Marie-Pierre Rinck ouvre un ‘Petit lieu artistique’ à Nancy

‘Petit lieu…’ une expression bien modeste que vient corriger ‘artistique’, et l’ambition tout de même avouée de montrer des ouvrages qui paraîtront  curieusement d’une même famille. D’abord des ‘terres cuites’ ou ‘céramiques’ qui sont oeuvres de sculpteur appliqué au pétrissage de figures simples, apparemment naïves, inspirées d’une poésie qui précède idées et mots qui semblent déterminer si fortement  la production d’art contemporaine. Et il y a cette décision du feu, la soumision à ce verdict mystérieux, si éloignée de tout parti-pris esthétique, même si le four accueille la matérialité et la sensibilité d’une intention toujours bien personnelle. Mais disons-le : Marie-Pierre Rinck crée en liberté – bien étrange tautologie –  partageant sa liberté avec la cuisson aléatoire, il faut le dire ainsi, qui va accorder couleur propre, inattendue, aux terres modelées, aux émaux ajoutés. Ensuite – famille ai-je écrit -parce que l’artiste propose également ses aquarelles : un trait de plume direct et sans concession, d’une seule main ; ajouté un trait de pinceau encore plus hardi, plus large, un peu plus insistant sur le papier pour révéler une couleur mais aussi une belle musique en couleur blanche, lumière plutôt, filtrant au travers des cils du pinceau, délicatement mais lestement posé : c’est vite fait, c’est parfait. Cela ne se voit peut-être pas, cela se ressent par le sentiment d’une réussite immédiate, emportée, l’éphémère capturé d’un geste habile d’oiseleur, fixé comme une haleine sur le grain nerveux du papier. S’il y a du loupé, on ne sait pas, tout semble ici donné avec une délicatesse aérienne : la confession d’un songe, oui, et une application si amoureuse qu’elle ne pouvait sans doute rien manquer !

gse_multipart56555.1294417629.jpg  images…

Quand vous abordez l’espace du ‘Petit lieu’, vous êtes accueilli par un mur couvert de ces aquarelles qui racontent une histoire toujours différente, mais d’un seul dessin jailli d’une unique source : être magicien, musicien, fabuleux, rêve échappé, envolé et présent là par l’insistance de la couleur, ou bien celle du trait seul. Mais je vois cette parenté avec la céramique parce que le geste a ici choisi rapidité d’exécution et là, au péril de ce qui se tient à l’écart de toute pensée, un moment au moins,  pour que la main et la matière qu’elle touche se confient ensemble au hasard ou à la chance ; ici et là comme un acte de foi en la nature, prodigalité, sagesse, intelligence. C’est deux fois deux histoires et une seule révélation d’instant,  de sincérité unie, comme chant de flûte coulant de trois doigts posés sur un roseau… Le feu ici, le fin pinceau là, ou la plume alerte : une légèreté, une improbabilité même pour ce signe qui nous prouve simplement qu’il y a de la beauté possible, dans le geste hardi d’un ouvrage qui veut conjoindre modestie et éloquence, qui a appris pour cela, n’en doutons pas non plus, ou qui s’est appris lui-même, encore l’élan d’une foi … De cet art de la terre et du feu, complexe, je dois rappeler d’un mot qu’il existe plusieurs qualités de ‘terre’ (jusqu’à l’invention de la porcelaine, des faïences…), à commencer par celle que l’on trouve dans le champ près de chez soi, et qu’il est aussi plusieurs modalités de cuisson en fonction du four, des températures, des pratiques variées de refroidissement ; finalement, tous les secrets de la finition qui permettent de trouver une texture, la surface à toucher, le poids, la couleur. Beaucoup de science en réalité, un apprentissage laborieux pour finalement ce hasard, ces aléas, une quasi providence du résultat. Je ne répèterai jamais assez mon admiration pour cette confiance qui ne peut aucunement relever du calcul, de l’impulsion d’aucun désir ; assentiment dirais-je à ce qui peut se révéler grâce ou calamité, parce que le feu qu’on allume garde un imprévisible pouvoir de transformation. Alchimie si l’on veut,  d’un mot resté prestigieux.

img_1867.1294417661.JPG La Madone des écorces … img_1869.1294417675.JPG

Dans mon blog précédent – Connaissance du matin du 08 juillet 2007 – j’avais présenté la Madone de Marie-Pierre Rinck qui orne aujourd’hui ma maison, à la fois icône et ‘nature’, élémentaire, vivante, sauvage, comme on a pu dire jadis, et à tort, ‘nature morte’, pétrie sous la forme d’une silhouette humaine, sans visage dessiné toutefois. L’abstraction des traits précis du visage est une grande conquête de l’art moderne, de l’art du portrait enfin capable d’éclairer en toute liberté la spiritualité propre d’une figure humaine, d’une personne. Par ses proportions, cette madone paraît arbre, pyramide, ou colline. J’ai dit Madone des ‘écorces’ parce qu’elle en a l’apparence de couleur brune, avec des fissures, des craquelures, de profondes empreintes striées, creusées, une rugosité particulière au toucher, et des teintes de feuilles fanées ou de mousse. Je l’ai vue la première fois au jardin, comme si elle y avait surgi par miracle, d’où les impressions que je viens d’énumérer peut-être. Elle est de grès chamoté qui a été soumis à deux cuissons, d’abord dans un four à 1000°, puis après la pose d’un émail à base de silice, oxyde de cuivre, étain – la recette complète restant secrète – dans un deuxième four favorisant une deuxième cuisson raku, suivie d’un enfumage dans de la sciure (et/ou autres matières inflammables également tenues secrètes). Je pourrais dire aussi qu’elle ressemble à une pyramide puisqu’elle en a la forme générale, une assise large qui évoque solidité, stabilité, puissance et mystère dans son élèvement, une Madone saisissante par le contraste inhabituel qu’elle oppose entre un corps qui s’élève sur une base large, la surface recouverte des pans d’un manteau immense, masse de terre solidifiée par le feu, autant d’empreintes de couleurs ignées ;  et le buste, la tête, fragiles, à peine dessinés, comme un rêve ou une prière, bouffée d’espoir s’échappant de la terre, miséricorde. C’est ce qui m’a frappé au premier regard de la découverte. Dans ce texte j’avais voulu parler beaucoup, et trop me semble-t-il aujourd’hui, de ces Madones qui ont inspiré peintres et sculpteurs pour des oeuvres souvent académiques et devenues l’ornement de tant de musées. Mais dernièrement, à Paris, je voyais la Madone de pitié du Maître de Chaource, un visage que je n’avais jamais vu. Un visage ou plus simplement peut-être la couleur trouvée de la pierre sollicitée, la couleur juste, goethéenne, d’un sentiment sublime et bouleversant. Avec la Madone de Marie-Pierre Rinck, c’était la première fois, en 2007, que je découvrais la vérité d’une sculpture, et à travers ce sujet-là pourtant, qui nous touche à peine aujourd’hui.

31-12-2010085108pla.1294417581.jpg

Voici les informations pratiques qui pourront vous conduire à vos propres découvertes dans ce prolongement de l’atelier de Marie-Pierre Rinck :

www.atelierinck.blogspot.com
www.petitlieuartistique.blogspot.com

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s