Ce que j’ai voulu dire (2)

Pour donner plus de poids à mon article précédent, je me citerai une nouvelle fois moi-même, et ma méthode va changer puisqu’il n’y a pas, j’espère, de contradiction à exploiter. Au contraire, je chercherai plutôt à enrichir ma perspective, à affermir mes propositions. Comme je l’ai écrit, mon petit livre sur La création, édité en 2003 par les bons soins de l’Association 379 à Nancy, expose déjà bien suffisamment les ‘thèses’ que je me suis appliqué à illustrer pendant les douze années suivantes, et notamment dans mes blogs Connaissance du matin et Jeudemeure, celui-ci, d’ailleurs, en reprise du précédent à partir du 19 février 2009, date du décès de mon grand ami Stephen Jourdain. Par exemple, je le dis en passant pour souligner cette fidélité de principe : jeu-demeure, d’abord un souvenir d’Apollinaire, renvoie à la notion de jeu que j’ai rappelée dernièrement, marque supérieure de l’existence bien comprise, comme un jeu, et en même temps, demeure le principe inaltérable que je peux aussi bien appeler Dieu ou Nature comme Spinoza avait tenté de le démontrer dans son ontologie géométrique. Moi-même, j’ai préféré écrire Deus sive persona, histoire encore d’enfoncer mon clou ! Faudra-t-il plus tard que je réunisse mes principaux articles pour en faire le gros livre définitif que beaucoup attendent dans l’espoir de se convaincre un peu plus ? Jusqu’ici j’ai préféré les doses homéopathiques – c’est que la ‘grande culture’ comme me disait l’un de mes lecteurs, est bien passée de mode et je ne me prends pas pour un Pascal Quignard ! Enfin, j’ai voulu toucher le plus large public, principalement celui qui brûle de cette question sans disposer d’une culture suffisante pour instruire en profondeur sa recherche ; prouver aussi qu’une voie qu’on qualifiera d’ésotérique peut arpenter les domaines souvent impénétrables de la pensée savante. J’ai fait tout ça, je crois : maintenant j’irai au plus simple, qui n’en sera peut-être pas moins décisif.

Pour tenter d’en dire davantage sur cette notion de réalisation qu’on devrait désormais préférer à celle d’éveil qui s’est littéralement ‘vulgarisée’, je me citerai donc ; je reviendrai ensuite sur la grande question de l’identité jumelle, de la sidération également, et par conséquent de la ‘deuxième création’. Sans oublier le rôle de la culture qui me semble le plus sûr remède à nos aveuglements, souvent comme une nourriture régénératrice. C’est l’épilogue de ma première partie qui s’intitulait : Moi, je ne suis pas un autre. « Il aura fallu, étrange et rare alchimie, que les concepts et l’intuition s’enrichissent jusqu’à l’extrême perfection d’eux-mêmes et que s’établisse une sorte de silence logique, comme la musique du geste poétique, l’écho de l’âme qui s’aime d’un amour infini. Ce serait la Vie comme une réitération de l’Esprit pur par le dialogue d’un nominatif absolu qui se prête éternellement au rêve de soi-même, aux scénarios pour tout dire de l’existence multipliée par le miroir des images. Mais qui a jamais témoigné de ce halo silencieux de pure lumière, nimbant le chant et les couleurs de la vie ? La méditation de la vie sera donc l’élucidation perpétuelle de l’intimité jumelle de moi… et moi, repos et mouvement à la croisée de l’existant et du non-existant. Consonance ou résonance du Seul multiplié des échos innombrables de son chant : résonance et non point raisonance. Comme il y a autant de chants que d’instruments, ceci n’est pas un programme, et il revient à chacun d’accorder son instrument à cette musique sans écriture : L’activité propre de l’homme… c’est d’aimer et de connaître. Au-delà se trouve une demeure d’éternité : Celui qui connaît cela… il est le même qui jouit de lui-même. (Maître Eckhart) Lorsque la connaissance extrême délivre l’amour, l’amour délivre la liberté. Ainsi naît la vie poétique. » Alors, non-dualité ? Parvenu à ce point de compréhension, le problème s’est dissout, « un peu de ma vapeur » disait Stephen Jourdain… Je citerai donc un dernier paragraphe où je semble néanmoins adopter ce point de vue (d’expérience) définitif. Mais voilà justement que nous nous positionnons en logique du parler, de l’expression, et que la dominante invisible – invincible – de cette pensée reste toujours l’objectivité qui maintient son principe systématique de division et d’exclusion. Annihilation ou association, rejet ou fusion, nous sommes toujours prisonniers d’une pensée hantée par l’expérience des ‘choses’ du monde. Comment penser autrement quand « tout est des plus inexplicable » comme disait Nisargadatta ! Penser si nous y sommes contraints par une force d’entraînement… Je l’ai dit, je le maintiens et c’est une certitude, il faut garder ferme l’aporie, se rappeler la parole fameuse « Tu es Lui et tu n’es pas Lui », faire éclater le carcan du dualisme objectiviste et de son contraire monistique : autrement dit, abattre les limites de la pensée, non dans le sens où elle s’applique par tous ses moyens à la connaissance, mais la répudier dans tous les cas où elle provoque par ses moyens propres une distorsion du réel…  Vivre dans le mouvement du jeu, de ce qui ne paraît plus totalement cohérent et qui ne saurait davantage conclure. Ni programme, ni règles, ai-je écrit : une musique essentielle qui chante l’imprévu, l’inconnu, l’inexplicable, un magnificat de Vie. Je ne tricherai pas. Je sais qu’il y a une ‘coupure épistémologique’ qui tranche entre les théologies de la transcendance absolue de Dieu et les théologies de l’identité – sans compter toutes leurs variantes et celles qu’on dit ‘mitigées’. La théologie de l’identité jumelle (comme elle s’expose exactement dans l’Evangile selon Thomas) n’en est pas une : elle invite plutôt à l’expérience libératrice, qui est expérience de la vie et non de son retrait, véritable abolition de soi en immobilité ataraxique. « L’idée se » de Stephen Jourdain, je n’ai peut-être pas su expliquer : c’est qu’il faut provoquer de soi-même cet écho si particulier, d’une irréductible singularité, de la réflection de la lumière en son image, celle qui ne l’occulte plus, rédimer toute conscience à l’épreuve vive de l’apparessence où l’universel se conjugue au singulier.

Pourquoi revenir aussi à cette question de la sidération ? D’autant plus que l’affaire n’est pas simple. Je me rappelle que, dans cet entretien de La Bourboule avec Stephen Jourdain, il insistait pour me dire que l’existenciation (un mot préférable peut-être à ‘création’)correspond à un fiat originel massif : c’est tout le monde qui en sort, et qui pèse de tout son poids comme je l’ai écrit dernièrement. Ce n’est pas cette maya à laquelle certains se prêtent à croire, un songe-creux ! Il y a donc au commencement la sensation et on sait toute la littérature qui en est sortie, romanesque, je disais dernièrement, scientifique aussi. Tout un volume de l’histoire de la philosophie n’y suffirait pas et elle reste aujourd’hui pour les psychologues un terme-clef. Je me souviens du livre d’Henri Piéron, La sensation guide de vie, où était exposée cette thèse majeure d’autant plus qu’elle s’appuie sur l’expérimentation scientifique, que la sensation se trouve à la source de nous-mêmes, dans notre constitution en tant que personne. Cela paraît vrai que l’on se place du point de vue de la formation de l’intelligence ou du développement de nos facultés praxiques. La philosophie du langage, sur le fond, n’en disait pas plus à la même époque et tout concourut finalement à un triomphe de l’empirisme classique, même entièrement renouvelé dans ses concepts. Cela accompagnait aussi le succès de la scolastique marxiste résolument matérialiste et c’est une chape de plomb qui s’est abattue sur nous tous… Débat complexe pourtant, immense, mais je voudrais plutôt inviter chacun à éprouver lui-même à quel point la sensation influence son jugement, avant même d’être un problème philosophique gros de raisons et de concepts. En faire un problème personnel : que je me détermine toujours en fonction de mes sensations de plaisir ou de souffrance. Michel Henry lui-même a parlé de ces affects premiers : joie et/ou souffrance qui originairement manifestent l’auto-affection d’un Absolu incapable de s’éprouver lui-même, suivant ces modalités en tout cas. J’ai pensé moi-même, puisqu’il il a toujours une psychologie de l’enfance qui vient étayer les fondements de tout empirisme, qu’il y avait bien une histoire, je dirais presque une éducation, de la personne qui passe par le ressenti et qui se prolonge au-delà jusqu’à façonner le jugement. Pas seulement ce qui me plaît, ce qui ‘me fait plaisir’, mais ce qui m’agrée, me contente, me satisfait tout entier. Et cela pèse très lourd. Maître Eckhart était tout près de le dire ainsi puisqu’il voyait dans notre ‘penchant vers les créatures’ la plus grande faiblesse de l’âme ; parce que, tout le monde le sait, nous penchons naturellement vers ce qui nous fait plaisir – précisons même : qui flatte notre sensualité. Alors, penchons-nous de la même façon pour une glace à la vanille et une belle théorie. Je nuancerai bien sûr, il y a de quoi, mais je répondrai d’abord : oui ! Ce qui flatte notre imagination aussi, nos facultés de projection, de conception donc, et de raisonnement, de jugement tout particulièrement. Partant de là, Spinoza en tirait toute une définition de la passion comme pure aliénation. Il y a ensuite toutes les interprétations morales de la chose, et beaucoup à dire, un peu trop peut-être. La recherche de la vérité serait-elle du même ordre que la recherche d’un plaisir. Y a-t-il un plaisir intellectuel, voire spirituel, qui serait du même ordre que le plaisir charnel. Que dis-je : une jouissance identique ? Je rappelle que c’était un des fondements de l’enseignement de Krishnamurti. Mais je vais trop loin et je laisse chacun juge de lui-même et de son expérience. J’ai voulu dire que les affects constitutifs, et ce dès la petite enfance, de notre psyché, ont acquis un pouvoir qui ne s’érode qu’à l’usage du plus extrême discernement – une éducation donc, et par une culture, j’insiste – et à l’épreuve ô combien plus fine de valeurs de vie qui se dévoilent peu à peu dans la quête du sens caché de l’existence.

C’est poser du même coup le problème de la ‘deuxième création’. Revenir à Stephen Jourdain pour commencer. Une lectrice m’adressait dernièrement cette citation où il se résumait lui-même clairement. « Mon esprit, là où il agit personnellement comme père (là où il se pense le père ?), ne produit que des chimères ou des reflets. Mon esprit, là où j’agis non moins personnellement, mais sans que je sois personnellement père, produit ce qui est. L’acte créateur, émanant de moi personnellement et produisant quelque chose de réel, est l’acte de conscience qui me révèle, dans leur nature subjective et leur irréalité, les créatures dont je suis spirituellement le père. » Je suis persuadé qu’il est très facile de comprendre ce qui est clairement dit ici, une fois de plus : que c’est le père (autant majusculer : le Père) qui a le pouvoir créateur, d’existenciation ; et que le fils (pourquoi pas aussi : le Fils), qui n’a pas le pouvoir créateur, détient en quelque sorte l’autorisation d’imaginer ….. Tout le problème, le vrai problème par contre, se tient dans la limite, le franchissement entre pouvoir créateur du Père et ‘permission’ en quelque sorte (per-mission ?) de conception, d’imagination, du Fils. Si ma propre initiative se situe en prolongement de celle du Père, je suis dans la légitimité d’une création originelle, primo-personnelle ; si c’est mon désir propre ou ma volonté de me représenter ‘quelque chose’ que je vais décréter réel de ma seule autorité, indépendante, je transgresse et je ‘crée’ un faux, une malversation qui va entraîner des conséquences néfastes sur tous les plans. Et si je prends un exemple cher à Stephen Jourdain lui-même, qu’on se souvienne du marronnier : il y a une idée d’arbre contenue de tout temps dans la sphère essentielle ; il y a un arbre réel que je vois, moi, avec mes yeux – et c’est un arbre ‘humain’ il faut se dire, pas celui perçu d’une fourmi ou d’un chien, qui sait – un arbre avec ses écorces de couleur brune et ses feuilles vertes ; et il y a un arbre consigné dans un réseau complexe de savoirs qui se sont ajoutés pour l’enfermer dans un monde exclusivement humain, que je régis seul au gré de ma fantaisie et de mon pouvoir. C’est ce que Stephen Jourdain a dit. Si je suis l’agent de la création, l’intercesseur du fiat existenciateur, uniquement l’agent, je suis dans mon rôle et je fabrique une vraie réalité. Si je m’approprie l’image, et dans ce cas c’est bien d’un ‘objet’ qu’il s’agit, je fabrique un faux réel, une falsification qui se justifie d’un jugement forcé, spécieux souvent, de réalité et une assertion de vérité démontrée. Je fige le spectacle à la dimension du spectateur : c’est le monde-voulu-par-l’homme comme on a su parfois l’écrire. C’est le monde de la techno-science qui s’étale partout sous nos yeux et que Michel Henry, après Heidegger qui l’avait déploré dans des textes célèbres, a su si bien dénoncer à son tour. Je vais ajouter maintenant mes remarques. Je vois cet arbre et si je m’aperçois que c’est l’arbre accordé à la vision humaine, à sa capacité spécifique de voir,  je suis bien en ‘création’ primo-personnelle, l’arbre ‘sorti’ du monde immobile des essences. Mais que je l’appelle marronnier (et non chêne ou autre), suis-je encore dans ma situation originelle de fils et d’agent, d’intercesseur, ou en ‘deuxième’ création, de définition exclusivement humaine et d’appropriation à mes fins, des fins égoïstes ? Et si j’ai tant parlé d’art, voici pourquoi. Je vois cet arbre avec ses couleurs, le vert en particulier, et si Van Gogh le ‘représente’ non plus avec cette couleur verte mais avec du rouge ou du bleu ? J’ai déjà répondu et Stephen Jourdain l’avait aussi précisé dans un contexte différent. Le peintre vise une expression de beauté qui exhausse le don de la présence, cette présence accordée à ma vision : et moi alors je m’autoriserai à n’y voir que du bleu au lieu du vert ! Mais sans jugement de réalité, sans assertion ni prétention de vérité : l’art, c’est ce conte que Stephen Jourdain voulait rappeler comme lieu de fantaisie, d’innocence, de liberté sans asservissement – ni d’un objet ni d’un sujet définis en tel rapport de possession mutuelle. Et l’on constate aisément dans ces conditions à quel point nous nous sommes rendus dépendants de nos représentations, d’abord, et de toutes les techniques ensuite qui leur ont obéi  en façonnant le monde à notre guise et presque toujours pour un profit matériel.

En quelques mots je vais lier les deux paragraphes précédents. Il y a ici maintenant création, c’est-à-dire que, inexplicablement, l’inimaginable se produit ; que l’immense se singularise – à l’instant – et prend visage parmi d’autres visages. Multiplicité sans rupture, différence sans séparation ni déchirure, sans éloignement absolu, sans dilatation d’aucun espace. Le procès de co-naissance s’initiant légitiment d’un mouvement de création, d’existenciation. L’impression de matérialité, admettons, est la plus puissante de toutes nos impressions (puisque la plus étroitement liée à la sensation) mais elle reste comme toutes les autres une impression : facteur d’exhaussement des qualités du jeu ou facteur d’appauvrissement dans un entrelac de contraintes aliénantes et toutes néanmoins garanties d’une raison. C’est un spectacle intensément réel qui se produit sans fissurer l’être : à tout jamais, sans dislocation possible de ce qui se donne aussi mouvement, et temporalité, et histoire. Là, je dirais maintenant ici, je reste à proximité de ‘soi’-même, d’une proximité sans mesure possible. Infinitésimale dirait-on mais en vérité incommensurable. Le drame, je concède qu’on l’appelle ainsi, a pris naissance, et l’histoire interminable, soit la rivalité d’une sensation de qualité pure éventuellement parée de concepts, et d’une représentation solidifiée par un jugement d’objectivité ouvrant l’espace fermé d’un réseau de dominations. La réalisation y mettra fin aussi inexplicablement que le commencement se sera produit. Selon qu’on aura respecté, ou pas, les règles d’une imagination, et même comme disait certain, d’une imagination dans une imagination, d’une opération impliquant créature et créateur, égaux et différents. Ceci n’est pas vérité coulée dans du béton : légère, elle trouve ‘demeure’ en chacun suivant sa propre complexion. Néanmoins ceci est une culture et j’espère qu’on m’aura compris : exigeante, quoique dépourvue de la moindre sanction de vérité, souveraine d’elle-même ! L’affirmation, si l’on tient encore à ce mot, sera radicale et ‘privée’, à tous les sens du terme bien entendu : vérité de « l’Idée se… », c’est-à-dire que la Vie « ne sort pas » de l’Un gardien jaloux de son mystère et fécond de Lui-Même. Je ne conclus pas. J’ouvre un autre paysage où de toutes nouvelles silhouettes se dessinent en d’autres figures apparaissant en espace tout autre, imaginaire et réel à la fois, si subtil et puissamment suggestif. J’avais écrit dans La création, et c’est ce que j’ai voulu dire.  » C’est en parvenant à cette éclaircie qu’il nous faut admettre ce mystère que je demeure en moi-même. Bien qu’existant, je ne suis pas objet. Cependant, en existant, multipliant les caractères d’une seule personne ou me dispersant en une foule de personnes toutes pareilles à moi, je mouvemente la création grâce aux innombrables modalités de ma conscience. Je mouvemente les figures qui me révèlent ou bien m’occultent en fonction d’une décision de réalité, d’un jugement qui ose l’affirmation de la transparence universelle ou s’abandonne à la décision de l’objectivité générale. Je mouvemente, ou si l’on préfère, je donne sens à ce qui serait chaos indiffférencié sans le sujet,  moi-même, témoin dans l’économie du Seul. En ceci (et non ce en quoi) je suis agent ; quand la Cause, ou le Premier Moteur, immobile comme dit le Philosophe, serait le Père le Vivant. »

Un commentaire sur “Ce que j’ai voulu dire (2)

  1. Le summum de ce qui peut être dit d’un mystère inviolable, de  » l’idée se  » en spirale ouverte sur l’infini plutôt qu’en boucle fermée, de la création à visage humain…
    Une musique du grand large qui peut résonner sans fracas dans la crypte minuscule de nos instants de vie.

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