De la poésie (2) : Bonnefoy, pour suivre…

Vraiment il faut le suivre, Bonnefoy, et cette prolifération éditoriale du moment. Avec Bonnefoy, l’emplilement des articles, des répétions dans les articles, n’est pas pour moi temps perdu. Dans cette multiplication d’écrits, il apporte aussi des précisions, des éclaircissements et, par rapprochements successifs, ce qui est plus intéressant : une vraie philosophie, qui vient d’un autre regard sur l’histoire, une autre relation aux mots, une autre relation aux choses mêmes. Comme il l’a parfois déclaré lui-même, cela s’apparente à une gnose comme je l’entends. C’est une liberté de recherche et de ton, une réflexion globale, la plus large, universaliste, car nous avons les moyens d’embrasser du regard une telle culture, aussi vaste, une forme de connaissance réellement capable de transformer la vie, surtout pas une idéologie. Philosophe ou poète, il s’engage à la première personne dans sa recherche et c’est bien ce qui importe à mes yeux ; et je ne néglige pas non plus son immense culture qui confère à son investigation une exceptionnelle autorité. Mais il reste toujours à distinguer entre une gnose noire, radicalement pessimiste, qui s’apparente au nihilisme contemporain, et une gnose de lumière, essentialiste, qui dénote bien le caractère dramatique de notre histoire et en même temps, cette dignité qui nous élève au-dessus de tout concept traditionnel d’un dieu créateur. Je veux dire une fois de plus : une spiritualité qui se détache vraiment des croyances religieuses dominantes. Sur ce point précis, je crois que Bonnefoy ne se détermine pas tout à fait, je veux dire que le choix de ses concepts-clefs et de leurs conséquences (philosophiques) laisse planer un doute sur sa plus intime conviction, soit qu’elle rejoigne le nihilisme contemporain ou au contraire qu’elle confesse cette découverte d’Esprit qui donnerait plein sens à toute notre condition. 

Je ne suis pas dans la lecture de l’Inachevable, tout juste publié par Albin Michel, mais dans celle d’un autre livre encore plus récent : Le siècle où la parole a été victime publié par le Mercure de France, dont je vais citer de longs passages. J’ai lu en même temps ses derniers poèmes : Raturer outre (Galilée), et pour me sortir un peu de Bonnefoy qui allait m’occuper quelques soirées, j’ai choisi de lire en contre-point Franck Venaille, son dernier recueil comme une profession de foi : C’est nous les modernes. Je le citerai aussi plus tard pour tenter de mieux cerner en poésie cette notion de modernité à laquelle Bonnefoy a aussi grand recours. C’est toute ma question : si la poésie contemporaine, en intégrant dans son expérience de vie le programme de la phénoménologie qui veut conduire « aux choses mêmes », parvient, là, à cette dé-couverte de valeur et même de réalité capable de transmuter la désespérance d’un siècle de malheurs en chant de louange et de célébration. Il y a bien une spiritualité chrétienne toujours vivante dans la poésie contemporaine, mais j’entends bien ici celle qui se situe dans les conditions mêmes qui ont suscité désespoir ou sentiment d’absurdité pour parvenir finalement, à travers le même silence des choses et de leur aveugle causalité, la fatalité même de leur effacement, à autoriser la naissance d’un autre sentiment d’exister, un rassérènement, une plénitude. Un au-delà des mots, dicible néanmoins au pouvoir de ‘dire’ poétique. Car je ne sais pas s’il est des mots pour dire l’essentiel, l’immarcescible que le monde abrite, et je suis même tout près de croire qu’il n’y en a pas, pas de mots pour traduire parfaitement la richesse et la gratuité de la donation, l’évidence immédiate et le cèlement, le repli presque de la première création, celle qui jaillit totalement de rien pour l’accueil simple d’un regard. Aucune parole, sinon le visage muet de la Vierge de Bayel, ou la plainte si tendre du hautbois qui module le 2ème mouvement du concerto en sol de Ravel.

Comme d’habitude, Bonnefoy propose un parcours très ample de réflexion, s’appuyant sur les auteurs qu’il a le plus aimés, connus parfois. Ce sont des articles très fouillés qu’il leur a consacrés et qui sont ici reproduits, voire enrichis. Mais la méditation est toujours personnelle, ancrée dans l’unique sujet d’une parole poétique, son identification comme telle, son pouvoir de révélation de la présence, d’exorcisme contre les puissances d’aveuglement et d’aliénation qui s’exercent toutes par l’usage abusif de concepts nés pourtant de l’expérience et d’un premier souci de vérité. Ces auteurs sont nombreux, je prendrai dans un article ultérieur le temps de les citer plus longuement : Séféris, Apollinaire, Dotremont, Mussapi, Celan, Kafka, des Forêts… Je vais d’abord m’arrêter à Breton qui a été un des premiers à reconnaître le jeune Bonnefoy, et dont le concept de ‘surréalité’ allait durablement impressionner sa poésie et ses conceptions esthétiques. Les dimensions du réel, une immensité qui semble déterminer notre nature même autant que celle du monde, et la langue pour le dire, le désigner en toute liberté, au-delà de tout ce qui semblait convenu auparavant, c’était la grande affaire de l’auteur de Nadja. Et le désir : « On se doit, dit Breton, à son désir, qui n’est que l’ampleur en chacun de nous du possible que nous accorde, non certes Dieu – que Breton ne reconnaît pas – mais le « pouvoir d’énonciation » du langage. Et là même, dans cette impatience native, dans ce voeu que soit sans entraves la liberté qu’il nous faut vouloir, là même est l’origine de la notion qui laisse perplexe : car l’idée de la surréalité n’est que le complément en somme logique de cette revendication d’absolu, en sa fatalité d’être dédaigneuse des objections du cours ordinaire des choses, sinon même des lois de ce que nous nommons la réalité. » Tout se tient : la puissance du désir, irrépressible, correspond à l’immensité du réel accordé à la connaissance, c’est-à-dire à la conquête même de tout ce que le désir appelle à lui. Chez Breton, plus que chez tout autre, l’oeuvre poétique s’associe à une éthique, à une politique où l’entraîne l’exigence de son désir et la volonté de ne rien laisser échapper du surréel omniprésent en toute forme d’expression humaine. Mais le poète, la parole poétique, vont s’attacher à l’exploration de toutes leurs possibilités avec les audaces et la témérité déjà données  en exemple par Rimbaud, une voie ouverte sur une perspective apparemment infinie, un royaume sans limite, dût-il conduire en ‘enfer’. Le surréalisme sera donc ce mouvement où toutes ces explorations seront autorisées, encouragées, un mouvement d’où seront exclus tous ceux qui n’auront pas été assez manifestement fidèles aux choix de son fondateur. Mais restons-en au poète, à son langage, à ses créations qui tentent de bouleverser, nous bouleverser nous-mêmes au point de renverser, ‘révolutionner’ nos habitudes de penser et d’agir, toutes les convictions qui confortent nos existences si ternes. « … cette promesse d’une vraie vie ne peut aller sans une proposition difficile sur la nature essentielle des lois qui semblent bien … régir notre condition… et nous contraindre… Breton proclame la plasticité de notre être au monde ; il considère qu’une aube peut, si tant est que nous le voulions, se lever de toutes parts dans les choses pour en transfigurer les apports, si ce n’est pas l’apparence même. »

Bonnefoy s’applique surtout dans ce texte à révéler, à rendre encore plus manifestes les reliefs si surprenants d’un style, d’une écriture, de choix littéraires qui s’étaient tous soumis à cette exigence de vie inouïe. Il y a bien sûr l’image, mais d’abord l’image donnée en rêve, puis rendue aux surprises de l’écriture automatique ou remodelée par une versification plus contrôlée, le récit enfin, ou plus particulièrement le conte dont l’intention poétique correspond mieux aux efforts du poète-philosophe Bonnefoy. « L’image, Reverdy l’avait définie comme le brusque rapprochement de deux réalités dissemblables pour un effet de surprise qui approfondit le regard ; et Breton admirait et cita cette pensée… (dans ses autres suites de vers) … on est frappé non tant par les rapprochements opérés par Breton entre deux choses, deux aspects, deux évènements, que par l’intervention dans ces rapports d’un troisième élément, d’un quatrième et d’autres encore, à l’infini. C’est, de chaque réalité un très bref instant évoquée, la transmutation en une autre, sans fin comme sans répit. C’est comme si rien de ce qui est, ou plutôt avait paru être, ne pouvait prétendre, sous sa figure aperçue, à réalité substantielle, à durable capacité d’identité à soi-même. Et c’est donc comme si nos représentations n’ayant pas de stabilité, le monde, en effet, était plastique, prêt à se transformer, malgré ses prétendues lois, en quelque chose de toujours neuf. Dans les poèmes d’André Breton la citrouille se métamorphose en carrosse sans la moindre difficulté… »  « Le surréel est donc pour André Breton un rapport au monde où tout se révèlerait possible, mais moins par accident d’un miracle que dans la trame de chaque instant, du fait d’une plasticité essentielle de la réalité dite phénoménale. Or, cette relation de la personne et de son univers, c’est celle qui caractérise la sorte de discours que j’appellerai le conte – comme on dit ‘conte de fées’ – par opposition à cette autre que l’on peut nommer le récit, dont le roman est une des formes. » Cette surréalité n’est pas rêve ou fantasme et son nom peut laisser croire et nous tromper : elle est la réalité même débordant la réalité que nous avons cru d’abord mesurer dans l’existence commune, elle peut être évoquée ‘comme dans un conte de fées’ mais pour nous investir plus complètement, nous délivrer des conditions ‘sordides’ d’une apparence qui nous leurre depuis trop longtemps.

« Le conte est de peu de substantialité, de sensualité, disons. Mais en retour il apporte, et comme à foison, ce que le récit ne pouvait pas prétendre offrir à son héros ou son héroïne : une pleine, une immédiate capacité d’existence surnaturelle qui permet aussitôt à qui prend connaissance du conte de participer en rêve à ce que dans la simple vie on pourrait nommer du divin. Le conte fait rêver de la liberté du divin ; et ce faisant il révèle un désir tout autre que ceux qui naissent du corps, et qui peut sembler puéril. Ce rêve de liberté absolue, méta-humaine, ne serait-il pas, lorsque l’enfant s’y adonne, la simple survivance aujourd’hui bien anachronique des premières époques de la parole, celles où la notion de loi ne s’était pas dégagée encore de la masse touffue des phénomènes ? Et ne faut-il pas se décider à le reléguer dans le passé de l’esprit avec la pensée mythique, avec la magie ? (…) Le conte rappelle la sorte d’être au monde à laquelle nous pouvons prétendre, sinon comme réalité possédable, du moins comme dignité, fierté dans la gestion de la pénurie… Pourquoi (le petit enfant) veut-il ces histoires où l’irréalisable apparaît constamment possible… Parce que aux abords du sommeil il se voit déjà assailli par les figures inconsistantes du rêve proche, qui lui feront apparaître ce que la personne qu’il est a d’illusoire ; et parce que, pour dénier ce néant, il a besoin d’une parole qui dit qu’il y a de l’être. » Bonnefoy s’attache longuement à une critique des interprétations freudiennes du rêve qui se traduit plutôt chez le maître viennois comme un récit finalement explicatif – et d’ailleurs à visée explicitement thérapeutique – qui obéit à la causalité psychologique, chosifiante, sans la possibilité en fin d’analyse d’une véritable transgression, d’échappée du monde objectif – fût-il de physique mécaniste comme la sensibilité ordinaire, ‘ordonnée’, en détermine l’expérience, ou de conception morale, déterminée elle par une culture et une tradition qui légitiment les perversions d’une deuxième création de nature purement idéologique, demeurée en fin de compte, encore, fidèle à l’objectivisme mondain. Par contre : « Le conte dispose à la poésie ; à ces besoins fondamentaux de la vie, sans arrière-plan hors nature, que l’on peut dire le grand réel. Et le surréel, comme Breton l’a conçu… c’est un apparent déni des choses comme elles sont … le déblaiement sans limite que cette gratuité, cette extravagance permettent. Vitre de la parole comme lavée par l’averse, et le grand réel au-delà. Le conte dispose à la poésie, et si c’est cela le surréel, ce flux de métamorphoses rapides, eh bien le surréel, aussi improbable soit-il… le surréel est une intuition qui a un sens, sur la voie difficile de ce qui s’étend entre les lieux conceptualisés de l’existence et ses moments d’approche de la présence. » Dans un article sur l’enjeu occidental de la poésie, Bonnefoy élargit son propos, dénonçant ouvertement les dangers de la conceptualisation à outrance qui nous prive de la ‘vraie vie’.

« Voici ce qui semble l’évènement de parole dont les conséquences assurément dangereuses alarment la poésie. La langue est habitée, articulée, par des réseaux de notions reliées entre elles : par des concepts. Le petit enfant entre dans la langue des adultes en faisant, essentiellement, des acquisitions de concepts. Et il va de soi que les apports de ces systèmes conceptuels sont immenses. Ils bâtissent le monde au sein duquel notre action se développe et produit ses biens. Ils ont trouvé le moyen de forer la nappe sans fond de la matière et d’en domestiquer l’énergie. Ils me permettent, en cet instant même, de réfléchir, de me tromper, de me ressaisir, ils savent débusquer le mensonge. Ils sont en cela le ferment de la liberté… Mais à quel prix a-t-on payé ces pouvoirs dont on leur est redevable ? (…) Par exemple, on a remarqué que l’on pouvait dire : « une fleur », par opposition à « une feuille » ou « une tige »… Ce qui est un riche coup de filet. Car à dénommer de cette façon, à prendre le monde par le bout de notions abstraites, a-t-on eu à abandonner la qualité sensible, celle que l’on perçoit par l’intermédiaire des sens ? Bien sûr que non… Or, le concept qui a appréhendé des aspects de ces présences qui ont un commencement et une fin, et un lieu, et qui subissent le hasard, le concept, lui, n’a ni commencement, ni fin, ni lieu… Cette fleur est rouge, ce qui ne l’empêchera pas de faner, mais le concept du rouge ne fane pas… Cette rose est près du vieux mur mais le concept de rose est dans un espace mental, constitué de relations pures aussi évidemment et complètement qu’une formule d’algèbre. Et de ce clivage entre concept et présence, il s’ensuit que jamais le discours du concept ne pourra comprendre de l’intérieur cette réalité d’existence qui cependant est la nôtre… » Il faut bien l’entendre : le discours va se montrer capable, par des concepts de plus en plus précis, évocateurs même, de cerner cette réalité ‘intérieure’ qui est notre richesse intime, la plus estimable, mais en restant toujours lui-même incapable d’éprouver, de l’intérieur, l’expérience ineffable de la présence comme telle. « On peut définir la poésie de la façon la plus spécifique et fondamentale comme un ressouvenir, dans le discours de la présence même que ce discours abolit. Au coeur de notre parole qui est ordinairement entraînée par le flux des représentations et des significations, la poésie est le souvenir qu’il y a dans notre vie des situations, des moments, où l’on est en présence de choses ou de personnes dans ce qu’on peut dire leur être-là non-médiatisé, un immédiat où en profondeur se découvre l’infini… Ce qui me permet de dire que celle-ci, la présence, la pleine présence d’un objet ou d’une personne, est l’enjeu que l’on peut gagner ou perdre, dans la parole, selon qu’on se donne ou se refuse à l’intuition poétique. La présence est l’enjeu de la poésie dans une société qui l’oublie, qui se voue à des représentations dont l’aptitude à saisir et analyser le dehors des choses n’a d’égale que leur méconnaissance du temps, du lieu, du hasard, de ce qu’on peut dire la finitude. » La finitude, j’achoppe quant à moi, sur ce mot qui veut bien dire ce qu’il dit : la finitude des choses comme la sensibilité nous les donne dans les limites de l’empirie quotidienne, mais la signification secrète de cette visibilité, l’évidence irrécusable de ce procès qui est aussi cèlement, retrait, pas encore une défiguration mais bien un voilement, une quasi-occultation ? Bonnefoy ne le dit pas : présence et finitude semblent s’accompagner chez lui naturellement, et autant dans la surabondance du ‘surréel’ que dans le péril de ses travestissements par une intellection trop ambitieuse, une parole égarée par le désir devenu monstrueux de se rendre ‘maître et possesseur’. 

« Introuvable dans le champ de la pensée conceptuelle, l’expérience de la présence n’en est pas moins active sous celle-ci, comme un recentrement que les évènements de la vie, essentiellement finitude, demandent d’opérer de ses préoccupations et priorités sur le temps, le lieu, le hasard, et sur la pensée des êtres proches, qui ne sont que temps et hasard. Inaccessible au plan où les mots se réduisent à des notions, elle se laisse entrevoir quand ces mêmes mots, désignant à qui s’est perdu dans la « selva oscura » non plus l’idée d’un arbre, mais cet arbre-ci – celui-ci, ici, pas un autre -, deviennent ce que nous nommons le nom propre, ce nom que nous utilisons pour appeler, pour aimer. Et il y a donc bien vérité, authentique vérité, à penser à elle et à vouloir l’attester au coeur même de la parole en demandant au son des vocables, au rythme des vers, de briser dans la phrase l’enchaînement des concepts. La poésie est, dès l’instant où nous sommes en risque de nous perdre parmi les « piliers vivants ». Dès l’instant, disons plutôt, où nous décidons de chercher la voie sur laquelle se dissiperont les énigmes. » C’est un ensemble très partiel des vues offertes par Bonnefoy tout au long de ces articles. Mon choix en paraîtra d’autant plus partial que je m’oriente toujours vers une compréhension de ce que j’appelle moi-même aussi poésie, qui est exactement synonyme de création – simplement ‘présentation’ dans la simple réalité des ‘faits’ – que j’accorde à une gnose, tout ce que je dis et tente d’illustrer dans les articles de ce blog, comme ceux que j’ai repris de mon blog précédent : Connaissance du matin. Je vais m’interrompre ici et je reprendrai prochainement mon parcours à la traversée de ce livre abondant. Maintenant je préfèrerai citer quelques vers du recueil Raturer outre qui est précisément l’exemple de cette recherche d’une vérité au-delà des mots, ou en-deçà plutôt, en biffant cet excès de verbosité, épaisse au point qu’on s’y enlise, raturant outre pour parvenir à éclairer les évènements de nos vies d’une autre lumière plus vivante que cette lisibilité offerte à la seule satisfaction de l’entendement.

Afin que si mon nom…

Je te donne ces vers, non parce que ton nom / Pourra jamais fleurir, dans ce sol pauvre, / Mais parce que tenter de se souvenir, / Ce sont des fleurs coupées, ce qui a du sens.

D’aucuns disent, perdus dans leur rêve, / « une fleur », / Mais c’est ne pas savoir que les mots tranchent, / S’ils croient le désigner, dans ce qu’ils nomment, / Transmutant toute fleur en idée de fleur.

Cisaillée la vraie fleur se fait métaphore, / Cette sève qui coule, c’est le temps / Qui achève de se déprendre de son rêve.

Qui veut avoir, parfois, la visite, se doit / D’aimer dans un bouquet qu’il n’ait qu’une heure./ La beauté n’est offrande qu’à ce prix.

Donner des noms

Elle se penche sur lui, elle murmure : / Veux-tu que nous donnions des noms encore, / Car sais-tu si jamais nous nous reverrons ? / Oui, dit-il, je te nomme, hésitation

Qu’a eue ce martinet prenant son vol, / Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu / Un instant dans le cri de tous ces autres ? / Je veux te dénommer pour me souvenir.

Puis il tourne la page. Ce qu’il voit, / C’est cette même jeune femme, souriante, / Elle semble rentrer d’un long voyage.

Comment me nommes-tu ? demande-t-elle, / Inquiète, tristement. Et la nuit tombe, / Ces martinets, l’énigme dans leur ciel.

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