Comprendre et vivre

Les Entretiens de Michel Henry publiés par Sulliver en 2007 (deuxième édition) offrent un résumé complet et très clair de l’immense auteur. J’y reviens toujours et j’en recommande aujourd’hui une nouvelle fois la lecture. ‘Comprendre et vivre’ : on voit bien ce qui s’ajoute à la seule clarté intellectuelle, ou comment celle-ci s’augmente de l’épreuve de sa propre vérité. C’est une expérience immense et simple pourtant, qui n’exige pas les concepts les plus rares ou les plus aigus ; plutôt la seule disposition qui porte vraiment au cœur du sens donné par la vie à elle-même dans l’ipséité d’un soi singulier. Une expérience offerte depuis toujours et connue des plus grands… Mais c’est déjà trop dire. L’appellerait-on ‘curiosité’ mais sincère, opiniâtre ? Voici un passage extrait d’un entretien avec Virginie Caruana, page 119.

« J’ai repris (…) les thèses de Maître Eckhart : Dien s’engendre comme moi-même. J’appartiens à cette temporalité immanente qui ne se sépare jamais de soi. Ce mouvement est le processus interne de Dieu, car Dieu s’engendre nécessairement comme un Soi. Il y a forcément un Soi dans la vie, il n’y a pas de vie sans une auto-affection qui s’éprouve pathétiquement soi-même dans l’ipséité d’un Soi et c’est ainsi que dans cette temporalité apparaît le Soi et donc mon Soi transcendantal, par conséquent aussi la possibilité de la chair. Car la chair n’est autre que la matière phénoménologique pure de cette auto-affection de la vie en laquelle je m’éprouve moi-même et viens en moi. Autrement dit, il y a dans la vie comme une archi-chair, un archi-pathos qui est la substance de la vie, qui est celle de l’amour, qui est celle du désir. Toutefois ma chair à moi est finie, précisément, elle ne s’apporte pas elle-même en soi. Dès lors, si elle ne s’apporte pas elle-même en soi, il faut que la puissance absolue de la vie, qui s’apporte elle-même en soi, soit en elle. Le salut consiste non pas à le saisir intellectuellement mais à le vivre, c’est-à-dire à se sentir brusquement envahi par cette puissance. On ne peut le comprendre que si on le vit. »

Le seul problème si ‘problème’ il y a , c’est que ‘cela’, personne n’en croit rien.