Une spiritualité sans image – mais quelle image ?

Cela revient à préciser ici, dans ce contexte de pensée et d’expérience radicalement neuf, ce qu’est l’image. Et je l’ai déjà dit, non seulement en exposant largement et en détails tout le sens des enseignements jordaniens, mais en l’éclairant par les enseignements de gnoses plus anciennes comme par ceux des nouvelles explorations de l’esthétique contemporaine, qui portent tous sur la définition du regard, de la représentation, de l’imagination. J’ai abordé dernièrement certaines thèses du néo-platonisme ; j’insisterai aujourd’hui sur la vérité de cet énigmatique logion 22 contenu dans l’Evangile selon Thomas. Celui-ci est, à mon avis, un texte qui prolonge, en la bouleversant, la tradition judaïque, et tout autant un texte d’inspiration philosophique, sagesse hellénistique héritée des gloses entremêlées de Platon et d’Aristote. Il éclaire, nous allons voir, deux conceptions diamétralement opposées de l’image et c’est la clef de toute notre interprétation, toujours à signifier de nouveau : « une image à la place d’une image », qui est au coeur de la compréhension libératrice. Son complément, aboutissement et conclusion de tout un enseignement, se trouve exprimé dans le logion 83 que je rappellerai également. L’image revient aussi dans les logia 50 et 67, les plus explicites, je m’en suis aperçu dernièrement. C’est dire qu’il y a bien de ces propositions qui peuvent séduire intellectuellement, et les mêmes, parvenues à un certain point de lecture, qui peuvent ‘bouleverser’, provoquer cette métamorphose de l’intelligence qui redessine entièrement les contours de la personne que ‘je suis’. Je ne dis pas ses contours physiques, mais bien ceux de l’intériorité vécue, de la subjectivité rédimée par la connaissance. Je peux déjà me résumer tant il est vrai que le contraste est fort et éclairant entre ces mots qui disent la vérité, qui la révèlent, et ces mêmes mots qui l’occultent le plus souvent et nous égarent. Il faudra parvenir à faire passer le tranchant d’une discrimination qui sépare finalement le mensonge de l’image, quand elle prétend reproduire fidèlement l’objet qui me confronte, mais en se soumettant à un schème logique inavoué le plus souvent, et la vérité de l’image qui suggère ou manifeste symboliquement le modèle invisible qui ne s’éloigne jamais de sa lumière matricielle. Ce serait vrai finalement de tout concept, de toute production de l’intelligence et le propos, dans ce cas, rejoint celui de toute la gnoséologie

Il y a bien évidemment un contexte de la question de l’image telle qu’elle se pose depuis des siècles. Et ce n’est pas remonter aux Grecs qui suffirait cette fois. Il faudrait aborder la question de l’idolâtrie, comme elle est envisagée à la fois dans la tradition biblique puis judéo-chrétienne, celle qui donna lieu à des crises sanglantes ; et la tradition grecque, la fameuse opposition sur le thème de l’imitation entre Platon et son élève Aristote. Somme toute, c’est toute l’histoire de la querelle des images qui se trouverait ici illustrée et justifiée dans toutes ses articulations les plus contradictoires. La question est immense, et immense le champ de prospection, compte tenu de la diversité des aspects de la querelle évoluant au cours des siècles, de la diversité des cultures, des traditions, et des auteurs bien entendu. Je ne me sens plus ni le goût ni la force de jouer au professeur. Je renvoie donc aux livres d’Alain Besançon et Régis Debray qui étalent ce panorama formidable d’une histoire des idées et donc de la civilisation. Je renvoie également au maître-livre de J-J Wunenburger sur les images et aux résumés d’esthétique publiés par Marc Jimenez. (1) Je m’en tiendrai ici au rappel le plus élémentaire des arguments avancés par ceux qui s’efforcent de donner légitimité à l’iconoclasme et par opposition, ceux qui justifient le recours aux images, qu’on appelle aussi les iconodules. C’est une mise au point, avec tous ses prolongements philosophiques, qu’on trouve aussi dans le Dictionnaire de l’Encyclopédie Philosophique des PUF que j’ai fréquemment citée. En quelques mots ici : l’iconoclasme recommande, quand il ne la commande pas de force, la destruction des images dont la vénération inciterait à l’idolâtrie. Le reproche se trouve diversement exprimé dans les cultures et traditions qui l’ont adopté. Cela va du tumulte des premières exégèses bibliques aux destructions commandées par les révolutionnaires français, puis marxistes-léninistes plus tard, en Europe comme en Extrême-Orient. Mais une violence encore plus grande, à nouveau sous nos yeux ces temps-ci, se produit quand l’iconoclasme enflamme le rigorisme fanatique de conceptions religieuses qui écartent sans nuance les intermédiaires entre l’Absolu transcendant, Dieu, et la créature humaine. L’iconodulie par contre, un mot forgé quand la querelle éclate à Byzance au 8ème siècle, se déclare favorable aux images qui peuvent servir d’intermédiaire entre Dieu, ses saints, et les créatures qui trouvent en elles un objet pour conduire leur vénération. Mais Jean Damascène, par exemple, un des premiers à avoir éloquemment pris le parti des images, recommandait la plus grande vigilance pour que jamais ne soient confondus le support matériel de l’image – à l’époque, le plus souvent, une icône, mais aussi la croix… – et les personnes sacrées de la liturgie. Les arguments, de part et d’autre, ont atteint des sommets de raffinement dialectique, de ‘byzantinisme’ comme on l’a dit aussi à propos de la querelle du filioque. Je citerai au passage les recommandations du Concile de Nicée II (787) ; ce seront les mêmes qui seront reprises à d’autres occasions en défense des images. « … attribuer aux icônes baiser et prosternation d’honneur : non pas la vraie adoration selon notre foi, qui convient à la seule nature divine (…) leur amener de l’encens et des lumières, selon la pieuse coutume des anciens. Car l’honneur rendu à l’icône atteint le prototype et celui qui se prosterne devant l’icône se prosterne devant l’hypostase de celui qui est inscrit en elle… » Un monde passé croit-on ? Je n’insisterai pas en donnant des exemples d’actualité. D’ailleurs, chacun peut explorer en lui-même ce glissement affectif qui conduira à aimer plus l’image, son dessin, que ce qu’elle représente. Dans le domaine religieux le péril engendré de cette séduction est immense, admettons, mais l’esthétique contemporaine a repris les termes de la question à nouveaux frais, et dans un débat qui n’a toujours pas pris fin concernant figuration et/ou abstraction. Je vais tenter de m’en tenir à un examen plus strictement métaphysique, en évitant soigneusement les spécieuses subtilités de la querelle théologique.

La controverse des images, je viens de le dire, occupe une place prépondérante dans toute l’histoire de la pensée, des concepts qui la dynamisent. Elle renvoie à la fois aux notions de Principe, Dieu ou Nature, et de personne, sujet pur ou objet doué de conscience. Les logia de l’Evangile selon Thomas auxquels je reviens pour les examiner plus longuement ne sont pas ‘la’ révélation puisqu’ils se situent pour ainsi dire au centre de cette longue histoire, au moment où l’hellénisme se métamorphose au contact de nouveaux enseignements venus d’Orient. Mais ils illustrent bien le débat et en formulent une résolution qui pourrait nous en donner toute l’explication finale capable d’ouvrir une spiritualité radicalement neuve. Le problème, le cœur de la question, se trouve clairement formulé dans le 83.2.3 : « Les images se manifestent à l’homme et la lumière qui est en elles est cachée. » Rien de difficile à comprendre ici ; la matérialité même de l’image, son dessin et sa couleur, son pouvoir suggestif, sont autant d’obstacles au passage de la lumière pure. C’est une pureté qui se trouve polluée, obscurcie, par l’opacité des conditions de sa propre manifestation. La suite du logion se comprend par contre plus difficilement : « Dans l’image de la lumière du Père, elle se dévoilera et son image sera cachée par sa lumière.  » (83.4 à 6) Pour moi, et je le répète ici une fois de plus, il est une image plus fidèle qui reste capable de transmettre et de révéler la lumière du Père, du Principe. Elle ne tire plus sa puissance d’expression d’une mimétique des choses sensibles, comme elles s’accordent à l’expérience commune, mais à un sentiment plus profond où la donation s’accorde à elle-même en totale légitimité de manifestation d’une lumière qui, sinon, serait invisible et même inconcevable. C’est la finalité, le sens même de la manifestation, d’exposer la lumière et, dans la perspective la plus juste, de s’effacer en quelque sorte pour la rendre manifeste. C’est très paradoxal. L’image ne disparaît pas, ne s’anéantit pas, mais dans la juste exposition de la lumière, elle la délivre au grand jour et accomplit ainsi la vocation de toute donation : exposer, rendre visible, accorder (je l’ai dit : ‘comme un instrument de musique’) à l’épreuve de ce qu’il faut bien appeler dualité puisqu’il y a expérience. Le logion 84 que j’avais rappelé à propos des modèles donne aussi un relief particulier au mystère : « Les jours où vous voyez votre forme… » Deux fois il est dit « voir » et pourtant on ne voit pas de même manière la forme qui se matérialise – à vos yeux – et le modèle qui demeure à tout jamais exempt d’existence – intuitivement ! C’est pourtant bien de « voir » qu’il s’agit. Où faut-il donc mettre l’accent ?  S’agit-il d’un concept, d’une image dématérialisée, d’un pur produit intellectuel, ou de cette forme qui impose sa présence au royaume mesurable des choses du monde ? À mon avis, c’est le logion 22 qui nous offre réponse, réponse originale unique, bien qu’encore une fois, paradoxale. À la question portant sur le lieu même et la constitution du Royaume, le Maître répond : « Quand vous ferez le deux Un, et le dedans comme le dehors… et le haut comme le bas… une image à la place d’une image… » C’est dans l’énumération de ces différentes formules qu’il apparaît fortement que l’Unité ne se résume pas à la suppression des différences formelles ou leur intégration dans un milieu informe, mais bien plutôt qu’elle tient à l’éviction des différences logiques. L’Unité paraîtrait plutôt dans la diversité même – d’où la multiplicité des exemples donnés – diversité qui ne va pas augmenter la dispersion mais faciliter l’épreuve de l’unité ou, si l’on préfère, de l’unicité du Principe qui demeure cette « lumière qui se manifeste dans les images ». Dans l’affirmation logique d’une différence qui sépare absolument, dans l’affirmation exclusive d’une totale réification de toute donnée du paraître, la lumière est cachée par la définition péremptoire des objets. Au contraire, dans l’épreuve spirituelle de l’unité des formes de la manifestation, toutes mises en œuvre d’un seul élan, d’une seule source, une unité substantielle apparaît qui rassemble toutes les images en une seule symphonie universelle. C’est un changement de point de vue, une conversion, une métanoïa. « Rien n’a changé ; tout a changé » : formule magique et merveilleuse qui traduit d’un mot ce qu’on appelle l’éveil, en Orient comme en Occident, quand la manifestation devient lieu de révélation et non plus d’occultation.

Comment tracer, interroger une nouvelle histoire de la peinture, s’orienter dans une nouvelle définition de l’esthétique en général, et du Beau en particulier, créer cette perspective qui reconnaisse l’image qui révèle – et que cela peut-il vouloir dire exactement en parlant d’une image peinte ? – et dénonce l’image qui occulte, qui cache. Disons de suite : une fois l’intention de mimésis, de simple copie écartée ! Et que dire aussi des images intellectuelles : abstraction philosophique, image non-figurative, musique ? Elles éludent souvent les termes de la querelle – et pourtant quels concepts, quels livres reconnus sacrés nous tyrannisent ! – ou proposent à l’élection d’une unique voie royale comme la musique chez Schopenhauer. En me limitant à l’image proprement dite, j’ai prétendu que les lionnes de la grotte Chauvet, un art vieux de 30 000 ans ; les kouroï de la Grèce archaïque ouvraient cette histoire de l’art, ouvraient cette première page de l’Histoire des hommes depuis la plus haute antiquité, et même ‘préhistorique’ : pourquoi ?   Si j’en reviens une nouvelle fois à l’esthétique de Michel Henry (dans son Voir l’Invisible, Kandinsky), elle-même reprise et précisée par Rolf Kühn (jusque dans son dernier livre L’abîme de l’épreuve), je sais que telle esthétique rejoint une spiritualité dont elle est la plus fidèle illustration, qu’elle a donc la consistance culturelle d’une épreuve de soi comme ipséité offerte à l’épreuve de soi en la personne consciente vivante que je suis. Tout cela a bien été assez dit dans les pages de ce blog. Cela veut dire que telle image qui me re-présente, puisqu’elle s’ajoute au fiat originel qui me fait vivre, doit se délester de tout ajout idéologique, de toute émotion qui trahirait le pur sentiment de paraître (sous-entendu, adonné au ‘jeu que la Déité se donne’), l’affect créateur de soi-même adonné à soi-même, à sa co-naissance. C’est une limpidité qui devra être recherchée, une transparence, une pureté même sans qu’il ne soit rien ôté non plus du sentiment évoqué plus haut, celui qui accompagne l’existence, son éclosion en conscience, particulièrement dans le vis à vis de son altérité, favorable ou redoutable. Je reprends mon exemple : les lionnes de la grotte Chauvet, prêtes à bondir, toutes tendues dans leur visée, sont une illustration quasi parfaite de tout dessein de l’art appliqué à nous montrer la vie en son éploiement originel, le plus authentique. De même, le kouros grec est une silhouette purement humaine, sans aucun vêtement, sans attitude particulière, une sorte d’archétype ici volontairement figé et à la fois prêt à tout mouvement de vie ; plus qu’ébauche de vie, le ‘patron’ en quelque sorte de toute vie possible, l’image à peine née de son invisible principe. Ce sont quelques normes faciles à définir, à respecter, des mesures qui ne tromperont jamais : ainsi une vierge raphaëlienne paraîtrait moins ‘vraie’ qu’une femme de Caravage, et les jeunes femmes de Renoir bien plus authentiques que les Raphaéliques anglaises, les si bien nommées. Quelles normes, oui, mais quels critères de lecture au parcours d’un style à l’autre, d’une école à l’autre, d’un ‘âge’ de l’art à l’autre ? Et quand l’intention primitive de l’artiste aura été perdue, son ouvrage éloigné du lieu où il était destiné à offrir son rayonnement, du temple au musée, comme on l’a assez dit depuis Malraux ? On devra apprendre à lire l’image même, comment elle a pris corps dans la composition de tous ses traits, comment elle s’est étoffée de détails ajoutés, comment pour augmenter la force du récit, mais d’une éloquence sans arrière-pensée sinon celle d’une lisibilité inspirée de sincérité, de bonne foi, celle qui montre sans dé-montrer. On devra par soi-même éprouver la mise en œuvre, le ‘comment’ de sa propre émotion et de la signification qu’on lui accorde. Mon autre exemple : un tympan roman, effrayant, terrible, mais tellement plus fabuleux que le même en pré-renaissant, élégant, presque flatteur… (2) Je veux insister : si procédé il y a, et insistance à le rendre le plus éloquent possible, il doit aussi porter la marque de son propre aveu, celle-ci sans dissimulation, pour que la vérité trouve la place qui lui revient dans le regard qui l’interroge. Ni ‘secret de fabrication’, ni intention idéologique visant un endoctrinement : la restitution d’un jaillissement comme la vie le provoque, avec l’accent d’une émotion sans fard ajouté, comme la vie s’entend à la produire d’elle-même. Sans ‘isme’ volontaire : ni réalisme, ni idéalisme non plus. Et nous avons bien vu qu’il est une abstraction inspirante et qu’il en est de spécieuse et mensongère. C’est ma propre sincérité qui saura le mieux discerner, ma faim de vérité mariée à ma soif de beauté ! C’est ma responsabilité (dira-t-on : spirituelle – c’est bien nouveau…) qui s’y engagera.

Mais, revenons-y, la clef la plus sûre se tient peut-être en une spiritualité sans image. C’est ce qu’aurait voulu dire Stephen Jourdain avec sa formule tronquée « l’idée se… », formule qui résumerait tout l’Enseignement. Il n’arrive rien d’autre que l’efflorescence d’idées et parce que je les écris au pluriel, je peux dire aussi arborescence d’une seule idée multipliée par son existenciation miraculeuse au prisme de ses apparaissances, de ses ‘figures’ précisément. Miraculeuse parce qu’elle est l’Idée d’Un Seul appliqué à sa réflection : sans raison ni prix. Valeur infinie plutôt. Mais l’idée se désigne une unité particulière qui est ici explicitement désignée comme celle d’une non-existence pure comme telle, pas même angélique, et de la personne qui l’incarne, un mot qui prend ici maintenant un poids énorme. À ce point que me revient la formule de Nisargadatta que j’ai si souvent citée : « Comment suis-je moi une personne et Moi l’Absolu ? » On aura compris : dans le contexte précédent, la question était : comment l’image peut-elle signaler l’idée, pointer sans trahir dans sa direction, s’accomplir en libre apparessence ; ni dissimulation ni distorsion, de manière à ce que l’idée se.  Sans perte non plus. Autre raccourci offert par la tradition même, celle à laquelle j’ai si souvent recours, l’explication, et plus encore, par le logion 67 de l’Evangile selon Thomas : « Celui qui connaît le Tout, s’il est privé de lui-même, est privé du Tout. » Sans ce témoin qui semble aussi l’agent de toute l’opération, agent responsable, et de lui-même et de la conjonction appropriée entre image et lumière qui légitime la création, tout est gâché ! Sans cette image qui ne cache pas, qui favorise plutôt le passage de la lumière, son exhaussement de manifestation. Autrement dit aussi : Il y a de l’Esprit pur et (« nécessaire » comme l’avait dit Maître Eckhart) mise en ‘je’ – qu’il faut entendre effectivement comme un jeu – nouveau rappel de Silesius dont la formule nous fait toujours violence. Le rappel du logion 50, également bien souvent cité, s’impose aussi : venus de la lumière, nous sommes ses fils, plongés dans cette histoire qui est ‘mouvement’ quoique sans éloignement du ‘repos’ qui demeure substance et source et vie manifeste. Ici il est un concept également cher au Maître rhénan : la conjonction, et si l’on tient à désigner un acte : conjugaison ! Je peux bien accorder une place à la formulation d’un non-dualisme (compris maintenant en profondeur) qui stipule vigoureusement cette suprématie de la lumière occultant l’image capable de la ‘cacher’, mais faut-il croire que celle-ci se soit si entièrement estompée au profit de celle-là qui l’aurait dévorée ? Je vais revenir prochainement aux grandes thèses classiques de cette école de pensée ( et à la thèse d’Olivier Lacombe qui, le premier et mieux que personne, en son temps, a éclairé la complexité du problème dès l’antiquité shankarienne) : pensée qui semble bénéficier de tant de faveur auprès de nos contemporains. Je m’en tiendrai pour conclure ici à la formule formidable de Stephen Jourdain : l’idée se, qui admet tacitement deux épreuves de la création, l’une qui s’interprète en non-dualité : l’idée se comme l’idée seule, et une autre en dualité d’expérience et réalisation qui autorise la réflection – c’est ainsi qu’il faut l’écrire –  où s’origine toute l’apparaissance, à la fois splendeur de ma condition et péril d’une existence où toute l’horreur reste possible à l’égal de ma grandeur principielle. C’est un acte d’une haute portée métaphysique et pratique qui va m’engager à la vie poétique, fidèle au dessein de la création, ou m’entraîner par glissements successifs de conscience à toutes les misères d’un aveuglement peuplé d’images trompeuses.

(1) Alain Besançon : L’image interdite, une histoire intellectuelle de l’iconoclasme ( Fayard 1994) – Régis Debray : Vie et mort de l’image (Folio-essais 1994) – Jean-Jacques Wunenburger : Philosophie des images (PUF 1997, réédité et toujours déjà épuisé !) – Marc Jimenez : Qu’est-ce que l’esthétique ? (Folio-essais 1997)

(2) Je renvoie à mon article du 4 décembre 2009 et à tous ceux qui en accompagnent la réflexion.