Les routes de l’été 2013 : Jura

Le Jura offre maints visages que je connais bien, le plus connu étant celui de hauts plateaux assez austères, de forêts de sapins d’un profil bien particulier, avec cet horizon de montagnes ‘jeunes’ aux sommets moins aigus que ceux des Alpes voisines. J’étais en villégiature il y a peu à Bief des Maisons près de Champagnole, et j’y découvris en ce début d’été une campagne très verdoyante, fleurie, gaie en un mot, animée par les sonnailles des troupeaux paissant partout dans les champs. J’allais cette fois vers ces cours d’eau qui avaient été si abondamment approvisionnés par les pluies récentes, visitant la source mystérieuse de l’Ain et les divers lieux de ses ‘pertes’, quand la rivière disparaît soudain dans des failles rocheuses pour réapparaître plus loin… C’est ainsi que j’ai pu surprendre quelques scènes d’abondance, de la lumière, de l’air, de l’eau vive, et si mystérieuses au creux des ombres de la forêt qu’elles me rappelaient la légende de la vouivre, le serpent fantastique qui cache un trésor inaccessible, attirant néanmoins les plus aventureux à sa conquête. Il y a une magie de la nature, c’est bien le mot, qui exerce un terrible pouvoir de fascination sur l’imagination des hommes : à la fois rappel de leur origine élémentaire, sauvage, et entraînement à se retrouver par symboles interposés dans une figuration plus féerique que réaliste au sens moderne du mot, capable de signifier plus et mieux ce que nous sommes dans l’univers qui se crée à chaque instant de conscience. Il y a pour ainsi dire deux provocations contradictoires de l’esprit ; celle de tout réduire à des objets quantifiables qui se prêteront ainsi à nos guises, et celle de magnifier l’apparition d’êtres qui ne se contiennent dans nulle détermination contrainte, qui échappent même à notre volonté propre. L’image a ce pouvoir d’évoquer notre liberté, d’une curieuse ambivalence, celle qui s’asservit elle-même dans ses déterminations, dictature d’une intelligence objectivante ; celle aussi de cultiver un art de la délivrance qui nous garde dans l’espace infini qui est la demeure véritable de la Vie. Et ne s’agit-il pas, je pense, d’un unique destin ?