Phénoménologie et philosophie du langage, au plus près (1)

Suivant mon habitude, une bien mauvaise habitude, je m’enfonce depuis deux semaines dans la lecture et la méditation de livres assez disparates, rassemblés toutefois autour d’une thématique unique, celle du langage, de la parole, deux mots déjà pour deux orientations différentes. Jugez plutôt : au départ je me suis servi du manuel de France Farago sur le langage (1) mais ma lecture devant aboutir, c’était mon intention, aux clarifications propres à la phénoménologie, j’ai poursuivi des lectures de Marc Richir, de Claude Romano, d’Albino Lanciani – autant de livres souvent déjà cités -, une lecture d’articles sur Michel Henry (et le langage), et enfin, pour m’orienter en direction de la poésie, j’ai entamé le récent recueil d’articles d’Yves Bonnefoy publiés sous le titre de L’inachevable mais ceci, pour une réflexion ultérieure. Et je ne dis pas toutes mes intentions, et la justification finalement de mon propre choix d’exposé dans ces articles, car le sujet est vaste, avec des entrées multiples, des parcours nombreux à chaque époque de notre histoire – ce que précisément ces livres enseignent dans une confusion apparente, des discours même tout à fait étrangers les uns aux autres. Bien avant les grandes percées de la phénoménologie et de ses contradicteurs, philosophie analytique et cognitivisme, le problème du langage avait paru un problème central aux philosophes de l’Antiquité grecque. Et même un problème dont l’élucidation, du moins les propositions destinées à en cerner l’exacte portée, déterminait tout le développement de la philosophie. J’irai jusqu’à dire que les Grecs cette fois, non seulement fixent les termes de la problématique, mais déjà soumettent toutes les réponses possibles : cela va des présocratiques à Aristote. Mais c’est Platon qui problématise le plus profondément toute la question, même si la philosophie contemporaine qu’il inspire, en dépit de toutes les protestations reprises et répétées, parvient à une formulation bien plus convaincante, comme chez Michel Henry ou Marc Richir.

Et de quoi s’agit-il ? En quelques mots, et sans recourir aux terminologies savantes des dernières décennies, se demander si le langage, qui « représente la forme la plus haute de cette faculté inhérente à la condition humaine, la faculté de symboliser » (Benveniste), permettant de dépasser le règne immédiat de l’empirie, n’exerce pas également un pouvoir  d’illusion par diffraction des images réelles dans le prisme de la représentation langagière. Autrement dit, se demander si le langage qui est notre meilleur outil de représentation et de communication, de connaissance, n’est pas un instrument à double tranchant capable autant de révéler que d’occulter, voire de tromper ? Platon a fait des mises au point à ce sujet qui sont toujours d’actualité. Il héritait à la fois des enseignements appelés ‘pré-socratiques’, ceux de son maître Socrate bien entendu, et surtout de l’enseignement tiré des polémiques qui l’avaient opposé aux sophistes. Comme l’a résumé P.J. About cité par France Fargo : « Platon est dans la conscience contradictoire d’une double expérience due à un double héritage : celui de la manière ionienne de philosopher, ou la ‘physis’ est l’essence se dévoilant et se révélant – celui de la sophistique où l’être et le langage s’étant dédoublés, le langage devient ployable en tout sens. La thèse de Platon est l’expression de cette déchirure ; tout discours humain porte la marque d’une brisure, il dit l’être, mais il ne le dit pas comme il pourrait et devrait le dire. Le mythe du nomothète (législateur athénien) signifie qu’il y a un paradis perdu de la connaissance : celui où le mot avait toute sa densité ontologique – en langage heidegerrien, laisser être et paraître tout ce qui est… » Toutes les recherches de toutes les écoles de pensée qui suivront partiront de là et il serait fastidieux d’en faire un inventaire. Ce sera toujours la même tentative de mesurer au plus juste le rapport du discours à la vérité, par exemple avec les concepts de ‘signifié’ et ‘signifiant’ chez Ferdinand de Saussure à qui l’on doit une percée historique, de ‘sens’ et de ‘référence’ chez Frege, nouvelle avancée, de ‘dicibilité’ chez Wittgenstein qui sera le premier, au prix d’une critique féroce des ‘jeux du langage’ à marquer la frontière du sujet lui-même entre le monde des faits qui peuvent être appréhendés de logique sûre et le silence qui s’impose quand « on ne peut le dire… » Autant de conquêtes scientifiques, de clarifications et d’élucidations mais qui ne dissipent jamais l’aporie centrale. Sartre se lancera même, à sa manière propre, dans une nouvelle défense du sujet agissant, contre les thèses de Lacan et des structuralistes : « Pour moi, la pensée ne se confond pas avec le langage. Il fut un temps où l’on définissait la pensée indépendamment du langage comme quelque chose d’insaisissable, d’ineffable qui préexistait à l’expression. Aujourd’hui, on tombe dans l’erreur inverse. On voudrait nous faire croire que la pensée c’est seulement du langage, comme si le langage lui-même n’était pas parlé. » (cité par France Farago) Des travaux considérables de l’Allemand H.G. Gadamer comme du Français P. Ricoeur, sans oublier les analyses devenues célèbres d’un Merleau-Ponty, plus tard d’un Foucault, ont profondément enrichi la tâche herméneutique de tous ceux qui se sont engagés dans ce travail d’approfondissement, mais c’est la précision apportée par Husserl dans sa première Recherche logique que je veux finalement retenir ici avant de me limiter aux études d’une phénoménologie contemporaine.

Il m’est impossible d’apporter suffisamment de précisions concernant cette longue histoire et ces polémiques mais je crois qu’il faut retenir la thèse de Husserl : nécessaire, salutaire distinction entre ‘exprimer’ et ‘désigner’ car les mots ‘désignent’ seulement les choses et ne les ‘signifient’ pas. Pourtant une expression comme « une montagne d’or » a un sens mais pas de référent. Par contre, lorsque les objets sont bien présents, les deux fonctions peuvent se superposer. Claude Romano dans son récent livre sur la phénoménologie (1) fixe la difficulté comme telle, aujourd’hui bien décelable : « … toute intention (pour Husserl) de signification est un mode du rapport à des objets, elle est un acte nominal (objectivant) ou se fonde dans un acte nominal… Certes, au sens strict, il est faux de dire qu’une proposition nomme un état de choses, elle asserte que cet état de choses subsiste ou est le cas. Et pourtant, en un sens large, on peut considérer l’acte d’asserter comme un acte nominal dont le corrélat objectif est l’état de choses asserté… Cette analyse intentionnaliste de la signification aboutit à plusieurs problèmes. Puisque la signification réside dans le vouloir-dire – dans le contenu idéal de l’acte et non dans son contenu immanent – , le sens de toute expression est entièrement déterminé par l’intention de signification qui vient ‘animer’ les expressions contingentes d’une langue donnée, si bien que le sens de ce que je dis ne peut jamais me surprendre…. Le langage devient une pure combinatoire entre des éléments toujours idéalement isolables de leur contexte d’usage et qui demeurent identiques à eux-mêmes à travers toutes les occurences. La signification complexe d’un exposé n’est rien d’autre que la combinaison de significations simples… Puisque le sens réside dans le vouloir-dire, la compréhension ne peut être rien d’autre que la réactualisation de l’intention de signification du locuteur. D’où un platonisme qui se soutient d’un psychologisme résiduel. Du moment que le sens est une entité idéale-identique qui coexiste avec son expression, toute compréhension doit être un acte mental qui, à l’occasion d’une expression, appréhende cette signification… » (page 836) J’ai parlé d’une contestation ; en fait une vraie percée du plus redoutable scientisme, c’est le cognitivisme contemporain qui l’exprime largement, et dans les pays, on peut s’en douter, où la pensée analytique a connu ses plus grands succès. Albino Lanciani (1) l’expose en ces termes avant d’en faire la critique radicale: « Nous voyons à l’oeuvre tout au moins deux stratégies parallèles que nous pouvons qualifier d’abstraction et d’idéalisation et qui consistent dans l’attribution d’un sens au cerveau qui est tant ‘excessif’ que ‘réductif’… 1/ Lorsqu’on a décomposé le cerveau en neurones et l’activité du cerveau en relations entre neurones, il faudrait encore comprendre comment cette même activité peut devenir de la pensée… ou comment cette activité peut devenir une conscience… Mais évidemment la conscience n’est pas cela. Il y a donc une lacune, un saut entre les deux moments et la différence apparaît réellement qualitative et non quantitative. 2/ La modélisation (l’auteur a examiné les modèles mathématiques qui ont produit la cybernétique) laisse à l’extérieur les deux ‘comportements limite’ de la vie humaine : d’un côté le plus raffiné, l’intentionnalité, qui caractérise le sujet dans le monde, et l’autre, le plus effondré dans notre existence qui consiste dans ce qui n’est pas au niveau conscient, mais qui, en même temps, informe notre activité dans le monde… » (page 42/3) Reprenant l’argument cité plus haut de Husserl et s’appuyant sur les travaux plus récents de Marc Richir, l’auteur en vient à constater ce point : « pour la phénoménologie, l’identité symbolique entre teneurs de sens de pensée et teneurs de sens d’être fait problème, tandis que, pour la philosophie cognitive, cette question n’existe même pas… L’identité symbolique n’existe plus, à sa place il y a tout simplement la répétition aveugle et ânonnante d’une identité logique indifféremment matérielle (traces des signaux) ou immatérielle (virtuelle). (page 124/5) Ce qui conduit finalement l’auteur à dénier toute reconnaissance philosophique au cognitivisme et à ses efforts réductionnistes.

Si nous n’avons pas peur cette fois d’aborder le prétendu ‘tournant théologique’ de la phénoménologie française, nous pouvons voir comment Michel Henry est parvenu à surmonter les problèmes ici évoqués. C’est ainsi que Jean-Louis Chrétien, dans son article La parole selon Michel Henry (1) parvient à relier ce problème du langage à celui d’une reconnaissance inédite du sujet, de son identité : « Tout au long de son oeuvre, Michel Henry n’a cessé de critiquer les pensées qui faisaient surgir l’individualité de ce qui n’est pas un soi ou sur le mode du soi. L’ipséité est originaire ou n’est pas : elle ne vient à soi que depuis elle-même… C’est pourquoi la parole de la vie n’est pas linguistique : elle n’est pas un acte singulier d’expression qui s’exercerait à partir de signes et de règles préexistants, lesquels seraient le bien commun de tous. La parole de la vie est en moi, par laquelle je dis qui je suis et suis qui je dis, et donc de part en part singulière… La parole de la vie est au sens strict un idiolecte, une parole singulière et intraduisible dans un langage commun, parole de moi à moi où je vis ma vie en la disant. Et cette vie du vivant ne saurait, pour Michel Henry, être une participation à une dimension, à un élément, à un milieu, à une couche d’être impersonnelle qui serait la ‘vie’ hypostasiée de façon mythique et abstraite à la fois… Tout notre être, dans son ipséité plénière, provient du Verbe, la parole de la vie est ce dont nous surgissons corps et âme… Nous n’avons pas la parole, nous ne recevons pas la parole, nous ne nous dirigeons pas vers la parole, nous venons de l »unique Parole de vie, qui est le Verbe de Dieu… » (page 159) Ce que j’ai appelé moi-même l’antécédent absolu de tout ce qui existe… J’ajoute maintenant ces précisions apportées par Gabrielle Dufour-Kowalska sur l’immanence : « Dans l’immanence la Vie se lève comme Vénus émergeant de la mer, et son contenu n’est rien d’autre, selon la définition de Michel Henry, que celui de la Vie s’auto-générant dans une ipséité présente en tout vivant’… L’immanence, contrairement à un lieu commun de ses interprètes, n’enferme pas l’individu humain dans une tour d’ivoire. L’intériorité ‘hors-monde’ de la phénoménologie matérielle n’engendre pas l’autisme, mais instaure un nouveau régime onto-phénoménologique. Un autre monde, un ‘cosmos’, une ‘terre nouvelle’ et de ‘nouveaux cieux’ deviennent possibles, qui accueillent et domicilient dans la sphère intérieure, par principe ouverte sur l’infini, du moi et de son ‘éprouver’, tout ce qui n’est pas moi – les choses, autrui et Dieu – et leur confère sens et valeur. L’immanence mérite alors le titre de principe des principes, lequel se trouve substitué aux pures ‘conditions de possibilités’, dont le pouvoir de détermination universel apparaît dès lors suspect dans la mesure où il ne régit, en réalité, que la subjectivité intentionnelle et sa conscience d’objet. » (page 166) Plus loin, c’est Michel Henry lui-même qui est cité, dans un essai non publié de 1991 sur l’intersubjectivité, comme un rappel de son ‘principe des principes’ : « Comment le moi advient-il à lui-même ? Comme ce qui se sent et s’éprouve soi-même, de telle façon que le mode de ce ‘sentir’ et de cet ‘éprouvé’ ne donne rien d’autre à sentir ou à éprouver que ce sentir et cet éprouver eux-mêmes. Sentir et éprouver sont des manières de révéler, des modalités originelles de la phénoménalité pure. Quand sentir et éprouver révèlent de telle façon que ce qui est senti dans ce sentir, c’est ce sentir lui-même, que ce qui est éprouvé dans cet éprouver, c’est cet éprouver lui-même, alors s’accomplit la situation phénoménologique décisive dans laquelle c’est le mode de donation qui révèle qui se trouve révélé, c’est la révélation elle-même qui se révèle à elle-même, comme auto-révélation par conséquent et sous cette forme seulement. » (page 141)

Qu’on se souvienne maintenant de l’article précédent sur la refondation de la phénoménologie transcendantale par Marc Richir : « L’une des choses que nous avons gagnée est le lien intime entre les concrétudes phénoménologiques des schématismes (les Wesen sauvages) et l’affectivité dans ce que nous avons nommé les phantasiai-affections (désormais phantasiai pour alléger l’expression…) Si, dans les schématismes hors-langage, les concrétudes phénoménologiques sont pour ainsi dire des phantasiai ‘pures’ – qui ‘ressemblent’ à des ‘ombres’ (mais ombres de rien), à des ‘fantômes’ (mais fantômes d’aucun être) ou à des ‘feux-follets’ tout à fait immatériels -, et si ces phantasiai, dans leur dynamique affective et schématique, constituent le référent des phénomènes (donc des schématismes) de langage, il vient, d’une part, que les concrétudes de langage sont elles aussi constituées par des phantaisai, et d’autre part que, ces dernières devant se rapporter aux phantasiai pures, elles ne peuvent que les ‘percevoir’ de manière non intentionnelle ou plutôt infra-intentionnelle, donc constituer elles-mêmes des phantasiai ‘perceptives’ – étant entendu que la phantasiai ‘perceptive’ est un regard, et que le regard regarde un regard autant qu’il est regardé par lui, qu’il n’y a pas de regard seul, en quelque sorte solipsiste, puisqu’il se perdrait dans un voir que rien ne distinguerait du vu, puisqu’il serait errant, et puisqu’il ne serait dès lors pas ‘fixé’ et ne pourrait rien ‘fixer’ en lui…Restera à comprendre que c’est dans ces trajets étranges et paradoxaux d’ombres à ombres qu’il y a pensée, et donc naissance et formation du sens, lui-même infigurable, et n’existant que dans ce qui est aussi, par là, mouvement sans corps mobile ni trajectoire, de soi à soi… Il reste qu’il s’en dégage une sorte très étrange d’espace mental qui n’est précisément pas un espace, car il n’y a en lui ni point ni voisinage de point. Mais il y a écart, et écart comme rien d’espace (et de temps). Ecart en vertu duquel, dans ce champ, rien, qu’il s’agisse du schématisme ou de l’affectivité, de la phantasiai (‘perceptive’ ou ‘pure’) ou de l’affection, et même de l’imagination ou de l’affect, n’est en coïncidence avec soi. Champ d’écarts qui n’est pas non plus un système (ce qui supposerait des fixations, donc des points), mais qui est le ‘champ du dedans’ ou de l’intimité non spatiale, dont l’expression la plus élémentaire est celle de la ‘conscience archaïque de soi’ comme état de veille où le soi est en contact avec soi en et par cet écart comme rien d’espace et de temps… mais aussi bien où l’affection de soi est traversée de soi à soi – auto-traversée –  dans le mouvement même qui pousse tel Wesen sauvage schématique à ‘ester’ au moins comme ombre (phantasiai), vivacité éphémère et irisée d’un feu-follet tout immatériel et vacillant (l’affection n’est pas l’affect, elle n’a absolument rien de stable, elle n’est qu’une modulation ou irisation de l’affectivité par le schématisme, et il ne peut être question ici, vu l’indissociabilité de l’affectivité et du schématisme, d’auto-affection pure qui est une sorte de monstre métaphysique)… » (pages 232 et suivantes) Tout l’intérêt de la pensée richirienne surgit en fin dans sa conclusion qui nous orientera dans un prochain article : « On entrevoit … une part des bouleversements architectoniques que cela implique, cette fois pour la pensée philosophique tout entière. En tout cas, il va de soi que ce qui, dans ces articulations subtiles, non spatiales et non temporelles (quoique spatialisantes et temporalisantes), est en jeu, relève essentiellement de l’infigurable, échappe aussi bien, principiellement, à l’intentionnalité husserlienne que, plus généralement, à toute ontologie… Une difficulté… est de concevoir que l’infigurable, sans participer de quelque ontologie ou de quelque figurabilité peut lui aussi être très concret, voire, parfois, comme c’est le cas avec l’imagination, être plus concret que le figurable… Rendre au concret infigurable tous ses pouvoirs, c’est sans doute aussi redécouvrir la poésie, toute la poésie, et conduire, peut-être, à un autre mode de ‘réenchantement du monde’… » C’est ainsi que se trouve ouverte une nouvelle interrogation sur le langage poétique. Mais ne faudra -t-il pas aussi interroger les poètes eux-mêmes ? J’y arriverai donc dans l’article suivant.

(1) Je cite mes livres en une fois : France Farago : Le langage, Cursus, Armand Colin  (nombreuse rééditions) ; Claude Romano : Au coeur de la raison, la phénoménologie, folio-essais 2010 ; Albino Lanciani : Phénoménologie et sciences cognitives, Mémoires des Annales de Phénoménologie 2003 ; Michel Henry, Les Dossiers H, L’Âge d’Homme 2009 ; Marc Richir : Fragments phénoménologiques sur le langage, Millon 2008 

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