Les routes de l’été 2016 : le Jura (4)

Une adresse cette fois dans le Jura : L’Atelier du Lac à la Dame, à Fort du Plasne (39150) où exposent un couple d’artisans potiers céramistes, Jean-Luc et Sylvie Jourdain. J’y étais déjà passé il y a trois ans lors de mes vacances 2013. J’avais déjà découvert les céladons de Jean-Luc Jourdain, un travail inspiré d’un art asiatique, le céladon coréen pour être précis, lui-même inspiré de découvertes antérieures, chinoises. Mais ce qui m’avait frappé, ce sont ici des créations d’un art évident et contemporain, je veux dire par là des couleurs et des formes – cette fameuse nuance ‘céladon’ associée à la forme du bol – capables d’évoquer une réalité de matière transcendée par l’idée, une sorte de dépassement capable de provoquer la surprise et l’admiration, le contentement et même un recueillement devant ce qui se donne si ouvertement tout en conservant son mystère. Cette année, à l’occasion d’un nouveau passage dans l’atelier, j’ai tenu à manifester ma curiosité sur les procédés qui ont conduit à de si belles réalisations et Jean-Luc Jourdain m’a écrit ces quelques mots. Je dois lui exprimer mes plus sincères remerciements puisqu’il m’a également autorisé à publier ces informations. On s’apercevra ainsi que la distinction classique entre art et artisanat perd toute son autorité et le vieux reproche platonicien d’une imitation de l’idée pure, toute sa pertinence. La création nous appartient – c’est notre liberté et notre responsabilité – et c’est notre main qui ‘réalise’ l’idée et l’exhausse. Et cet acteur si puissant et imprévisible : le feu.

« Ma réponse doit porter sur deux points : l’émail céladon, et la surface qui va le recevoir. Mon émail céladon : il est des plus classique au départ, d’une nuance pâle bleu-vert très ‘académique’, posé sur porcelaine, avec cette particularité de surface soyeuse, satinée, caractéristique, due à sa composition minérale, très calcique. La couleur est obtenue par cuisson réductrice de l’oxyde de fer, que j’amène par de l’ocre en très faible quantité… Chaque céramiste a ses petites combines selon ses objectifs ; variables autour de la brillance/matité, opacité/translucidité, épaisseur, entre autres… La pose de cet émail est souvent un problème, il y faut donc rigueur et méthode : porter attention à la densité du bain d’émail, au temps de trempage et de retrempage, pose au pistolet éventuellement. Par exemple, bain d’émail : un litre d’émail doit peser 1,550 kg, le trempage de 5 à 6 secondes, avec une minute au maximum d’attente avant un deuxième trempage de 3 à 4 secondes, sinon l’on n’obtiendra pas l’épaisseur voulue ; risques de décollements, de coulures à la cuisson, de retraits ou manques sur le col… A mon émail de base, j’ai ajouté des variations d’autres recettes ; plus verts, plus bleus, plus ‘bronze’, plus ‘olive’, en modifiant les composants. Ces variations existent d’ailleurs dans l’histoire asiatique du céladon puisque les céramistes utilisaient les matériaux de leur site, donc variables en teneur de fer, de titane, etc, et posés sur des terres qui elles-mêmes allaient influer le processus. Au final, le protocole de cuisson est également déterminant. En ce qui me concerne, la cuisson est fortement réductrice, dès 950°, maintenue pendant 3h30 jusqu’à 1300°… La réduction consiste à proposer à la flamme un mélange gaz/air déséquilibré, trop riche en gaz, ce qui va provoquer un affaiblissement massif de la teneur en oxygène des éléments (émail et terre) en contact avec la flamme, des phénomènes accessibles en haute température. Pour faire simple, l’oxyde de fer (rouge, ou jaune pour l’ocre) devient bleu/vert sous ces conditions…

La caractéristique de mon travail personnel consiste en une recherche de surfaces à forts reliefs (grès ou porcelaine), ce qui va faire jouer l’émail qui sera plus fin sur des arêtes et plus épais dans des creux. Pour cela mes pièces sont façonnées en deux temps : pour un bol par exemple, tournage d’un cylindre, plus haut et plus étroit que la pièce finale ; aplatissement à 2/3 mm d’une plaque de terre sur laquelle je provoque des reliefs (griffures, découpes, empreintes…) et enfin plaquage de cette ‘robe’ sur le cylindre. Toujours sur le tour, je reprends alors le tournage uniquement de l’intérieur pour terminer la mise en forme. L’idée finale est de rechercher une harmonie entre une surface, qui peut être tourmentée ou même sauvage, avec la douceur et la délicatesse de l’émail. Je cherche aussi à évoquer mon environnement jurassien et les éléments de la nature qui m’entoure : surfaces d’écorces, herbes, rochers, falaises, cascades… »

On pourra obtenir de plus amples informations sur les sites :

http://www.jourdain-ceramique.com/

https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9ladon

https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A9ramique_cor%C3%A9enne

Et voici les photos de mes trois bols qui, j’espère, exposeront des ‘preuves’ manifestes :

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2 commentaires sur “Les routes de l’été 2016 : le Jura (4)

  1. Ce que j’aime dans ces objets d’une royale simplicité, c’est qu’ils donnent encore l’impression d’être faits d’argile (pas de métal ou de plastique) et de ne pouvoir être assimilés à des pièces de musée interdites d’usage quotidien.
    Certains alchimistes cherchaient à activer le ‘salut de la matière’. Ici, on dirait bien que le ‘salut’ de ces bols, de ces pots, c’est d’amener la matière à son plus haut service: servir la vie de l’homme et la réjouir, via les mains, les yeux, les lèvres, le coeur.
    Depuis que l’homme a su, par l’art du feu à huis clos, modifier l’état de la glaise, il a mis au jour des images fondamentales: le réceptacle pour l’eau qui régénère, l’ordonnance autour d’un centre qui conditionne la vie, le feu qui consume et métamorphose.

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  2. même la photographie ne peut cacher le passage de l’invisible au visible qui s’opère maintenant, sous nos yeux, mais si vite que si l’on ne peut en nier la réalité, on ne peut absolument pas la confondre avec ce qu’on nomme habituellement telle, mixture infecte comparée à l’originale.

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