L’art qui nous fait signe(s) – 7 : Michel Henné au PLA de Nancy

Le PLA, c’est le ‘petit lieu artistique’ récemment ouvert par Marie-Pierre Rinck à Nancy, en vieille ville (cf ma note du 07.01.201, avec tous les renseignements pratiques s’y rapportant). Elle y invite chaque mois des artistes ou artisans d’art à  y présenter quelques uns de leurs ouvrages parmi la belle exposition permanente des siens : sculptures, céramiques, aquarelles, auxquelles s’ajoutent depuis peu de fantasques confections vestimentaires… Ce mois de février, nous y verrons des réalisations de Michel Henné, des ‘ardoises’ assez surprenantes et quelques tableaux bien représentatifs de sa manière. Michel Henné est graphiste plasticien, dûment diplômé de l’Institut National des Industries Graphiques, mais très fier aussi de son CAP de ‘plumiste’, alternativement collaborateur et créateur présent dans plusieurs ateliers reconnus de la corporation, où il a dispensé lui-même des formations. C’est dire qu’il a un métier avec ses exigences propres, qui n’est ni d’une parenté évidente avec la vocation première d’un peintre, ni non plus très éloigné puisqu’on les associe souvent de nos jours sous le vocable d’arts plastiques : plasticien d’ailleurs, je ne trouve pas heureux ni le mot ni l’idée qu’il porte.

2011_02032007_08032007_0803200009.1296928996.JPG       2011_02032007_08032007_0803200009.1296928996.JPG 

                             2011_02032007_08032007_0803200008.1296928881.JPG  2011_02032007_08032007_0803200010.1296928905.JPG

Des ardoises (‘de mon toit’) bien ficelées… et quelques miettes…

Myriam Librach, qui le recevait dernièrement à la galerie 379, a pu écrire : « Michel Henné mène une recherche plastique qui s’origine dans son métier de graphiste… Les formes libres se développent dans les champs colorés et la richesse des textures variées. Les gabarits, mémoire des formes, font jouer les ‘bandes’ supports de la composition typographique, les caractères, corps et polices, les collages et juxtapositions des ‘tables de montage’ d’avant l’écran numérique… » C’est si vrai que j’ai pu entendre un critique d’art renommé lui reprocher le caractère « trop visiblement graphiste » de son travail, restant ainsi trop visiblement éloigné de ce qui s’appelle encore ‘peinture’, classiquement, ce tableau par ailleurs en voie de disparition, sait-on jamais ? Or ce que j’aime chez Michel henné, c’est précisément son ‘jeu’, en fait un désordre savamment orchestré, chorégraphique en formes, musical en couleurs, trublion de son métier et de son art, qui impose un rythme d’une fantaisie et d’une liberté assez inhabituelle. On pourrait bien croire ces compositions  conçues dans l’esprit ou l’inspiration d’une ‘abstraction géométrique’. Contre-sens : et je tiens à le dire ainsi parce que je goûte peu moi-même aux effets d’une programmation géométrique en peinture – je goûte bien peu la mathésis si rigoureuse d’un Mondrian actuellement exposé à Paris. Michel Henné, je le ressens ainsi, est musicien et aussi jardinier par ses envolées de couleurs, les entrecroisements irréguliers de ces bandes chahuteuses qui ont échappé à l’ordre intangible de la machinerie typographique. L’invention se dessine sous nos yeux ; la linéarité se brise, se déroute, se gauchit ici ou là pour quitter la trace ‘trop visible’ en formation ; jambage sautant même par-dessus d’autres lignes pour composer les traits d’un réseau imprévible, illustrer un moment d’authentique liberté poétique. Le tableau ne se voit donc plus comme tel : c’est une scène vivante, vibrante, un rythme perceptible, et l’on verra par exemple que les ardoises ficelées ne sont plus des surfaces planes mais des plans d’eau remuant ou des ciels orageux parcourus de zébrures intempestives : la subversion même de tout concept géométrique ! Le graphiste, je prétends, a fait oeuvre d’art, transmué son métier vers l’ailleurs des enchantements communicatifs.

2010_12092007_08032007_0803200003.1296928641.JPG silhouette… 2011_02072007_08032007_0803200012.1297020702.JPG vagabondages…

J’invite donc mes lecteurs lorrains à emprunter le passage qui conduit à la Cour du Fossé aux Chevaux – juste en face de la grande porte du Musée Lorrain situé Grande Rue. Le Petit Lieu Artistique mérite ce détour pour un grand moment d’émotion. Je rappelle aussi qu’on peut y admirer les travaux d’autres artistes invités : Isabelle Wenger, Laurence Gushing, Cléofécélia Huaman (ocarinas), la collection Betiza (Isabelle Wenger associée à Bettina Berroth). Tout cela au mois de février ! 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s