Passant (2) Une dernière réponse de Michel Henry

– Michel Henry, serait-on fondé à dire qu’une pensée comme la vôtre peut conduire, par-delà le domaine philosophique stricto sensu, à quelque chose comme une sagesse, un art de vivre ?

– Certainement. Si l’homme ne peut plus se concevoir par la seule pensée, si c’est un être vivant, sensible, habité par la souffrance et la joie, si la pensée elle-même n’est, selon le mot de Maine de Biran, qu’un ‘mode de la vie’, alors une autre analyse concrète de la condition humaine ne peut se borner à décrire la transformation de notre connaissance, elle implique une modification de notre existence, une éthique. La sagesse ne se limite pas au savoir théorique ou à un art de vivre reposant sur un tel savoir. Tout ce qui affecte notre vie au plus profond d’elle-même, notre sensibilité, notre désir, notre amour engendrent des modalités spirituelles plus profondes, plus intenses, plus imprévues que celles dont le sage antique offre l’image modèle. À mes yeux, la destination ultime de ce vivant singulier et invisible que nous sommes ne peut être explorée que si on ne se restreint pas à en demander le secret au monde mais plutôt à la vie qui ne cesse de nous faire le don de vivre.

in Phénoménologie de la vie V – Philosophie pour les vivants – pp 227/228  (PUF 2015)

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