à l’angoisse de sa condition, il advient dis-je que ce geste ou ces gestes solitaires expriment si bien l’homme qu’ils expriment aussi l’artiste ; que non seulement ils ont un style, mais qu’ils sont aussi un style, celui de l’expressif pur …. » Hartung a gagné sa vraie place, mais ce sera pour lui un tremplin vers de nouvelles conquêtes et la manifestation de tous ses élans créateurs.

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Acrylique sur toile, 1971                      Acrylique sur toile, 1974 

Il y aura au moins deux grandes époques marquantes de cette évolution créatrice : après les années 60, et après les années 80 quand Hartung, en toute liberté, peint des grands formats presque spontanément, directement sur la toile, avec des moyens techniques qu’il s’est inventés (jusqu’à emprunter la sulfateuse des vignerons qu’il adapte à ses besoins) pour favoriser cette vitesse d’exécution, une vaporisation de la peinture qui va créer des effets totalement inédits – mais avec un sentiment assuré, affirmé, et le geste maîtrisé de toute l’autorité d’un long apprentissage, l’assise puissamment terrestre d’un génie conquérant de l’espace. Pierre Daix : « Le dépassement, c’est le passage au grand format. Les champs de peinture explorés jusqu’en 1967 en reçoivent une transmutation qualitative, une modification d’échelle. L’espace, par sa démesure, coupe les amarres avec les dimensions du terre-à-terre quotidien. Les assauts des tourbillons de violence ou les envols des ciels y sont vraiment cosmiques. Hartung fait de nous des cosmonautes d’un ailleurs absolu dont il possède, comme jamais, les clefs… Cette peinture du geste comme la foudre pour violenter la pâte, du déchaînement, de l’irrattrapable qui s’inscrit à jamais dans la mémoire de la toile, est plus que jamais composée, architecturée. Ce qui, avant 1961, s’élaborait entre les esquisses et l’exécution se passe désormais directement dans le travail où l’extrême rapidité des explosions de couleurs est relayée, orchestrée, amplifiée ou atténuée, mais, en fin de compte, contrôlée. C’est cette maîtrise capable de conserver, de dépasser la spontanéité, la fraîcheur immédiate de l’improvisation, qui crée la force de ces grands formats. Nous sommes ainsi à chaque fois dans l’instantané et l’immémorial. » Au terme de son étude, Pierre Daix consacre également un chapitre à la photographie chez Hartung, un art qu’il ne cesse jamais de pratiquer, une production qu’il va également multiplier au fur et à mesure qu’il développe ses capacités de ‘saisir’ l’instant : précision et vitesse encore une fois, et photo-graphie, je l’écris ainsi volontairement, d’un instant de lumière où la forme s’éprend d’un espace dans l’intelligence d’un regard. L’art le plus complet, le plus achevé qu’on puisse concevoir de l’image, et la résolution de l’énigme qui alimentait les vieilles querelles. Il est ici important de souligner cet accord si particulier : celui d’une recherche qui pousse à la revendication de plus en plus radicale d’abstraction, et celle d’une capture d’images, de figures qui ne démentent pas l’élan qui entraîne au parti-pris d’une non-figuration. Hartung a dit lui-même (cité par Daix) : « … j’ai pris l’habitude de voir partout des figures, des images, parfois dans une simple tranche de pain… C’est le paradoxe du peintre abstrait, et peut-être le refoulement de son amour pour ce monde visible ! Cela m’a aidé dans la suite à éviter les mêmes effets de figuration involontaires qui pouvaient se produire dans ma peinture… Je crois ma peinture proche de la réalité, pétrie d’elle, réagissant à des ébranlements venus de l’extérieur et de l’intérieur qui déterminent et provoquent mes actes artistiques. » Ce que Pierre Daix résumera en ces mots : « Si, à ses débuts d’artiste, la photo est pour Hartung prise de possession d’un instant du monde, ce qui est encore l’attitude d’un peintre, je ne dirai pas classique, mais face à son motif… elle ne va pas tarder à jouer un rôle inverse : perception de ce qui dans la réalité reflète sa propre peinture. Appel de la réalité vers les images qu’il porte en lui. Sollicitation de la réalité vers ce qu’il crée… comment, au lieu de projeter à l’aide de son appareil sa vision sur la réalité extérieure pour y prélever ce qu’il aime ou qui l’émeut, il apprend à recevoir de cette réalité extérieure son propre imaginaire. » Resterait à mon avis la bonne question : où déceler la frontière, la ligne de partage entre ‘extérieur’ et ‘intérieur’ et relativement, je le dis avec circonspection, à un ‘imaginaire’ que je crois, moi, le seul acteur ou producteur de réalité.

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Acrylique sur toile, 1986                         Acrylique sur toile, 1989

Les estampes actuellement visibles à la BNF sont une illustration et une preuve ajoutée pour comprendre ce grand parcours d’artiste, une dernière incitation à vérifier, pour aimer plus encore (1). Hartung avait précisé dans un entretien de 1952 : « C’est ce plaisir qui me pousse : laisser la trace de mon geste sur la toile ou le papier. C’est l’acte de peindre, de dessiner, de gratter, d’érafler. » Tout le contraire d’une peinture métaphysique donc, et une passion de la lumière qui se confronte aux résistances des matériaux où les formes et les couleurs vont prendre vie. On comprend dans ces conditions que le peintre ait voulu prolonger ses recherches et ses expériences avec les différentes techniques de l’estampe. Après le crayon qui avait déjà entraîné une jeune vocation, ce sera le travail sur les pierres lithographiques, la gravure sur bois, l’eau forte : autant d’épreuves véritables, de contradictions entre la recherche d’une rapidité tout au service de l’inspiration et la quasi dévotion au mystère qui se cache dans la dureté, la rigidité des matières utilisées pour la création d’estampes. Même s’il existe des va-et-vient permanents avec la peinture, l’estampe lui impose aussi des choix, des décisions inédites pour le choix des couleurs et bien entendu des formes. ‘Nuages’ ou ‘fagots’, traces brisées d’incidents, de ruptures, tous illustrent invariablement la même difficulté et le même projet constant. A la prédominance du noir qui rappelle les premiers essais à l’encre,  le rappel un temps de la même couleur jaune ou ocre, il substituera finalement un bleu-gris qui lui paraît plus apte à faire naître ce ‘sentiment’ qui l’anime. Une fois de plus, la recherche formelle, qui se multiplie en innombrables productions, est révélatrice d’une unique passion inchangée au service de la poésie, de la vie, de cette spiritualité qui est énergie, aventure, célébration, création indéfiniment recommencée pour l’illustration d’un unique récit du mouvement de vie qui nous anime. Si bien que toutes les images que propose Hartung m’émeuvent, depuis celles de son enfance, premiers ‘crayons’ et premières gravures, toutes, comme la manifestation d’un seul élan de foi. Mais la richesse de ce travail, son évidente pertinence artistique s’accorde en degrés différents qu’il faut à notre tour parcourir, une échelle physique et ‘céleste’ de vie organique : au niveau d’une perception d’abord, d’une quasi divination des forces cachées, et de l’explosion des instants du récit imagé – sans image, sans figure, paradoxalement – de ce qui donne figure au monde en se cachant, comme une musique silencieuse qui nous remplit d’enthousiasme. Autant d’évocations éloquentes d’un espoir conquérant qui transforme les obstacles les plus douloureux en occasions de triompher, de fonder le sens, de prouver aussi ; une victoire emportée contre l’évidence si accablante de la cruauté et de l’absurdité du monde.

numeriser0028.1290247490.jpg Lithographie, 1963 numeriser0029.1290247502.jpg Lithographie, 1973

(1) Hans Hartung : Estampes, coédition : Bibliothèque Nationale de France, Musées d’art et d’histoire de Genève, Staatliche Museen zu berlin 2010

(2) Pierre Daix : Hans Hartung : Editions de Grenelle, Daniel Gervis 1991. S’est ajouté depuis un très beau livre : Hans Hartung, au commencement était la foudre, d’Amnon Barzel et Christiano Isnardi, 5Continents 2005.

(3) Fondation Hartung-Bergman, 173 Chemin du Valbosquet, 06600, Antibes : adresse de la dernière maison du peintre à Antibes, construite suivant ses plans, et qui abrite aujourd’hui toutes ses archives. On peut visiter sur rendez-vous. Sinon, la visite du site internet se révèle d’un grand enseignement (remarquable catalogue de photos…)