Pérennité de l’ésotérisme : deux figures

Etrange télescopage, l’année même de l’éveil – j’emprunte cette expression à Charles Juliet, sans rapport avec l’éveil au sens d’un mysticisme oriental ! – entre philosophie et ésotérisme. C’était en 1962, ma rencontre avec François Brousse, philosophe de métier, professeur, et ésotériste, ô combien, féru d’astrologie et d’occultisme, nourri des enseignements des plus grands maîtres d’Orient et d’Occident. Mais philosophe… Je ne sais plus pourquoi, je l’avais interrogé sur Brunschvicg, Husserl, et il m’avait paru embarrassé : c’est que la philosophie savante en dit moins que la profusion ésotérique, à condition toutefois de lire plus loin que ces mots qui n’ont jamais prétention à dire ce que les mots ne sauraient dire – profusion de symboles et d’images pour pointer vers l’infigurable de l’être et du destin, de l’absolu, et de cette singularité où je m’inscris tout entier vers la résolution de toute contradiction. Mais une contrainte assumée, du point de vue conceptuel, une exigence portant sur l’exactitude des raisons, lui paraissaient devoir m’aider, m’entraîner, sans m’étouffer, sans freiner mes élans. Je me destinais à des études d’Histoire et François Brousse me détourna vers la Philosophie, forçant presque ma conviction et mon engagement, avec même une promesse que je ne pourrais répéter ici. Cette nouvelle orientation lui paraissait une quasi-obligation pour moi, la voie royale, la seule qui m’accompagnerait jusqu’aux vraies questions et à leurs possibles réponses, à condition d’affronter le sans-limite, sans frontière. Philosophie et ésotérisme donc, aux périls de ce syncrétisme dénoncé par tous les beaux esprits. La Philosophie, ce serait bientôt la rencontre d’authentiques maîtres à Toulouse : Blanché, Bastide, Granel et en contraste, presque déchirant, comme un un écartèlement, la rencontre aussi avec Mikhaël Aïvanhov, une autre parole, une autre profusion… Quelque temps plus tard la rencontre avec Krishnamurti, cette fois-ci, la contradiction totale !!! Quelques mots donc à ce sujet.

Deux auteurs et aujourd’hui, deux livres récents pour pointer cette actualité de l’ésotérisme (1). Une actualité parce que l’audience de tels enseignements n’a jamais fléchi ; elle s’est même accrue tout naturellement à la naissance de ce mouvement qu’on appelle new age, sans doute d’une façon désormais péjorative mais pas seulement, puisqu’il s’agit bien de l’émergence d’une nouvelle culture au sens le plus large. « Nouvel Âge » dit bien ce qu’il veut dire : conception, projet, engagement spirituel, moral, politique aussi lorsque certaines communautés se sont réunies pour l’édification d’un modèle social radicalement nouveau, en Amérique notamment, communautés encore existantes à ce jour. On peut dater, c’est ainsi que je le fais, le commencement de cette époque à l’année 1962, à des évènements personnels – j’en conviens ici et j’en tiens compte – mais il faut citer la publication en Amérique du Printemps silencieux de Rachel Carson, le premier grand livre d’écologie devenu un best-seller ; le début des conférences de Krishnamurti à Saanen, la mort de Teilhard de Chardin à New-York et la diffusion de son oeuvre auprès du grand public, la publication du Matin des magiciens (Berger/Pauwells) en France et la naissance de la revue Planète qui eut un succès phénoménal. J’en passe aussi. Mais pourquoi n’ajouterai-je pas la thèse de Michel Henry qui date de cette année : L’essence de la manifestation, qui renouvelle totalement le paysage philosophique, même dans l’espace pourtant confiné de l’Université. Je ne l’ai pas su à l’époque, mais tout cela s’ajoutant, il y eut là incontestablement un tournant de l’Histoire, même si l’on peut estimer aujourd’hui qu’il a été sans lendemain. La ‘réaction conservatrice’ veillait au grain : on peut estimer à ce jour qu’elle est parvenue à empêcher le développement et l’épanouissement de ce mouvement. Malheureusement aussi, l’émiettement des ‘sectes’ comme on les appelle maintenant, l’incohérence souvent, la rivalité toujours, des ‘gurus’ et la pauvreté intellectuelle, philosophique, de la plupart de leurs discours ont conduit à cette impuissance ; échec à se faire connaître comme une ‘pensée’ nouvelle, une vraie alternative au modèle ‘moderne’ qui s’épuisait, à faire lever une puissance de conviction capable d’engendrer des croyances ordonnées et une éthique authentique, toutes radicalement neuves. Mais par ailleurs j’aimerais dire que cet ‘ésotérisme’ n’est pas né d’un seul homme ou d’une seule pensée, voire d’une seule tradition orientale ou occidentale. C’est un syncrétisme, et je n’y vois rien de péjoratif, dont le premier discours, inaugural du moins pour cette ‘saison’ de l’ésotérisme à notre époque, remonte à  Helena Petrovna Blavatsky qui bâtit une oeuvre assez colossale : sa Doctrine secrète fut publiée à Londres en 1888. Je crois d’ailleurs que tout l’ésotérisme contemporain, le ton si particulier qu’il a adopté pour la divulgation de ses enseignements vient en grande partie de Blavatsky et de la Société de Théosophie qu’elle avait fondée et qui existe toujours. Mais je dois noter par contre l’hostilité de René Guénon, initiateur d’un tout autre courant, qui dénonça rapidement la Théosophie comme une ‘pseudo-religion’ !

Je veux maintenant me limiter à mes deux auteurs, deux ‘enseignements’ qui illustrent au mieux cette pérennité de l’ésotérisme, le fond essentiel de son message. En citant Mikhaël Aïvanov le premier, je choisis une formule qui offre la marque la plus distinctive à mes yeux des règles de parole et d’enseignement de l’ésotérisme, le résumé de toute sa métaphysique. « Tout ce qui existe dans l’univers depuis le ciel jusqu’aux entrailles de la terre, tout ce qui existe dans les différents règnes de la nature, existe aussi en nous, les êtres humains… » « C’est la grande loi de l’analogie (…) suivant Hermès Trismégiste : « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire les miracles d’une seule chose. » On peut être embarrassé par ces notions de ‘haut’ et ‘bas’ : c’est ce qui est continuellement proposé au fil de ces pages, d’une part ce qui est plus directement accessible à l’observation commune, et ce qui est dissimulé au coeur des phénomènes, accessible uniquement à un examen approfondi, et pas seulement celui du regard scientifique, celui de l’étonnement poétique aussi, de l’émerveillement, de l’amour… « Je sais, certaines personnes me l’ont fait remarquer, le raisonnement analogique ne peut pas être considéré comme scientifique… Eh bien, justement, c’est ce qui en fait aussi la valeur. Pour notre âme et pour notre esprit la poésie est de la plus grande importance… » Ces liens multiples qui rassemblent tous les phénomènes de l’univers, toutes les réalités humaines et non-humaines constituent un monisme onto-théologique très particulier, qui n’est ni celui des sciences à leurs premiers balbutiements – je pense à ces premiers auteurs scientifiques encore influencés par l’ésotérisme : Pic de la Mirandole est un bon exemple – ni celui de la philosophie, si l’on n’oublie pas que celle-ci se constitue longtemps, avant la révolution cartésienne du cogito, entre concepts platoniciens et concepts aristotéliciens, voire de subtiles combinaisons des deux comme dans les théologies médiévales. Non, ici, la grande loi dominante est celle d’une universalité de correspondances qui autorise par conséquent tous les syncrétismes, le recours systématique au symbolisme, la révélation visionnaire au moyen de sciences secrètes des grandes lois de l’Histoire, supposant à la fois un déterminisme universel et la liberté que tous les ésotéristes, curieusement, revendiquent et j’y viens… Ces liens d’universalité se déchiffrent dans les lois du karma, de la réincarnation (voire de la métempsychose) dont la synchronie cachée est celle d’une évolution provoquée par le combat de tous temps opposant Bien et Mal, puissance divine et ambition luciférienne de désobéissance, de destruction ou d’obstruction à la réalisation du plan divin de la création – dessein qui n’est d’ailleurs pas toujours très clairement défini, hors les gnoses tardives mettant l’accent sur la connaissance. Cette totalité riche de tant de liens de parenté et de correspondances, c’est intéressant à noter ici, commande le plus souvent la non-violence et par voie de conséquence le végétarisme. Je le dis en passant pour prouver que l’ésotérisme se situe bien au-delà de ces disputes engagées aujourd’hui à propos de l’abattage animal – dit ‘rituel’ – qui est une survivance des obscurantismes hérités des religions primitives préoccupées du caractère sacrificiel des grands gestes de la vie : la donner, et la prendre aussi, une mystique barbare du ‘sang versé’ qui n’a plus sa place en civilisation.

Chez Mikhaël Aïvanhov par exemple le végétarisme est une règle strictement observée bien que la consommation de poisson soit tolérée : une précision est d’ailleurs apportée concernant cette ‘tolérance’ puisque les animaux vivant sous la mer n’évoluent plus comme nous… On voit à ce genre de détails dans quelle sphère de pensée et de jugement se situe l’ésotérisme. Mais je voudrais plutôt insister sur cette loi des concordances, ce qu’en dit Mikhaël Aïvanhov lui-même : « Toute la science ésotérique est fondée sur cette loi des correspondances qui a de multiples applications. Ainsi l’être humain représente un microcosme construit à l’image du macrocosme (l’univers). L’homme est infiniment petit, le cosmos est infiniment grand, mais entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, il n’existe aucune séparation, aucune rupture ; chaque organe de son corps est en relation avec une région du cosmos. Hermès Trismégiste ne dit pas que le monde d’en haut est absolument identique à celui d’en bas, mais qu’il est ‘comme’. Entre le haut et le bas, le grand et le petit, il y a des différences (densité de la matière, proportions, formes, couleurs etc…) mais il existe une analogie dans la structure et l’organisation. » Tous les mots de ce Dictionnaire qui compte pas moins de 600 pages sont des illustrations de cette loi : une réalité ordinaire, commune, en apparence sans très grande importante est reliée à une autre réalité plus complexe et plus riche et l’une authentifie l’autre. Sur le thème du mariage, autre exemple : « … comme beaucoup de nos comportements, de nos habitudes, le mariage a son modèle en haut, dans le monde divin. Evidemment, ce qu’est Dieu, l’Absolu, personne ne le sait. Il n’a ni corps ni apparence, mais pour se manifester, il a dû se polariser, et c’est grâce à cette polarité de l’esprit (l’époux) et de la matière (l’épouse) qu’Il a pu créer ; les deux pôles ont agi l’un sur l’autre, et toutes ces ‘actions’ ont donné naissance à l’univers. L’esprit et la matière semblent être absolument distincts, mais ils ne sont qu’une seule et même réalité ; s’ils apparaissent différents et même opposés, c’est qu’ils sont polarisés. » Cette spéculation se trouve illustrée par un exemple fourni de l’auteur lui-même : on le jugera abusif, ou on y verra la meilleure démonstration d’une logique globale confirmant la philosophie énoncée plus haut : « Le mariage est une question très vaste que l’on peut étudier partout dans la nature. Ainsi, la chimie, la physique, l’astronomie, la botanique, l’anatomie, la physiologie, etc… nous parlent sans arrêt de mariage. Prenons seulement l’exemple de l’eau qui est un élément tellement indispensable à la vie sur terre. Qu’est-ce que l’eau ? Un enfant né de l’union d’un père, l’oxygène, et d’une mère, l’hydrogène : H2O. Oui, et pourquoi l’union du 1 (O) et du 2 (H2) ? Parce que, symboliquement, le 1 est le nombre du principe masculin, et le 2 le nombre du principe féminin. » Et tout ce Dictionnaire d’égréner ces correspondances fabuleuses qui associent l’ordinaire à l’extraordinaire pour favoriser l’expérience d’un vécu du monde entièrement différent. 

C’est bien entendu ce qui se retrouve chez François Brousse, bien qu’énoncé de manière différente et d’un autre point de vue, plus spécifiquement ‘philosophique’. L’histoire de la philosophie y est souvent évoquée mais toujours englobée dans une histoire ‘fabuleuse’ et j’emploie à dessein ce mot une nouvelle fois. Les thèmes philosophiques abordés, qui sont ceux des manuels d’école, sont en même temps associés à des thèmes empruntés à d’autres cultures, d’autres traditons, orientales notamment. Par exemple le problème de Dieu, de l’âme, de la liberté, de la connaissance ou de la responsabilité, qui sont abordés de manière presque scolaire mais rapidement traités à la lumière de cet ésotérisme, parfois même un occultisme, tantôt le rappel d’expériences personnelles de l’auteur, des voyances notamment, qui nous situent bien loin d’une philosophie d’école. C’est une histoire secrète de l’homme et de l’univers qui se trouve constamment évoquée par des emprunts à toutes les traditions, à la littérature aussi – Hugo était un des grands inspirateurs de Brousse – et bien entendu à la philosophie puisque Platon, Descartes, Kant, Nietszche sont aussi appelés à la rescousse. Suivant la grande idée du Brahmanisme, l’univers est enfanté de la pensée d’un Dieu inconnaissable mais dont l’homme doit parcourir toutes les étapes de connaissance, de purification et de libération, une traversées d’innombrables épreuves, d’innombrables vies orientées par la loi universelle du karma (rétribution de tous les actes en bien ou mal) et l’aspiration de l’âme individuelle à s’unifier au Dieu créateur, principiel, infini. Il m’est difficile de citer tel ou tel passage qui révèlerait avec plus de force le caractère et la portée d’un tel enseignement – aujourd’hui. Mais je veux le faire, comme d’habitude, pour que la langue même des auteurs manifeste leur tempérament et traduise leur pensée. Ici je choisis ce passage sur l’acquisition des pouvoirs, liés à la ‘connaissance’ bien entendu, thème éminemment original et spécifique d’un ésotérisme : « Je pense que la découverte de l’univers doit se faire à travers une série de facultés ‘magiques’, pour aboutir en fin de compte à la conscience cosmique, parce que ces facultés magiques nous permettent de saisir dans son ampleur et dans sa profondeur le corps de Dieu, si j’ose dire. Dieu a un corps qui est le cosmos tout entier. Et à travers nos cinq sens nous commençons à en saisir une pâle lueur et une pâle splendeur. Mais avec les sens nouveaux, nous le connaîtrons plus encore dans sa puissance, dans son génie et dans son infinité. Je crois que cela va développer en nous un sentiment d’admiration et, en même temps, une connaissance infiniment plus grande des secrets et des mystères de l’éternité. Je ne sais pas si je me fais comprendre, d’autant plus que ces pouvoirs magiques sont en réalité des étapes. Ce qui nous importe… c’est la conscience de notre être personnel et de notre être divin. Il y a, comme disent les Hindous : Atma = Brahma, autrement dit, en nous, il y a une âme et cette âme immortelle est en fin de compte semblable à l’âme divine éternelle et parfaite. Nous devons prendre conscience de cela… » C’est une brève citation mais qui résume toute une pensée tout en signalant clairement sa particularité. François Brousse était poète aussi et il parvenait à exposer ses convictions avec plus de force encore dans des vers par ailleurs très semblables à ceux de son maître Hugo :

« Je vais vous révéler quelques sombres mystères / Un feu d’amour emplit les cieux / Une espérance fabuleuse emplit la Terre / L’oiseau de l’infini passe devant nos yeux.

La nudité de l’âme émerveille Cythère / Dieu plane sur le front des dieux / Notre esprit éternel gronde dans les cratères / Des volcans passagers et des soins anxieux.

Jamais ne périronts nos célestes egos. / Il suffit d’aimer et de croire / Le sourire de l’invisible est un ciboire.

Ceux qui prêchent l’enfer aux tigres sont égaux / Ils renaîtront parmi les bêtes / Mais la joie insondable enivre les prophètes.

Ciboire, in Le Graal d’Or aux mille Soleils 

J’ai dit que René Guénon avait été le premier à condamner ce type d’ésotérisme, privilégiant quant à lui une ‘métaphysique’ assez prudente pour se tenir à l’écart de toutes les magies, mais d’une ambition spirituelle également immense, elle aussi inspirée du Brahmanisme indien et du Soufisme musulman. Je note aussi que le dernier rejeton de la Société de Théosophie, celui qu’elle avait présenté comme le Bouddha Maïtreya de la fin de l’Histoire, je veux nommer Krishnamurti, avait lui aussi entièrement révoqué cette philosophie et ses croyances. D’autres maîtres contemporains ont tenu à observer la même ligne de conduite et Stephen Jourdain, récemment, s’amusait à dire : « J’ai autant de pouvoir qu’une poule », indiquant par là que la réalisation à laquelle un homme peut prétendre est d’une tout autre nature que les promesses grandioses d’un ésotérisme spectaculaire. L’imagination ici ne serait plus la grande faculté créatrice mais bien la ‘folle du logis’ qui entraîne notre perte. Dans son dernier livre, Paroles du Christ, Michel Henry, qui pourtant offre une interprétation également extraordinaire de ces paroles, écrit plus simplement : « Il existe une clé pour comprendre l’enseignement énigmatique du Christ. Cette clé ne provient pas de quelque savoir ésotérique, de mythologies archaïques ou de cosmogonies absurdes, elle se tient cachée en nous… » (page 34) L’enseignement de Michel Henry rejoint celui de Maître Eckhart : c’est un engendrement divin qui engendre l’âme à la connaissance d’elle-même, immédiatement, c’est là toute le ‘secret’, et à cette célébration Dieu lui-même ne saurait se soustraire car l’âme est sa demeure et l’oeuvre même de la Vie. Survient alors une précision inattendue, qui nous rappelle aussi Stephen Jourdain : « Où parle la vie ? Dans le coeur. Comment ? Dans son auto-révélation pathétique immédiate. Dans le coeur se tient tout ce qui se trouve édifié en soi-même selon cette structure de l’auto-révélation qui définit la réalité humaine : impressions, désirs, émotions, vouloirs, sentimensts, actions, pensées. Le ‘coeur’ est la seule définition adéquate de l’homme… » (page 234) C’est ainsi qu’une philosophie authentique, allant au fond de ses plus brillantes intuitions, peut révéler une vérité ultime infiniment grandiose et modeste à la fois. Cette vérité avait été déjà proférée dans l’Evangile selon Thomas qui promettait le Royaume à qui saurait provoquer en lui les métamorphoses de la conscience interne du monde et de soi-même :  » Quand vous ferez des yeux à la place d’un oeil, et une main à la place d’une main, et un pied à la place d’un pied, une image à la place d’une image… » (logion 22) Rien de grandiose, non, mais un renversement, un retournement, une metanoïa suivant la parole libératrice du grand Platon. Evoquant même ces disputes qui opposeront sectes contres sectes, entraînant toutes les grandes religions en d’interminables guerres fratricides, l’Evangile proclamait la libération par la seule vérité pure : « Et debout, ils seront monakhos… «  (logion 16) Il faudra bien que j’en termine par là.

(1) Ces deux livres sont les suivants : Dictionnaire du livre de la nature, analogies, images, symboles de Mikaël Aïvanhof – Editions Prosveta 2012 – et de François Brousse : Philosophies – Editions de La Licorne Ailée 2012. Les ouvrages sur l’ésotérismes et ses différentes écoles sont innombrables. Je recommande toutefois la somme produite par Pierre Riffard : L’ésotérisme et L’ésotérisme d’ailleurs dont il existe plusieurs publications chez des éditeurs différents.

PS : Des remarques m’ont été adressées par quelques lecteurs attentifs, intéressantes parce qu’elles relèvent dans cet article, à la fois, un intérêt plutôt admiratif pour l’ésotérisme – rené d’une remarque de Richir rapportée dans mon article sur le langage, là une intransigeante philosophie… – et une critique de fond, radicale même de ce type de pensée, de ‘représentation’ vaudrait-il mieux dire. Je sais bien ! J’avais même l’intention de rappeler un mot de Chogyam Trungpa, partisan d’un lâcher-prise sans concession, de la voie abrupte, qui reprochait à cette prétendue spiritualité son ‘matérialisme spirituel’ : c’est grave. Et je rejoins effectivement ce propos : il y a dans ces fables d’une histoire ‘fabuleuse’ du monde et des correspondances ‘magiques’ qui réunissent le tout du réel connu et inconnu, un anthropomorphisme assez primaire, voire infantile, qui le rend irrecevable, du moins aux yeux d’une spéculation philosophique ‘de métier’, c’est-à-dire très conceptuelle et irréductiblement rationaliste. Mais c’est aussi, d’après moi, une langue assez comparable à la poésie (je parle ici d’inspiration et de liberté), plus capable de traduire les ‘voyances’ d’une intelligence libérée des contraintes de la rationalité, du concept moderne de monde ou de personne. C’est une langue qui maintient ouverts d’atres horizons, compréhensibles par tous, qui pourront cheminer plus aisément tout en étant également avertis des périls de la Voie. L’ésotérisme comme un autre élan de connaissance et de liberté, mais une exigence pas moindre, une attention non moins aiguë portée à notre pouvoir personnel d’obnubilation, d’erreur et même de tromperie – une exigence encore plus grande peut-être. Je tenais à apporter cette précision. 

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