Hommage à Krishnamurti

Il y a un effort éditorial assez conséquent, ces derniers temps, pour faire connaître les enseignements de Krishnamurti. A preuve les rééditions de ses ouvrages principaux, la parution d’inédits – tous en collection de poche – qui viennent les uns et les autres clarifier une pensée, un message et son cheminement, depuis la prise de parole si originale de 1929 (« La vérité est un pays sans chemin »), au moment de la dissolution de l’Ordre de l’Etoile, jusqu’à la rédaction de Carnets dont le dernier, dicté au magnétophone, est traduit en français depuis 2010 et publié par Points-Sagesses (1). Il faut rappeler que Khrishnamurti, jeune garçon issu d’une famille brahmane pauvre, avait été reconnu par Charles Leadbeater et Annie Besant, alors chefs du mouvement théosophique, comme le prophète des temps nouveaux, un nouvel ‘Instructeur du monde’ (le dernier Maitreya Buddha) qui devait modifier le cours de son histoire et de son évolution. Le jeune garçon avait reçu à cet effet une éducation religieuse, des ‘initiations’, mais aussi une formation générale qui devait le rendre tout pareil aux jeunes gens de son époque, notamment de la bonne société anglaise où recrutait le mouvement théosophique. Des biographies complètes et passionnantes existent à ce sujet (1). Aujourd’hui, en concluant, je crois, ce cycle Jeudemeure, je tiens à rendre hommage à Krishnamurti que je trouvai, le premier, sur ma voie ; montrant aussi, à l’occasion les traits d’union de tous les concepts que j’ai voulu associer dans mes blogs pour désigner la perspective d’une libération et d’un règne, ce mouvement d’amour où se par-fait la création comme exhaussement perpétuel d’un indicible Un.

Il y faut une délicatesse de conscience, un esprit authentiquement critique, une perspicacité, une vraie curiosité philosophique qui implique liberté d’esprit et courage moral, des ‘vertus’ qui ne sont pas si exceptionnelles, mais qu’il faut s’engager à cultiver en déracinant une à une nos convictions précédemments établies, conclusions péremptoires et choix le plus souvent inspirés par la passion qui est ignorance et désir de s’affirmer. Il y a des thèmes récurrents dans les enseignements de Krishnamurti, répertoriés par les exégètes les mieux avertis, parfaitement reconnaissables. L’ignorance, la peur et l’avidité comme les mécanismes inhérents à la formations de préjugés et de superstitions, noyau et substance de l’ego – je dirai plus volontiers de l’égoisme puisqu’il s’agit en fait d’une pensée, d’une imagination pervertie – l’accumulation des savoirs comme rempart de cet égoisme, la nécessaire remise en question de tous ces mécanismes, un travail personnel ou le fruit d’une éducation juste et adaptée ; la méditation, l’amour, la délivrance du pouvoir infini de la vie chez l’être libéré des entraves de la pensée mécanique. Pour moi, dès mes premières lectures, ce sont ces attaques incessantes contre les idéologies, toutes les croyances, en particulier les croyances religieuses, qui m’ont paru le trait constant de cet enseignement, fondamental et initial. Et je crois toujours que la lecture de Krishnamurti est l’étape obligée d’une connaissance de soi radicale, d’une remise en question de tous les fondements, jusque dans leur trame la plus inconsciente, de tous les mensonges nés d’une conception erronée de soi-même et du monde – et à commencer bien entendu par nos prétendus ‘idéaux’, tous sans exception jusqu’en leur racine ‘moi’ ! En ces temps de consensus mou qui favorise si puissamment le retour des vieilles lunes, il est plus que jamais salutaire de l’entendre. Le recul d’une modernité critique, libertaire, démocratique, favorable aux libertés et à l’émergence de vraies responsabilités philosophiques et politiques est dramatique. Je prendrai un seul exemple d’actualité. L’échec provoqué d’un récent débat sur la laïcité, un rappel devenu pourtant si urgent de tout ce qu’elle implique, m’a paru particulièrement dramatique. C’est à cette occasion qu’on a vu s’associer les représentants traditionnellement rivaux des vieilles religions : ensemble, cette fois, pour recommander le report sine die de ce débat si indispensable pour rappeler les règles du civisme le plus élémentaire en république – et précisément contre ce qu’on appelle si justement aujourd’hui les ‘replis communautaires’ qui sont autant de scandale à l’intelligence moderne. L’examen d’une faillite évidente de la modernité, le retour au devant de la scène médiatique (la scène ! comme on dit bien !) de croyances obscurantistes et criminelles est un désastre pour l’esprit. Et réparable pourtant… Nullement inévitable.

Je cite ici le livre Cette lumière en nous, la vraie méditation, publié par Livre de poche en 2010 :  « La condition indispensable est la méditation… pour donner à cette méditation des bases solides, il faut comprendre ce que signifie l’existence – ce qu’il en est de la vie et de la mort. Comprendre la vie, et la portée extraordinaire de la mort : c’est cela la méditation, et non la quête de quelque expérience mystique intense. » Krishnamurti insistera toujours sur cet aspect holistique d’une compréhension de la vie entière, mais par une personne engagée à cette étude – soulignons : personnellement – pour une libération définitive de tous les conditionnements, et une percée radicale vers la plénitude de la vie. « Pour explorer la vérité, il faut mobiliser tout son capital d’énergie, être capable de faire preuve de suffisamment d’attention pour ne pas agir en fonction d’un schéma établi ; il faut observer ses propres pensées, ses sentiments, ses contradictions et ses peurs, et aller bien au-delà, de sorte que l’esprit soit absolument libre… Le conditionnement biologique est une chose naturelle, mais le conditionnement psychologique – les haines, les antagonismes, l’orgueil, tous les facteurs de confusion -, c’est cela qui constitue la nature même de l’ego, qui n’est autre que la pensée… Pour faire ces découvertes, il faut de l’attention – qui n’est pas la concentration. Il est extrêmement important de méditer, car un esprit purement mécanique, comme l’est la pensée, ne pourra jamais entrer en contact avec ce qui est l’ordre absolu, suprême, et donc la liberté totale… Un tel esprit est vraiment attentif. Il est complètement attentif à tout ce qu’il fait… » La méditation n’est donc pas une activité limitée, partielle, un fragment de vie voué à l’introspection : « la méditation, c’est la somme de toute énergie. Ce n’est pas l’énergie créée par la pensée à l’occasion des frictions qu’elle suscite, mais l’énergie qui se manifeste dès qu’il n’y a plus trace de conflit au sein de l’esprit… Un tel esprit sait être attentionné, c’est-à-dire qu’il fait preuve d’égards, d’attention, il sait regarder, observer. Et cette observation est pleine d’affection, de compassion… La méditation est cette faculté d’appréhension totale de la globalité de la vie : de là naît l’action juste. La méditation, c’est le silence absolu de l’esprit. Pas un silence relatif, ou un silence que la pensée structure, et où elle se projette, mais le silence de l’ordre, qui n’est autre que la liberté. Seul ce silence total, parfait, d’une pureté absolue, est la vérité suprême – éternelle et infinie. » Krishnamurti voulut maintes fois clarifier ce qu’on devait entendre par religion, et quelle éthique elle commandait, qu’il appelait précisément ‘méditation’ : « Une vie authentiquement religieuse est donc une vie de méditation, d’où est exclue toute activité de la part de l’ego. Et il est possible de mener quotidiennement ce genre d’existence, dans ce monde qui est le nôtre… L’esprit, ayant observé les agissements de l’ego et en voyant la fausseté, est ainsi devenu extraordinairement sensitif, et silencieux. Et c’est sur la base de ce silence qu’il agit. Dans la vie quotidienne… Nous sommes envahis par toutes ces notions que l’homme a conçues, inventées, envahis par nos propres désirs, nos quêtes, nos ambitions, nos peurs, etc… La méditation, pour peu qu’on aille au fond des choses, est la négation de tout cela, de sorte que dans cet état d’attention s’ouvre un vaste espace illimité. Alors l’esprit est silencieux … Il faut découvrir tout cela par ses propres moyens – personne ne peut vous donner la voie à suivre. Ce qui a été dit dans le passé peut être vrai, mais cette vérité, ce n’est pas votre vérité… Votre vérité, c’est une vérité vivante. Il vous faut – sans passer par un intermédiaire, ni par une pratique ou un système inventés par un autre, sans passer par la soumission à un gourou, à un maître ou à un sauveur -, voir vous même où est le vrai, où est le faux, et découvrir par vos seuls et uniques moyens comment vivre une vie d’où toute dissension est exclue… » Un effort cathartique et solitaire, qui vise néanmoins à la libération de tout effort ; individuel, mais qui vise à la dissolution des limitation personnelles ; une connaissance libératrice de tout savoir particulier, l’apprentissage d’une conscience universelle que son intelligence n’emprisonne pas dans ce regard, cette expérience-ci : « Voilà ce qu’est la vraie méditation. Elle consiste à repartir des tout premiers débuts sans rien savoir. Si vous croyez déjà tout savoir, vous finirez par être envahi par le doute. Mais si vous partez en ne sachant rien d’avance, vous trouverez la vérité absolue, c’est-à-dire la certitude… Nous avons d’abord dit qu’il fallait explorer ce que nous sommes, or nous ne sommes rien d’autre que le connu : ce connu doit donc être évacué. Et quand le vide est fait, tout le reste coule de source. Lorsqu’elle est là, cette chose plus sacrée que tout et qui est l’essence même du mouvement de la méditation, la vie prend un tout autre sens. L’existence cesse à tout jamais d’être superficielle… » (2) 

Je me souviens des moqueries d’Alan Watts qui affirmait dans un des ses livres avoir beaucoup appris à la fréquentation de ces groupes qui réunissaient maints « non-disciples auprès d’un non-gourou » – et je dois avouer moi-même n’avoir jamais rencontré d’auditeur absolument fidèle aux recommandations de Krishnamurti. Krishnamurti a beaucoup insisté sur l’indispensable rôle d’une éducation, mais existe-t-il une éducation sans éducateur, sans maître ? Mais pour moi, il s’est aussi produit d’autres découvertes. Après une longue lecture de Krishnamurti et, si je puis dire, une vérification qui m’ont pris des années, j’ai pu découvrir aussi la véritable portée de l’Evangile de Thomas, incontestable document-source du Christianisme, qui proférait des vérités analogues des siècles plus tôt. Mais qu’on rapproche un instant les paroles de Krishnamurti de celles de l’Apocryphe, à commencer par le tout début, le logion 2 : « Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; et quand il aura trouvé, il sera bouleversé, et, étant bouleversé, il sera émerveillé, et il règnera sur le Tout. » Et le sens et la promesse contenus en quelques mots : « … le Royaume, il est le dedans et il est le dehors de vous. Quand vous vous serez connus, alors vous serez connus et vous saurez que c’est vous les fils du Père le Vivant. Mais s’il vous arrive de ne pas vous connaître, alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté. » (log. 3) Un avertissement certes, mais la promesse réitérée par ces mots : « Celui qui boit à ma bouche sera comme moi ; moi aussi je serai lui… » (log 108) Une éducation, oui, ou une guidée, sans coercition : « Venez à moi parce que mon joug est bon et douce mon autorité… » (log.90) Mais le plus surprenant de cette comparaison tient surtout à la répudiation des vieilles lois, des règles, des contraintes rituelles. Nombreux sont les logia contestataires des rites chez Thomas ! Au log.6, ces questions « Comment prierons-nous ? Comment donnerons-nous l’aumône ? Et qu’observerons-nous en matière de nourriture ? » appellent cette simple réponse : « Ne dites pas de mensonge, et ce que vous récusez, ne le faites pas… » Au log. 14, cette précision encore : « Si vous jeûnez, vous causerez une faute à vous-même, et si vous priez, vous serez condamnés, et si vous donnez l’aumône, vous ferez du mal à vos esprits. » Et au logia 53, 101, ces récusations de l’obligation de soumission à sa famille : « … celui qui ne récuse son père et sa mère comme moi ne pourra se faire mon disciple … ma mère m’a enfanté, mais ma Mère véritable m’a donné la Vie » ; au log. 104, cette injonction finale : « Ils lui dirent – Viens, prions aujourd’hui et jeûnons. Il leur répondit – Quelle faute ai-je donc commise ? Mais quand l’époux sort de la chambre nuptiale, alors qu’on jeûne et qu’on prie ! » Et je voudrais citer enfin cette admonestation formidable en réponse à une parole de dévotion : « Vingt-quatre prophètes ont parlé de toi en Israël et tous ont parlé par toi – Il leur dit : Vous avez délaissé Celui qui est vivant devant vous et vous avez parlé des morts. » (log. 52) Actualité du Seul, du Vivant ; caducité des enseignements passés, sclérosés, momifiés ! (3) 

Cet hommage, je l’associe tout naturellement au premier hommage que j’avais rendu à Stephen Jourdain en ouvrant ce nouveau blog. Et sur ce point précis de la méditation krishnamurtienne que je peux rapprocher de la pensée ‘veillée’ de Stephen Jourdain dans Première personne (4). Soit aussi l’impératif prioritaire de ‘se connaître’ et de rejeter tout ce qui est ‘faux’. Des accents exactement identiques. Les lecteurs attentifs m’objecteront sans doute que Krishnamurti s’appliquait, lui, à un procès radical de l’ego et de la personne, alors que Stephen Jourdain fait de la personne la pierre angulaire de la création et de l’exhaussement du Père. C’est bien qu’il faut lire, encore une fois, avec attention et sans préjugé ! L’ego dénoncé par Krishnamurti est bien ce ‘grand personnage’ à abattre, façonné de toutes nos croyances pour nous murer dans cette représentation de nous-même et du monde séparés de la réalité vivante survenue en ‘première création’ et donnée à… moi, première personne ! Bien entendu, qui d’autre ? Quelle absence, ou quel impersonnel pourrait le constater, et le dire, et le célébrer, sinon moi, moi vivant au règne du Vivant, libéré de toute fausseté et averti de toute visée qui oriente et renforce cette fausseté. C’est sur ce point que l’analyse jordanienne du procès de la pensée paraît bien plus fine que celle de Krishnamurti. En admettant que toute vérité et toute fausseté, de même, soit oeuvre de ‘pensée’ : je me ‘pense’ pour ‘être’, penser comme être, un écueil philosophique que les Anciens avaient déjà bien observé ! Mais Stephen Jourdain vient ajouter : « La pensée naissante est affirmation, affirmation pure… Cette proposition doit être tenue pour vraie, et le caractère affirmatif de la pensée naissante comme réel. Mais cette proposition est une affirmation et, tôt ou tard, dans la démarche de prise de conscience de la pensée naissante, elle deviendra la teneur de cette dernière ; et sera perçue comme une ‘pure pensée’, c’est-à-dire : comme un néant… Tout doit être récusé – T-O-U-T… À brûle-pourpoint, sans intention ni explication, d’en amont de toute intention, toute explication, un NON tueur… et cela depuis le centre du dedans jusqu’à la fin du dehors… La pensée naissante n’est connaissable que dans le cadre d’une quête de la connaissance de la pensée naissante… Tout serait simple si l’on pouvait dire : la pensée naissante est la pensée de la recherche de cette pensée. Hélas, les choses sont infiniment plus compliquées et fines que cela… le sens naissant en nous ne peut être n’importe quel sens ; il est nécessairement lié à la situation intérieure, constamment renaissante et constamment récusée, de plus en plus regroupée, ‘ramassée’ et, conceptuellement, déchiffrable, issue de la volonté de discerner consciemment… L’homme ne connaîtra jamais la pensée qu’il pense MAINTENANT que sous les traits conceptuels qu’il lui aura conférés en cherchant à la connaître… ce sens, exhumé cent mille fois au plus profond d’un esprit, sera cent mille fois différent… Et, à mon avis, le fait qu’en un instant défini, il possède telle personnalité et non une autre, échappe à tout déterminisme. Le renouvellement de l’identité de la pensée naissante est un phénomène aléatoire… » C’est ici que l’entretien, puisqu’il s’agit d’un entretien, prend toute sa force libératrice par la révélation inédite du phénomène d’aliénation initiale de cette pensée ‘aléatoire’ qui devient ‘obligatoire’…  » – Supposons que le sens de la pensée naissante soit ‘ceci’ (par exemple le concept d’éveil), ‘ceci est’… supposons cela : ‘ceci est’ (en me désidentifiant de cette pensée si j’ai bien compris)… Dans la même infime fraction de seconde, mon être intime s’endort ; je n’ai pas eu le temps de dire ouf, l’état de rêve s’est déjà refermé sur moi. L’acte de conscience s’est dégradé en observation ; mais très étrangement, ce que me révèle cet illusoire regard est toujours ‘ceci est…’ Une pensée VEILLEE. La même pensée OBSERVEE… L’écho de la pensée veillée ne se borne pas à reproduire celle-ci. Il crée le moi qui observe la reproduction ; et cet observateur fait partie de l’écho… Dans le millième de seconde de la défaillance vigilante, il se produit un phénomène fantastique… Le sens de la pensée naissante se DIVISE en un moi observateur faisant face à ce sens… »  Comprendre que la réalité vivante, ce mouvement, s’est figée en deux sites ‘objectifs’ : un moi, et sa production personnelle prétendue plus réelle, prétendue vraie ; une subversion mortelle dans l’ordre de la création.

Mais la méditation que recommande Krishnamurti n’est-elle pas la ‘veille’ que recommande à son tour Stephen Jourdain, avec ses mots à lui ? Et un avènement d’Esprit pur, comme il est appelé dans l’Evangile de Thomas : une percée de cet acteur libre et responsable qui mouvemente la création par son imagination même, mais en évitant tout figement définitif, toute réification ? L’attention est, chez l’un comme l’autre, la vertu majeure, celle qui sauve et préserve le vrai – personnel, ici et maintenant ! Je me souviens de ce livre méconnu d’Aldous Huxley : Island (L’île) qui est le seul roman ou cette vertu incomparable est décrite à sa vraie place de puissance libératrice, ‘vertu’ comme on disait des anciennes médecines ! La renommée littéraire a préféré The best new world qui est un roman à dormir debout, une plate science-fiction comme on les affectionne tant. Mais je m’égare… Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est à la fois le maintien à niveau égal de l’ignorance ou de l’indifférence du plus grand nombre – je n’ai jamais préjugé de l’immensité de ce malheur de la conscience, ni du peu d’espoir qu’il autorise – et de l’autorité, du prestige toujours inentamés des institutions qui favorisent la pérennité de cette ignorance et de cette corruption mentale.  Mais il y a pire encore : les prétendues ‘spiritualités’ colportées par des écrits qui se chargent de vulgariser les enseignements traditionnels de toutes origines en les malaxant à des idées prétendues neuves nées du progrès scientifique ; une propension au syncrétisme et à l’éclectisme mous également incapables de discerner les vérités d’une philosophie comparée. Mais, après tout, me dira-t-on : comment savoir ? J’ai parlé d’une exigence infinie, d’une curiosité tenace, d’une prudence lucide, d’une sincérité sans compromis ; mais il reste évident, et malheureusement pour celui seul qui touche à ce discernement, que l’intellectuel et le spirituel se marient rarement, ainsi que la culture et la liberté, l’obstination à chercher sans cesse et la soumission aux leçons paradoxales de la vie. Je l’ai écrit souvent à mes amis : il y faut la ‘question’, et la ‘culture’, bien rarement associées, et cette persévérance citée dans l’Apocryphe. C’est dire aussi, finalement, que la spiritualité la plus authentique appelle aussi la plus haute vertu morale, et la plus rare : le courage.

(1) On aura avantage à consulter ce site, très complet, ou à se rendre directement sur Wikipedia en français : http://www.krishnamurti-france.org/Biographie-detaillee-de-Jiddu – Les livres de Mary Lutyens et de Pupul Jayakar, je dois dire, se lisent comme des romans !

(2) Vimala Thakar s’est grandement inspirée de cet enseignement pour son petit livre : La méditation, une manière de vivre, régulièrement réédité.

(3) Je renvoie comme toujours à l’édition Gillabert de l’Evangile de Thomas – qui vient de paraître en livre de poche chez Dervy.

(4) Première personne, Les Deux-Océans, Paris 1990

2 commentaires sur “Hommage à Krishnamurti

  1. Mais comment, au quotidien d’un monde étouffant, suspendre mon attention sur une pensée « aléatoire », encore non verbale, quand le champ est encore laissé libre à l’invisible, à « cela » qui vient à l’éclaircie et qui prend inexorablement la tournure scénique propre à combler mon désir de faits racontables?

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