Mystique de Noël ; ajouter

Il y a dans mon texte Mystique de Noël précédemment cité, une formule que j’aime beaucoup, que j’ai rappelée tant de fois et qui peut se résumer d’un seul mot : la conjonction. En rappelant les attestations de Maître Eckhart et Ibn’Arabi qui l’illustrent à merveille, je prenais le soin d’expliquer… Beaucoup de mes contemporains à l’esprit gâté par les langues de bois d’un pseudo-spiritualisme en vogue n’aiment pas les explications. Pourtant l’explication n’est pas forcément mécaniste comme on l’administre partout, elle peut être aussi le modeste dépliement, sens littéral du mot, par voie conceptuelle, d’une intuition. Pourtant aussi, bien des précisions, des éclairages le plus souvent indispensables, sont apportés, ajoutés par des ‘explications’ qui sont des notifications, des désignations assez claires de la simple réalité – mais complexe et même contradictoire – de ce que nous sommes. Cette formule, la voici, c’est « Un mouvement et un repos », souvenir de la Physique d’Aristote qui n’était pas galiléenne, et qui dit tout. C’est la conjonction, ni fusion ni confusion, d’un immobile indicible Absolu et d’un existant naturel ‘passant’. D’autres mots de l’Evangile de Thomas disent tout, à condition bien sûr qu’on les entende et qu’on se détourne hardiment des vieilles lunes projetant depuis trop longtemps leurs ombres fallacieuses. J’ai trouvé par hasard quelques mots de l’Indien Nisargadatta Maharaj qui, également, ‘disent tout’, simplement et clairement aussi, ajoutant une vigueur peu commune à cette parole qui coule d’intuition. Dans ce cas, on notera ce qui appartient en propre à l’Orient : la qualification d’irréel en ce qui concerne le mouvement, ‘transitoire’… Rien n’est prouvé évidemment, mais si vous avez ‘cela’ vivant en vous, et cette maturité intellectuelle exigée pour telle compréhension en finesse, vous accédez à une lumière qui ne s’éteindra plus et qui est la lumière mystique de Noël.

Le passage suivant se trouve dans Je Suis, édition 1982 des Deux-Océans, page 416 :

Question : Si le soi est à jamais inconnu, qu’est-ce qui se réalise dans la réalisation de soi ?

Maharaj : C’est une libération suffisante que de savoir que le connu ne peut pas être moi, ni à moi. La libération de l’auto-identification à un ensemble de souvenirs et d’habitudes, la stupeur devant l’étendue infinie de l’être, devant sa créativité inépuisable, et devant sa transcendance absolue, l’absence totale de peur née de la réalisation de la nature illusoire et transitoire de tous les modes de la conscience, coule d’une source profonde et inépuisable. La réalisation de soi, c’est connaître la source comme source et l’apparence comme apparence, et se connaître soi-même comme source uniquement.

Q : De quel côté est le témoin ? Est-il réel ou irréel ?

M : Personne ne peut dire : « Je suis le témoin ». Le « je suis » est toujours vu. L’état de pure conscience détachée, c’est la conscience-témoin, le « mental-miroir ». Le témoin naît et disparaît avec son objet, aussi n’est-il pas tout à fait réel. Quel que soit son objet, il est toujours le même, il est donc aussi réel. Il participe à la fois du réel et de l’irréel, il constitue par conséquent un pont entre les deux.