Une correspondance (3)

Et enfin la troisième partie de ma correspondance… l’ensemble comme un raccourci, un memento des 800 pages de blog ! Mais certes pas une conclusion !

Le fléau de la balance

D’abord les deux plateaux de la balance : ce que je vois dans la rue, et mes ‘amis’ aussi bien ; mes lectures – je reviens sur le Hegel d’Hyppolite et je lis le Husserl de Bernet – avec cette unique évidence, d’une part un néant spirituel comme la plus épaisse nuit, et un néant culturel comme une ivresse de confusion générale entretenue à force de narcissisme et d’esthétisme de la pose (on en parle beaucoup en ce moment, mais pourquoi prendre Houellebecq pour seul exemple ?). AU MILIEU ce fléau (qu’on entendra dans tous les sens du mot), qui est la cause unique et la fatale conséquence : une égolâtrie fanatique noyée de cette unique substance idéologique reçue par tous sans exception : l’athéisme, le matérialisme, au mieux l’objectivisme scientifique et ses retentissement sur toute psychologie possible, toute prétendue ‘science de l’homme’. Et l’enfer de ce temps-ci : une démagogie politique qui nous plonge dans une décadence sans fond d’où il semble que nul ne pourra jamais nous tirer !

Sinon quelque providence : un imprévisible, né de notre nature profonde, essentiellement spirituelle, destinée à la connaissance et au bonheur. Sûrement oui… A l’occasion de quel cataclysme ? je ne sais. Je me contenterais d’une vraie ‘révolution culturelle’ si seulement… Mais on n’en est pas là : il manque le sel, le feu, vous voyez. Et les ‘ouvriers’ qui manquent si cruellement à l’appel.

Il y a pourtant une égologie différente – on peut l’appeler autrement – efficace, à la portée de tous. « Veiller » bien sûr, affectueusement, délicatement, prendre garde à soi, à la dynamique du jeu, de ses lucidités créatrices et de ses obscurcissements aliénants. Croire à une possible délivrance : plus simple encore, un réajustement – à condition de savoir, de discerner ‘qui’ et ‘quoi’ et comment’ et ‘pourquoi’ : une affaire très, très personnelle, et qui engage toute une culture aussi, des comparaisons mais pas seulement critiques, pour retrouver les sentiers du Même en quête éternelle de soi, pour la possession et la jouissance de son jeu que nulle fatalité ne destine à cette tragédie.

Petite réflexion complémentaire : associer à un diagnostic de mort prochaine l’espérance d’une guérison, d’un salut, d’un règne. Tout passe par la connaissance de soi, vieille flûte où tant ont soufflé pour nous bercer d’illusions, mais la seule porte de retour au mystère de la création, au jeu, au verbe (conjugué), à la liberté, ce que j’ai appelé ‘vie poétique’, non pas seulement des pensées, un ensemble de pensées, mais des actes responsables engagés à la célébration de la Vie.

L’Idée se…

C’est sans distance. Et il n’y a plus de recherche. C’est à la découverte de soi-même, personnellement et à la source unique du procès où cela arrive à quelqu’un qui se manifeste – soit porteur révélateur de lumière, soit acteur d’une seule distorsion. Mais le travail a été fait, de connaissance – le voyage initiatique et le travail philosophique de l’élucidation d’une seule histoire, et de toute histoire car il n’est qu’un seul moi.

Quand les mots ont été dit, il y a le silence, mais il fallait finalement préciser : des mots ! L’acte de vie consciente est un immense et permanent accomplissement de soi aux horizons imprévisibles et constamment changeants des existences : une lucidité et un courage sans faiblesse, une vaillance spirituelle sans hésitation. Oh, les belles aventures de la vie qui sont toutes autorisées – MAIS quand tout est identifié, quelle différence cela fait. Libre, j’obéis à moi-même, régent de cette création de mes possibles, non plus serviteur de mes passions, étrangères et aliénantes. Je ne me perds pas.

Quelle image, quel type de précision pour dire cette parfaite conjonction de moi avec moi, cette réitération de pur esprit qui se mêle d’histoire et s’emmêle à la trame multiple des conditions ? Car c’est exactement, précisément ce qui se produit – et rien d’autre, cette mise en jeu. C’est à Stephen Jourdain lui-même que je l’avais confié il y a plus de 10 ans, la raison pour laquelle sans doute il m’a si longuement cité dans son livre L’infini au fond de soi : « … se rencontrer, c’est rencontrer une Idée : l’Idée se… (SJ) pas de réciprocité dans cette phrase qui mette en oeuvre un lien de transitivité qui complémentarise, éloigne, sépare : un seul pronom réflexif… une seule réflection, comme s’il y avait un seul détour, comme une seule ligne qui boucle son élan et son parcours… Je peux m’exprimer autrement : la logique de l’identité s’établit par la logique de la différence, de la séparation, qui se trouve du même coup légitimée en réalité. Et semble-t-il, c’est le jeu de la conscience. C’est pourquoi je parle de co-naissance : l’esprit s’anime (je pèse mes mots) par une re-lation d’Idées. Malgré tant de précision et de précaution, nous avons automatiquement conceptualisé, et donc séparé, et donc introduit cet espace qui n’existe pas du tout, jamais, sinon comme technique opératoire, formelle, de bonne logique ou même d’expérience élémentaire ; nous avons introduit et réifié cet espace entre les concepts de l’exposé (de la vérité) et créé (c’est ça la deuxième création) des ‘objets’ réels parce que perçus en une perspective faussée, mais nous ne voyons pas la perspective fausse parce que nous sommes obnubilés par la réalité ‘logique’ de ces objets apparemment si ‘réels’.

En fait, le poison n’est ni dans l’expérience sensible comme telle, ni même dans le jugement affirmatif, ni non plus dans le désir qui se nourrit de jouissance et de souffrance, ni dans la mémoire qui amplifie tout et conserve… tout cela est intimement imbriqué dans l’unique jaillissement de conscience où l’esprit se (se: grand mystère en effet !) communique à lui-même… mais voilà que le vin a pris tout de suite un goût de bouchon.

Qu’est-ce que l’éveil ? C’est éprouver toujours – moi, personnellement, à l’instant – dans l’ébullition éruptive du mouvement de vie, qu’il n’y a que de la lumière et de l’amour… Ne reste que la difficulté de vivre en conjonction : moi et moi et moi, Le Père, le Fils et toutes les créatures-créations, icônes ou déjections. Et si l’éveil était a-normal ? Disons autrement : et s’il fallait trouver finalement que cet accomplissement de vie permet tout, autorise tout, légitime tout ? Oui, tout ! Et jouer, simplement jouer : mais, ni tricher, ni se piper au jeu !   » (RO) 

Et c’est cette précision supplémentaire que j’apporterai aujourd’hui, voyant bien comme sont les choses et comme va le monde, au plus profond de l’obscurité de la caverne…

Dans l’épreuve de la vérité ultime, qui est l’épreuve de la co(n)naissance, de moi-même et moi-même, je ne suis juge, moralement, de personne ni de rien ni d’aucune occurrence de vie. Je distingue l’irréel de mes confections mentales – ce qui est ‘autorisé’ au jeu, et ce qui ne l’est pas, parce que relevant du pur orgueil et de la volonté personnelle de confectionner du vrai ‘contre-nature’. C’est tout – mais c’est très, très important de s’en apercevoir : de s’apercevoir également comment fonctionne ce jugement de comparaison et d’exclusion, de parti-pris, chez tous les individus prisonniers de leur égoïsme, et toujours, potentiellement, en moi. Où je suis, régent d’un royaume qui porte simplement mon nom, le nom vivant du Seul ici-et-maintenant, «  les images ne cachent plus la lumière  ».

Avoir tout dit…

J’ai beaucoup aimé ces paroles que vous avez citées de votre ami maghrébin ; c’est tout dire, TOUT :

Il faut être avec Allah avant de dire Allah …

 … l’Existence c’est Lui. Ce n’est pas qu’il est dans l’existence ou que l’existence n’est pas en dehors de Lui. L’Existence c’est Lui.

J’allais vous répéter : « Vous êtes bien le seul… » Et finalement il semble bien que non, mais tout le monde n’est pas capable de ‘le’ dire, ce qui est finalement sans importance puisque c’est le Seul qui franchit la distance qu’il a ‘fictivement’ tracée entre Lui et Lui. Je me rappelle une amie qui avait pratiqué le mantra de Ramdas pendant des années, et qui avait tout perdu en route, y compris le mantra, qui s’était retrouvée seule, infiniment vivante-consciente… elle me disait : « Mais nous sommes nombreux à l’avoir réalisé, et nombreux même qui n’ont jamais quitté ce règne – simplement NOUS NE LE SAVONS, NOUS LE SOMMES !

Avertissement

Attention, la di-stance comme telle est bien réelle : c’est le ‘fait’ même de la création, ce qui se traduit si bien par le cri de Stephen Jourdain : «  Je ne suis pas Dieu le Père !  » C’est aussi le lieu de la perte et de la difformation, de l’aliénation, bien réel. Toujours comprendre comment «  tu es Lui et tu n’es pas Lui  » et ne pas ravaler au rang de simple fantasme la di(f)férence. La vérité pure est en deux mots : Un-en-Deux. Réaliser ! Mais c’est vrai aussi, tout le réel est d’un côté, et de l’autre s’étend une ‘réalité prêtée’ suivant le mot de Nisargadatta, une existence de réalité prêtée à fin de co(n)naissance, par jeu, comment dire sans céder à un trompeur anthropomorphisme ? Néanmoins c’est ainsi. L’être n’est ni ‘plein’ ni ‘charbonneux’ et ce qu’il faut bien appeler la Vie – tout notre être propre – se définit par un mouvement et un repos.

Mais l’amour aussi peut entraîner à une facile conception monistique et la réalisation est un acte – périlleux ! Jamais une vue de l’esprit, un affect femelle : un geste puissant et héroïque, oui ! Et, intellectuellement, rationnellement, la pratique du paradoxe. JE-SUIS-UN-PARADOXE-VIVANT.

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