En passant, ajouter un mot (2)

Ou deux : L’ignorance, la preuve… Notre ignorance est native puisque nous naissons d’un Tout indifférencié qui ne dispose pas d’une véritable connaissance de soi : quelle connaissance de soi augmenterait cet univers si plein de lui-même, qui est ‘un’ autant que ‘tout’ et qu’aucune division ne morcelle ? Le commencement de la connaissance qui est bien essentiellement, nativement, duelle est l’apparition de la conscience. Pur accident peut-être. Ou indéchiffrable finalité. La conscience ouvre toutes grandes les portes d’une histoire qui est essentiellement récit de connaissance et fabrique infinie de multiplicités. Comptabilité incommensurable : cela s’appelle exactement science. Science ou philosophie d’un autre point de vue ; laquelle plus vraie ou plus décriée ? Mais la conscience au commencement : voir et veiller à cela, « aux pieds du Seigneur » dit un maître indien. Celui-là même qui y situe la seule preuve assignable, mais dans une antériorité anhistorique, une antériorité si absolue même qu’elle échappe à tout procès de connaissance, que nous sommes cependant capables d’expérimenter au foyer, au cœur battant de la conscience et si l’on veut dire ici, de l’expérience, l’expérience primordiale de soi. La preuve est dans sa recherche et même ses formulations, fussent-elles fallacieuses ; ni dans ses résultats ni ses affirmations ; dans son fait d’être mais éprouvé dans son avant-être. Avant les mots pour le dire, si l’on fait rimer la parole et l’être ainsi que les Grecs l’ont essayé. L’absolu pressenti en conscience. Maintenant. Avant, plus tôt encore, dans la formidable affection qu’il est ‘quelque chose’ plutôt que rien, mais finalement non point une chose mais un ressenti, un ‘éprouvé’ personnel, moi-même. Auto-affection dans l’écrin de ses complexions. Comme le révèle le torse Cordier dans sa nudité inachevée ou mutilée, qui n’est personne et s’expose néanmoins comme le plus magnifique symbole d’humanité, sa plus visible marque. Déchiffrable en pure conscience et cependant sans preuve.