Précision(s) ajoutée(s) (suivant l’enquête foucaldienne…)

Deux précisions en fait, tant les questions sont tombées de toutes parts concernant ces (nouvelles) allusions à l’Évangile selon Thomas à la fin de mon article. Mais je ne fais que me répéter, et pourquoi pas :

….. A la question souvent répétée par les disciples, et toujours dans une perspective téléologique de salut : Quand … Comment … irons-nous dans le Royaume? fuse cette réponse de Jésus  : Ce n’est pas en le guettant qu’on le verra arriver. On ne dira pas : Voici, il est ici, ou, voici, c’est le moment … Le Royaume, il est le dedans et le dehors de vous … (log. 3) Ne comprenez-vous pas que celui qui a créé le dedans est aussi celui qui a créé le dehors ? (log. 89). La vérité est au prix d’un autre déchiffrement du réel : … quand vous ferez des yeux à la place d’un oeil, et une main à la place d’une main, et un pied à la place d’un pied, une image à la place d’une image (je souligne), vous irez dans le royaume (log 22). Les logia de l’image offrent un thème auquel s’associe toujours celui de la lumière ; ils illustrent une problématique tellement ancienne qu’on ne peut plus croire ici qu’elle se limite à un enseignement chrétien ou gnostique. J’y vois l’influence des civilisations traversées par l’épopée alexandrine. Cette problématique sera reprise plus tard par Denys et toute la tradition byzantine, mais c’est dans l’Évangile de Thomas qu’elle reste à ce point liée à la question de l’identité personnelle. Et cela se dit ainsi : Nous sommes venus de la lumière, là où la lumière est née d’elle-même. Elle s’est levée et manifestée dans leur image… (log. 50) C’est par ces mots que le Maître recommande à ses disciples de décliner leur identité. Quant à Thomas, qu’on peut fort supposer être le disciple préféré et dont la mission, délivrer les paroles cachées, n’aurait pas été comprise, il est présenté comme le jumeau qui a partagé un degré égal de réalisation ou de connaissance avec son Maître. Lorsque celui-ci rapporte cette parole : Celui qui boit à ma bouche sera comme moi ; moi aussi je serai lui … (log. 108) il porte témoignage de cette réalisation qui s’éprouve et ne se démontre pas. Nous ne sommes plus loin des attestations de ceux qui ont atteint ce degré d’unité où les différences ne séparent plus, parce qu’elles sont devenues la trame vivante de la manifestation, du mouvement de la création. L’unité est un rapport vivant du Père et du Fils, comme le rapport vivant de la lumière et de l’image, et c’est pourquoi il me paraît si capital d’associer une réflexion sur la création à celle qui approfondit l’exploration de l’identité. Si j’en viens aux logia de l’image, je peux enfin constater cette dialectique de la création : Les images se manifestent à l’homme et la lumière qui est en elles est cachée. Dans l’image de la lumière du Père, elle se dévoilera et son image sera cachée par sa lumière. (log. 83) L’image a pouvoir de cacher la lumière, pouvoir hypnotique, de sidération, mais lorsque le Règne s’établit, l’image révèle la lumière : des deux termes, aucun ne disparaît, jamais. Mais l’image, du régime d’occultation, s’est métamorphosée en porteuse de lumière, en régime de révélation. Ainsi le Maître peut-il dire : Je suis la lumière qui est sur eux tous. Je suis le tout. Le Tout est sorti de moi, et le Tout est parvenu à moi. Fendez du bois, je suis là ; levez la pierre, vous me trouverez là. (log. 77)

Extrait de l’article Des christianismes

Et ce rappel de Corbin qui nous a tant éclairés sur cette question de l’identité du sujet (je rappelle aussi que c’est à lui que je dois le terme d’amphibolie…)

….. Corbin que je vais citer, à qui l’on doit un point définitif sur l’Un en Deux (c’est plus clair ?) grâce à l’une de ses dernières publications : Le paradoxe du monothéisme ; en citant précisément son plus beau livre : L’imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn Arabî (maintes fois réédité par Aubier)… Voyons ce que j’entends qu’il soit redit :

Note 76 « … Tout existant est une forme particulière du Tout absolu ; il n’est pas l’Absolu, mais l’Absolu s’épiphanise en lui sous une forme qui est sienne… Il serait contradictoire de dire : j’ai contemplé Dieu en son unitude, puisque contemplation est un rapport entre contemplé et contemplant. Tant que de l’être dure pour moi, il y a dualitude, non pas unitude. Ibn’Arabî récuse toute perception de l’unicité de l’être en ce monde, et par conséquent tout monisme existentiel. C’est pour lui une sottise de dire que le serviteur, en l’état d’extinction (fanâ) est devenu Dieu, puisque « devenir » postule dualité, et que celle-ci exclut l’unité. C’est donc bien un postulat philosophique, une donnée a priori de l’intellect qui assure la doctrine de l’unicité de l’être, non pas une expérience ou réalisation mystique. Si Ibn Arabî professe que l’être est un, ce n’est pas parce que cela se serait révélé à lui dans un état mystique. Cette unité est une prémisse philosophique qui se passe de preuve. Même si quelqu’un prétend s’être unifié avec Dieu ou s’être anéanti à soi-même en lui, inévitablement l’évènement qu’il rapporte est un évènement dans la dualité. Tant que les gens décrivent Dieu et parlent d’eux-mêmes, il en est ainsi. Mais avoir conscience de la dualité du connaissant et du connu est une chose, affirmer et fonder leur dualisme serait une autre chose. Autrement dit, s’il est permis de parler de monisme, c’est au sens d’un monisme philosophique énonçant la condition transcendantale de l’être, et uniquement parce que ce monisme philosophique est précisément le schéma nécessaire pour penser l’unio mystica comme unio sympathetica, c’est-à-dire la situation fondamentalement dialogique, car l’unité est chaque fois l’unité de ce deux, elle n’est pas une troisième phase qui résorberait la dualitude, celle-ci étant la condition même du dialogue réalisant le voeu du « Trésor caché qui aspira à être connu ». Le monisme philosophique est ici l’instrument conceptuel nécessaire pour décrire cette irrémissible co-dépendance du ‘Seigneur’ et du ‘serviteur’, l’unité des deux étant goûtée dans une expérience mystique qui justement n’est pas et ne peut pas être l’expérience d’un monisme mystique, ni un monisme existentiel. C’est ce que trop souvent l’on oublie de discerner et c’est cela le sens du « je suis le Secret de Dieu » se substituant au « je suis Dieu »… 

extrait de l’article L’Un seul ?

Et je réponds également à certains : faut-il me reprocher d’exposer la misère de la philosophie contemporaine ?

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