Pourquoi je ne suis pas mon cerveau

Ici j’aborde à nouveau l’autre entrée de la question précédemment envisagée, qui est celle de la réalité et de ses interprétations, et donc principalement du rôle joué par le cerveau… C’est l’occasion de rencontrer à nouveau Markus Gabriel qui paraît avoir renouvelé sinon la question, du moins son abord, en facilitant l’approche de questions philosophiques très clairement exposées, souvent à l’aide d’illustrations des plus prosaïques, et aussi toutes les réponses scientifiques, depuis celle de l’épistémologie contemporaine jusqu’aux hypothèses les plus hardies des neurosciences. De nombreux auteurs sont cités, mais qui retiendront surtout, finalement, l’attention des spécialistes. Le détour se fera une fois de plus par David Chalmers qui a pris, mieux que personne, la mesure de l’impasse où telles interrogations nous ont finalement conduit. (voir mes articles de novembre 2012) C’est sa célèbre distinction entre ‘problèmes faciles’ et ‘problèmes difficiles’, autrement dit ce qui peut être résolu par la recherche scientifique, avec les outils dont elle dispose – et qui l’a été ! –  et ce qui lui échappe, et demeure pour cette raison rattaché au domaine philosophique des interrogations métaphysiques, mais pas vaines pour autant. On se souviendra que c’est tout l’effort, éminemment louable de Claudine Tiercelin. (mon article du 17 mai 2016) Markus Gabriel aura le culot, lui, d’évoquer les réponses des philosophies transcendantales depuis Kant et ses successeurs, mais sans s’appesantir sur la phénoménologie (il ignore par exemple Michel Henry), d’évoquer même parfois les révélations qui fondent les grandes religions. Dans sa perspective à lui toutefois, qu’il convient de clarifier un peu ici. On sait par contre, et je n’y insisterai pas, qu’il se range dans l’optique du nouveau réalisme, mais avec une position qui a été critiquée par Jocelyn Benoist. (mon article du 07 juin 2017) J’ai bien tenté, déjà, de réunir la plupart des mailles du filet…

Le style appliqué, la méthode revendiquée par Markus Gabriel rejoignent un peu le contenu de ces livres aujourd’hui très répandus : ‘la… ou le… pour les nuls’, cette orientation déterminant l’explication et, éventuellement, la réponse. On s’aperçoit pourtant bien vite au fil des pages de ce livre que les explications qu’on peut rapporter des grandes théories philosophiques et scientifiques n’est pas aisée, et que leur vulgarisation peut tout autant augmenter la confusion à force de faciliter des clarifications abusives, que de cette façon on peut y perdre beaucoup. Mais notre auteur parvient aussi, et c’est finalement son mérite, à mettre à nu (et « à neuf » dit-il) les fondements de ces tentatives de pensée réductionniste et principalement matérialiste (j’ai souvent dit quant à moi ‘physicaliste’ ou ‘objectiviste’) pour explorer et mettre en évidence tous les rouages de la réalité du ‘monde’. D’entrée de jeu, il les dénonce : « Jusqu’à quel point devrions-nous ajuster notre image de l’homme, la façon dont nous nous concevons, sur le progrès technologique ? Pour aborder plus judicieusement que d’habitude des questions aussi cruciales, il faut examiner minutieusement, à la loupe, des notions en lien avec notre autoportrait comme celles de conscience, esprit, Moi, pensée ou liberté, des concepts qui ont affaire avec notre autoportrait… » (p. 14) Avec la méthode proposée et suivie ici, même talentueusement, « à la loupe » n’est pas le mot que je choisirais, même si l’examen semble le plus complet possible, en sautant hardiment d’Aristote à Searle, et j’en passe… Toutefois ici, d’emblée, c’est le mot autoportrait qui est lâché, qui reviendra tout au long du livre, et qui semble ranger l’auteur dans la catégorie des intellectuels idéalistes qui s’appliquent surtout à la critique de toute forme de scientisme. Mais il va plus loin. Pour faciliter la progression de ce travail critique, la thèse qui inspire toute sa démarche est rapidement énoncée : « … la proposition que j’avance dans ce livre est antinaturaliste. Le naturalisme part du fait que tout ce qui existe relève du domaine des sciences de la nature, ce qui signifie, implicitement du moins, que l’on admet aussi, en règle générale, que le matérialisme est vrai, cette affirmation qu’il n’existe que des objets matériels, des choses qui appartiennent à l’implacable et inflexible réalité matérielle-énergétique. Mais alors qu’en est-il de la conscience que, jusqu’à présent en tout cas, l’on ne peut expliquer à l’aide des sciences de la nature – et dont on ne voit pas comment cette explication, même partielle, serait envisageable ?  » (p. 15) Philosophie radicale donc, très proche de la position chalmérienne. Voilà un parti-pris intéressant mais est-il bien si ‘neuf’ ? Avec les qualia, nous nous rapprochons à la fois des travaux de Chalmers et de Bitbol … « Je soutiens qu’il existe des réalités non-matérielles et considère que cette idée relève du simple bon sens, qu’elle est parfaitement compréhensible. » (p. 16) Nous sommes dans la droite ligne des idées défendues dans Pourquoi le monde n’existe pas : critique de l’intellectualisme qui est à l’origine de la formation du concept monde : une ‘abstraction’, on dirait même : une vue de l’esprit totalement arbitraire, même imaginaire au sens le plus péjoratif du terme. Les attaques vont donc se succéder contre tous ces principes prétendument philosophiques ou scientifiques qui ne sont que préjugés métaphysiques inspirés de la plus grossière ignorance, ignorance de soi et des progrès véritable de la connaissance en Europe et en Amérique, progrès conjugués de la philosophie critique et des sciences de la vie.

C’est ainsi que, paradoxalement, c’est la thèse la plus éminente du réductionnisme qui se trouve ici attaquée : « L’idée essentielle du neurocentrisme soutient qu’exister comme être humain doué d’un esprit ne serait rien d’autre qu’avoir un cerveau congruent. Le neurocentrisme enseigne donc, pour résumer, que le Moi est le cerveau… » (p. 22) Conviction perverse, l’ennemie ! Et le retour constant à cette dénonciation, tout au long de très nombreux paragraphes, le démontrera assez ! Puisqu’il faut se faire comprendre du plus grand nombre, autant le dire le plus clairement, le plus explicitement possible : « L’angle d’attaque principal de ce livre est de démontrer que le neurocentrisme, comme les théories qui lui ont montré la voie – l’image du monde des sciences de la nature, le structuralisme et le post-structuralisme – , sont tous des systèmes philosophiques. » (p 27) Le scientisme, pour employer un concept plus ancien et plus largement connu, est un égarement philosophique ! La conscience, et plus encore la conscience de soi qu’elle favorise chez l’être humain, n’est pas réductible à un enchaînement de réactions neuronales qui nous dispenserait même, avec un déterminisme parfaitement mécanique et inconscient, de toute conscience ajoutée, fut-elle épiphénoménale. « Je réfute les idées du neurocentrisme pour affirmer que le concept de conscience va de pair avec celui de liberté, au sens où on emploie aussi ce mot dans le champ politique. La liberté n’est pas seulement une valeur abstraite que nous défendons sans vraiment en connaître le sens… La liberté humaine est ancrée dans le fait que nous sommes des êtres doués d’un esprit qu’il est tout simplement impossible de comprendre en essayant de caser notre image de l’homme dans des catégories qui relèvent du domaine des sciences de la nature. » (p. 31) C’est la liberté, autant dire un concept hautement métaphysique (et de belle tradition) qui sera la clé de l’éclaircissement recherché tout au long de ces pages. Avec, je le reconnais, des explications ajoutées qui ont aussi le mérite d’être originales. Comme celle-ci, notons-le bien, ouvertement philosophique :  « La thèse positive essentielle que j’esquisse ici dit que l’esprit humain engendre un nombre infini de potentialités, toutes d’ordre spirituel parce que l’esprit se crée une image de soi par le biais de ces interprétations. L’esprit humain se fait une image de soi et engendre ainsi une multitudes de réalités mentales. Ce processus a une structure historique qui n’est pas achevée et qui reste incompréhensible au vocabulaire de la neurobiologie, non pas à cause de la différence de langage, mais parce que l’esprit humain n’est pas un phénomène exclusivement biologique. » (p. 50) L’être humain a une histoire qui le façonne autant que toutes ses propres déterminations neurobiologiques : une histoire complexe avec des moments contradictoires, imprévisibles, capables toujours d’engendrer de nouvelles ‘conditions’ à leur tour riches de potentialités fécondes. La fiction métaphysique est répudiée tout autant que la fiction pseudo-scientifique, la science-fiction ! « La nature mesurable avec précision grâce aux sciences de la nature est complètement différente de la façon dont elle nous apparaît : cette prise de conscience a provoqué un énorme désenchantement. Sans elle, nous n’aurions jamais pu vraiment découvrir (ni même imaginer) que nous évoluons dans un Univers probablement infini, et peut-être même dans un Univers parmi d’autres tout aussi infinis que lui. (…) Personnellement, je suis persuadé que nous ne nous mouvons pas dans un seul infini, mais dans de nombreux infinis, qu’il n’existe aucune réalité (le monde) à l’origine de tous les phénomènes, qu’il est même impossible qu’il en existe une. L’hypothèse qu’il existe une réalité, un monde – un lieu où tout arrive – trouve son origine dans l’idée grecque du cosmos. Il serait temps de se débarrasser de la notion de cosmos… » (p. 71) Exit la pensée totalitaire et toutes ses fantasmagories : « … il n’y a pas de théorie unique, unitaire, de la nature,, qui serait reconnue comme une science particulière de la nature. Même la physique ne peut prétendre à ce titre. Mais alors, d’où tenons-nous la certitude qu’il existe effectivement un domaine unique de la nature, que nous puissions étudier sur le mode de l’objectivité absolue ? La clé de la réponse à cette question se situe dans le fait que le point de vue de l’objectivité absolue ne peut absolument pas être étudié du point de vue de l’objectivité absolue. L’idée de l’objectivité absolue est le produit d’une abstraction qui résulte du fait que, dans une observation, nous sommes distincts de ce que nous observons. Nous ne disparaissons pas pour autant, mais nous ne faisons pas partie de la vue d’ensemble que nous avons d’une situation. » (p. 250)

Markus Gabriel, dont je ne citerai pas tous les exemples et les illustrations, insiste à plusieurs reprises pour dénoncer à la fois l’abêtissement par le haut et l’abêtissement par le bas. Celui-ci, on le sait déjà, est le réductionnisme. Mais, par le haut, ce serait un abêtissement un peu comme celui que dénonçait déjà Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête… » soit un spiritualisme, ou plutôt un angélisme, ou plutôt encore une divinisation de l’homme qui consisterait à renverser la thèse naturaliste – d’un extrême à l’autre ! Pour surprendre les lecteurs pourtant les plus enclins à l’approuver, le voilà qui attaque avec la même fougue Maître Eckhart, reprochant à ce dernier une sorte de réductionnisme anthropocentrique qui serait encore la caricature de la vision monothéiste et biblique de notre condition. En sens inverse, bien entendu, de la réduction moderniste athée mais avec les mêmes résultats : le désenchantement du monde ! Or, selon Markus Gabriel, notre ‘autoportrait’ se bâtit de touches successives, d’apports successifs de la connaissance, percées successives de la philosophie et de la science, de la morale aussi, et de la politique, et des institutions etc. vers un avenir qui reste encore totalement inédit, impossible surtout si nous ne décrassons pas notre pensée de ses plus vieilles représentations obscurantistes. Frapper les thèses adverses en même temps, c’est habile. Ainsi : « Il est juste de dire que sans cerveau d’un certain type nous n’en serions jamais arrivés à façonner le Moi. Le cerveau est une condition nécessaire à l’existence de pratiques dont le Moi est partie prenante. Mais la découverte du Moi, quant à elle, s’opère dans le cadre de processus historiques de connaissance de soi…. Le ‘Moi’ est un concept philosophique et il a son rôle à jouer dans notre auto-description. Il fait partie de notre autoportrait… (Mais) en prenant un discours d’autodescription pour un fait biologique, on s’est chosifié soi-même… Cette confusion est la forme essentielle de l’idéologie, derrière laquelle se cache, chaque fois à neuf, la tentative d’éliminer la liberté pour que l’homme devienne enfin une chose, délestée de la charge de se tenir sur les jambes flageolantes de ses autodescriptions, qui peuvent être menacées par des autodescriptions rivales. » (p. 284) C’est un humanisme courageux et créatif, attaché passionnément à se réinventer toujours, qui sera seul capable de féconder ce progrès nécessaire de notre histoire, dont nous sommes déjà témoins de belles victoires comme, hélas, de tragiques défaites. Il faut concevoir plus large, rompre toutes limites qui n’ont jamais été que limites idéologiques, adoration de ‘vaches sacrées’ qui n’étaient que conceptuelles : « À mon sens, le débat ne tourne en réalité pas autour de la liberté, et encore moins autour du libre-arbitre, mais de l’image du monde qui est effectivement à l’œuvre derrière. Tout dépend de la manière dont on conçoit le déterminisme… Il n’y a pas de réalité qui englobe tout, sillonnée depuis le commencement des temps par une seule et unique chaîne causale… Mais comme le monde, cette réalité unique dans laquelle tout serait lié, n’existe pas, le problème de la liberté, quelle que soit la manière de l’approcher, n’est pas un problème… J’ai une liberté d’action qui, à dire vrai, sans conditions nécessaires et suffisantes, ne pourrait jamais mener à ma prise de décisions : liberté et déterminisme ne sont pas inconciliables. » (p. 309) La conclusion vient alors tout naturellement : « Nous sommes libres parce que les conditions nécessaires à notre action ne sont pas des causes inflexibles. Et nous ne sommes pas des bandits manchots (Markus Gabriel a écarté le ‘hasard’ qui ferait de nous des ‘bandits manchots’, et de plus, avec une interprétation très fantaisiste de la célèbre parole de Mallarmé ! ) parce que le hasard n’a aucune place. Tout événement a une raison suffisante (la quantité des conditions nécessaires et les conditions suffisantes à son surgissement), rien n’arrive sans raison. » (p. 318) Grâce à un long exposé sur la philosophie de Leibniz et sa conception des ‘raisons nécessaires’ et ‘suffisantes’, notre auteur a clarifié tout un pan de l’histoire de la métaphysique moderne, d’où il a dégagé la notion du Moi, et partant de là, rejoint les systèmes de Fichte et Schelling : très, très fort… L’humanisme qui s’en dégage à quelque chose de rafraîchissant, un peu juvénile peut-être tant l’espoir en un avenir meilleur possible s’y affiche avec confiance et sérénité – aux conditions précisées précédemment : « Il faut donc que nous restions des hommes, c’est ainsi seulement que nous comprendrons quelles chances morales et politiques nous offre notre nature humaine. Pour cela, il faut critiquer les idéologies qui s’avancent au bras d’un double abêtissement… Notre dignité ne nous a pas été donnée comme faisant partie de notre nature, elle ne nous a pas été transplantée ; pour nous c’est un devoir, que nous sommes encore bien loin d’avoir accompli. L’homme n’a pas encore atteint au but… L’amélioration de l’humanité est entre nos mains, individus et institutions. Personne n’agira à notre place, ni aujourd’hui ni demain… Nous sommes personnellement responsables si nous ne travaillons pas ensemble sur cette planète pour améliorer les conditions de la liberté, du bien-être, de la santé et de la justice… C’est donc une tâche essentielle de la philosophie de travailler à un autoportrait de l’esprit de l’homme, au sens d’une critique de l’idéologie, que l’on pourra proposer pour contrer les promesses vides d’un temps post-humain. » (pp 354-356)

Markus Gabriel, je pense, paraîtra néanmoins ‘trop’ philosophique à maints lecteurs paradoxalement rebutés par son intention systématique de nous entraîner et de nos séduire par ses multiples citations empruntées aux littératures de la jeunesse, au cinéma et aux jeux vidéo – sans parvenir tout à fait à masquer la vraie difficulté d’approfondir le sujet abordé ! J’ajouterai donc une autre conclusion, celle de la philosophe Anna Ciaunica qui s’exprime tout aussi clairement dans un petit livre de la collection ‘Chemins Philosophiques’ de Vrin : Qu’est-ce que la conscience ? Ultime mise au point, mais en précisant bien, à cette date de juin 2017, sans préjuger des avancées futures ! Je vais la citer parce que son enquête est tout aussi complète, et son résumé, et toutes ses mises au point concernant les questions de fond, comme elles sont abordées de nos jours : « Situer la conscience dans la nature… » ; « Matérialisme et qualia, l’argument du fossé explicatif… » qui rejoignent immanquablement Chalmers si souvent cité. Et bien entendu, cette interrogation qui déplaît tant aux esprits totalitaires qui attendent ‘la’ réponse et la clôture du problème une fois pour toutes : « La conscience serait-elle un simple épiphénomène généré par un organe physique incroyablement sophistiqué : le cerveau ? (…) Par quelle alchimie s’opère-t-elle cette métamorphose magique qui permet de transformer la matière grise des cellules neuronales en l’or noble de la conscience ? Même si l’on admet que la conscience est un phénomène réel, naturel et biologique, sous-tendu par un vaste réseau de processus neurobiologiques, la question comment et pourquoi l’activité des neurones produit l’expérience subjective unifiée du soi conscient reste résolument ouverte. » (p. 70) Il n’y a certes pas facilité ! J’ai eu recours moi-même à Bitbol pour indiquer à ma façon que la lecture quantique (et néo-bouddhique ?) d’une interprétation du réel offrait, en même temps que la plus grande ouverture vers l’inconnu, les plus grandes difficultés d’interprétation et d’expression à la conscience concevante de ses propres potentialités. Comme je l’ai maintes fois répété, le Tout des gnoses traditionnelles ne se prête pas à la description métaphysique (grecque ?) de systèmes figés à l’âge infantile de l’humanité. Non plus qu’à toutes les théologies immuables fixant les croyances des religions du passé. Mais en joignant d’un côté Michel Henry – malheureusement ignoré dans le débat présent – et de l’autre, Michel Bitbol, on se rapproche, on brûle, de trouver des réponses et des perspectives d’évolution créatrice de notre humanité,  dignes vraiment d’évoquer la ‘splendeur de notre condition’.

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