Le Dit de l’impensable : Post-Scriptum

C’est de moi-même que je propose ces deux concepts : ‘quiessence’ et ‘quiescience’, qui pourraient résumer tout l’enseignement à tirer des longues citations que j’ai reproduites dans les numéros précédents. D’abord la répétition de ‘qui’ parce que j’insiste sur la présence d’une personne : ‘moi’, qui porte nom, qui se caractérise par une histoire, tout ce que j’ai appelé un ‘horizon’, qui est un ensemble de conditions et, pourquoi ne pas le dire, de déterminations. Il va de soi que ce n’est pas de ‘moi’ individuellement, isolément, qu’il s’agit et que je n’énonce ici aucun solipsisme. ‘Moi’ porte un nom : c’est le mien, et c’est le tien, et c’est le sien, cette troisième personne que je vais me garder d’objectiver dans l’éloignement d’un ‘il’ étranger. L’existence personnelle, on l’a assez dit, est une existence relationnelle : parole, regard, amour, mais aussi éducation, partage, responsabilité, et bien d’autres concepts, ce qui nous réunit et, comme disait Spinoza : « tout ce qui s’augmente par le partage » – dont l’identité précisément. Mais ‘qui’ se conjugue doublement : en s’associant à l’épreuve de la lumière infinie déclinée en d’innombrables modèles et formes, lumière plurielle de tous les existants, et, comme science, en se réalisant dans l’épreuve de ce qui se co-naît, se découvre et même se mesure à l’aune du connu et dans la lumière de l’inconnu. Ces mots formulent une troisième association : du ‘qui’ de la personne qui est bien évidemment ‘mouvement’ et du ‘quies’ latin qui se traduit par ‘repos’. C’est ainsi que je propose pour éclairer ces dernières remarques, les formules qui suivent. Je les avais notées dans un journal, puis communiquées à mes amis, ceux qui m’entendent, qui savent aussi ce que ‘réaliser’ veut dire. J’insiste sur ce point : à la première personne du singulier du présent universel.

L’éveil est la révélation de ‘ce qui est / à une personne’. Révélation donc ‘personnelle’, ce qui veut dire que la totalité se prête à la raison (qui signifie ’mesure’) d’un individu, à un moment donné (d’une histoire). Cette imbrication de l’infini et d’une finitude naturelle est à la fois incontestable et ‘inexplicable’ : c’est le ‘secret’ de la création, de la donation.

Le Dit rassemble des attestations qui explicitent les convergences entre ces deux ’plis’ du Réel (cette fois avec majuscule) : infini et fini. Récit d’une co-naissance qui est un ‘mouvement d’amour’. Connaissance ici et amour sont rigoureusement synonymes, mais cette réciprocité n’est pas fusionnelle :  » un mouvement et un repos « . Conjonction.

Le Dit est comme une pelote de fils qu’on doit soi-même dérouler pour tisser à dimensions d’un moi unique la trame inédite d’un tapis de prière ‘gnostique’. Cette prière est une méditation de la vie : c’est-à-dire que la ‘(ré)surrection’ mentionnée ici est bien l’éveil qui restaure en vérité toutes les valeurs de la manifestation et leur accorde égalité en Esprit.

Cette formule simple finale dit tout : la vie est Dieu, ou pour mieux dire, entièrement procès de l’entière Déité (ou Nature), non pas totalité ou continuum, mais instant (ré)capitulatif, à la pointe de l’instant. Soit dit : instant de vie, ou instant-Dieu, instant vécu d’une personne consciente, de conscience réitérée en soi-conscience ; cette valeur-là en tant que Dieu, irréductible. Soi infini accordé à l’instant minuscule, tout instant, fut-il mort misérable ; la totalité accordée à ce point-là en sa réalité vécue ‘miraculeusement’.

Quand moi s’égale à moi, en conjonction, c’est l’éveil, si l’on veut conserver ce mot si malheureusement connoté aujourd’hui, qui éprouve autrement la réalité du ‘vivre’. Pas seulement ‘voir’, ‘écouter’ autrement :  » dans l’image de la lumière du Père, elle se dévoilera, et son image sera cachée par sa lumière.  » (log. 83) Radicalement, en déchiffrant autrement les signes,  » une main à la place d’une main » (log. 22), quand l’intelligence est devenue vraiment l’intelligence, moi égal à moi ; quand prend feu le secret en vie poétique – je veux dire : la création continuée par l’homme.