et le plus extrordinaire…

C’est une amie lectrice qui m’écrit cette fois, le numèros 3 de ma ‘correspondance’ à peine publié, pour me dire : « MAIS, mais, puisqu’il y a une di-stance, c’est bien là, dans cet écart ‘réel’ que va s’écrire toute l’histoire – admettons : mon histoire – et la possibilité, si souvent contestée dans ce blog, d’une psychologie (et bien cette fois, d’une science, d’une expérience au moins, personnelle !), d’une morale, d’une éthique, je dis ça pour rimer avec esthétique – ça, vous en donnez des pages, on a compris pourquoi – et une politique, tiens ! « 

Oui, deux fois oui, je réponds. Et le plus extraordinaire c’est que j’ai déjà répondu, exactement, en arrivant pour finir, au terme de mon petit livre La création, à un concept radicalement neuf de réalisation que je présente ainsi. Je le rappelle « Il aura fallu, étrange et rare alchimie, que les concepts et l’intuition s’enrichissent jusqu’à l’extrême perfection d’eux-mêmes et que s’établisse une sorte de silence logique, l’écho de l’âme qui s’aime d’un amour infini, la Vie comme une réitération de l’Esprit pur, le dialogue d’un nominatif absolu rêvant éternellement sa propre duplication, imaginant les scénarios de l’existence multipliée par le miroir des images. Mais qui a jamais témoigné de ce halo silencieux de pure lumière, nimbant le chant et les couleurs de la vie ? La méditation de la vie sera donc l’élucidation perpétuelle de l’intimité jumelle de moi … et moi, repos et mouvement à la croisée de l’existant et du non-existant. Consonance ou résonance du Seul multiplié des échos innombrables de son chant. Et puisqu’il y a autant de chants que d’instruments, il ne peut y avoir ni programme ni obligation ; il revient à chacun, quand il le peut, d’accorder son instrument à cette musique sans notes… Lorsque la connaissance extrême délivre l’amour, l’amour délivre la liberté. Ainsi naît la vie poétique… »

Pas de plan, pas de programme, pas de ‘commandement’, pas de règle, pas de consigne, pas de recette évidemment, rien de tout ça. Je ne prône pas l’évanouissement en quelque vie impersonnelle, celle d’une personne déjà morte ou pas en core née, surtout pas l’éveil à quelque instinct qui me dicterait, sans recul aucun de l’intelligence, ce que je dois…  Je dis plutôt, comme Stephen Jourdain : « veiller… » non pas en auto-observation introspective mais en attention, une observation lucide, et affectueuse aussi : ce n’est pas une sévérité de moraliste ou d’inquisiteur, « veiller » pour discerner les mécanismes de la ‘deuxième création’, cette machine idéologique à faire du faux faux-réel pour entamer cet excès, je vais parler comme ça, excès de peur ou de plaisir, vertige de la conscience devenue si aiguë par cet excès de remplissage d’elle-même. Veiller, discerner, et sans aucune intention, censure ou parti-pris, repousser et rejeter les conceptions erronées, les perversions de l’affirmation idéologique : « c’est comme ça, d’abord, et d’ailleurs ça doit être comme ça etc… »

Bien sûr, chacun est libre de choisir d’obéir à des règles, aux commandements d’une morale toute faite. Beaucoup ne sont pas libres d’ailleurs, pas libres du tout, la plupart en réalité, : le choix est fait pour eux, imposé. Ce n’est pas cette affaire là que j’invoque, une tragédie. Mais la liberté, je dirais volontiers cette fois, de paresse, et presque l’orgueil d’une soumission à un ordre supérieur. Ce n’est ni la liberté d’indifférence, ni le parti-pris d’ignorance, que j’abhorre. Mais que dois-je dire ici, et aujourd’hui ? Cela qui m’éloignerait tant de mon propos ? La veille dont je parle, qui s’instruit elle-même d’une réflexion, de comparaisons, pourquoi pas, d’une éducation – instruction disait-on simplement il y a quelques dizaines d’années – un discernement donc, animé de soi-même ; amour et respect, et espérance et courage, ces vertus que je n’ai jamais oublié de nommer: veille et discernement, et force (Krishnamurti avait dit pendant 50 ans je crois, d’un mot un peu malheureux : ‘passion’ !) et sincérité… Celui qui développe cela en lui ne répètera pas ses bêtises en tout cas, et il apprendra toujours, de tout et de tous, sur le chemin d’une perfection infinie et de tout accomplissement. Ce n’est pas petit : cela peut paraître modeste, mais augmenté du don, du partage d’une patience – comme j’aime ce mot, plus que passion ! – c’est une beauté qui s’élève et qui resplendit, le simple éclat de notre condition en réalisation d’elle-même. Et si vous voulez que je le répète sans lyrisme cette fois : une ‘petite musique’ – j’ai assez peu évoqué cette notion musicale qui se dégage d’une attention plus amoureuse à toute l’étendue des conditions – et cette ‘chose’, cette simple ‘chose’ comme disait Stephen Jourdain : « quand le vert est devenu vert » une fois de plus, découverte et non savoir, ressassement : embrassement de la vie dans la fraîcheur sans cesse renée de son apparaître miraculeux. Mais je suis reparti en lyrisme !