La haine de la ‘preuve’ ?

La haine de la preuve ! Je veux dire la haine viscérale qu’inspire aux non-philosophes ce concept de ‘preuve’ ! En un jour j’ai reçu une pluie de reproches et de moqueries comme jamais ! Et pourtant, en parlant de ‘preuve esthétique’,  j’avais voulu désigner la force d’une impression plutôt que l’éloquence ou la pertinence d’une démonstration ; une vérité ressentie dans l’immédiat, totalement englobant ; une réalité sans exclusion, où l’éloignement de la sensation n’inspire nul ressentiment de séparation ! Mais mes allusions littéraires et philosophiques – le tort que j’ai de ne pas les exclure à jamais – ont entraîné l’effet inverse. Mon astuce est pointée du doigt : j’ai voulu administrer une preuve ! J’ai tenté d’expliquer – une fois de plus n’est-ce pas ? – et tenté d’administrer une preuve, voilà toute ma faute !!!

Quand tout mon propos, et je viens de me relire, vise à l’inverse. Je décris l’évidence riche du bouton de rose (couleurs et formes) pour donner la mesure de la force de cette impression soudaine qui avait valeur de preuve – preuve que je répudiais dans son acception habituelle, mais par d’abusives et insistantes citations d’histoire de la pensée – et on vient me redire que la beauté de la rose se suffit d’elle-même, « sans pourquoi ». Oui, certes, « sans pourquoi », et je ne m’appuyais pourtant ni sur un savoir botanique, ni sur une croyance ou une affirmation théologique. « C’est là : fini » dis-je ! Ainsi  j’exprimais mon « sans pourquoi » comme je l’avais éprouvé à cet instant. Mais c’est encore « trop de mots » comme me l’avait reproché un jour un lecteur féru de lacanisme !!!

Mon amie lectrice de Thann me reproche même, comme un défaut rédhibitoire, de retomber dans la vieille ornière du dualisme ‘regardé-regardant’. Mais c’est que le monde est ainsi : une dualité manifeste, une existence qui s’exprime en pré(s)ence : être-dehors, être-devant ! C’est la réduction eïdétique qui est un acte d’héroïsme philosophique pur qui permet seul de distinguer l’irréductibe sentimus du nos videre – la grande découverte de Descartes sur laquelle Michel Henry insiste tant ! Et je lui réponds :  » Mais voilà, nous sommes sur le fil du rasoir : il peut sembler ici que je penche un peu trop du côté d’une dualité regardeur-regardé, mais sans ‘regardeur’ la rose n’existe tout simplement pas. En elle-même elle n’est rien du monde (rien de rien !) : elle existe dans le monde qui existe, oui, en moi et par moi, monde régi par la conscience, ‘ma’ conscience : c’est le mystère de la création ! Et cela, Silesius le savait bien : il suffit de relire les extraits que j’ai soigneusement choisis dans le Pèlerin Chérubique et que j’ai publiés dans le Dit de l’Impensable. Le ‘repos’ seul, et notamment appréhendé par l’intelligence discursive, est néant ! Mais maintenant, posons-nous la question : tous les mots pour ’le’ dire (le mystère, le secret !) sont-ils de trop ? Cela en vaut-il la peine ? Mais pourtant ce qu’exige le jeu (je-u), le propre de la création, quid ?  » rappelons-nous : Stepehen Jourdain le savait si bien : ne pas se prêter à une interprétation déformante, mais néanmoins, en utilisant nos mots, en cédant à l’inévitable ‘bétonnage’ prendre risque !

Mon ami canadien qui, lui aussi, a voulu appuyer là où il croit que ça va faire mal, m’écrit le même jour pour me déclarer d’abord : « le géranium avait un petit plus d’authenticité! » mais il en vient à cette interrogation-là, la remarque même que j’adresse en réponse à mon amie citée plus haut : « Mais qu’est-ce que la véritable philosophie sinon cette quête désespérée de transmettre cette preuve « esthétique » à des individus dont la sensibilité s’y refuse. Donc d’une certaine façon cette preuve est bien la fin. Si l’évidence se dévoile évidence, pourquoi continuer à la chercher? Lorsque l’image se révèle lumière, pourquoi se prétendre en quête de l’aube? » Nous y sommes ! Mais qui était en quête de l’aube quand la lumière se révèle dans l’image même et abolit l’histoire ? Apprendrons-nous jamais que l’éveil est une veille attentive et permanente : ce ‘mouvement’… ‘passant’ ! L’aube comme un enfantement permanent de moi-même ‘témoin’ (en ‘mouvement’ et ‘repos’) à chaque instant ! Alors cette fois je ferme boutique ? Ou je continue le jeu, l’exercice périlleux d’une éthique de parole poétique ? Ce qui veut dire d’une attestation de vérité au plus près de l’acte miraculeux de cette création perpétuée ? Le péril d’une parole ‘poétique’, d’un ‘dit’ de la création ?

PS : « Ceci n’est pas une explication ! » – Et je n’ai pas parlé de « haine de la philosophie » !!!

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