Trois réponses de Stephen Jourdain

Je me reporte une nouvelle fois à son livre Voyage au centre de soi publié par les éditions Accarias L’Originel en 2000. Dois-je avouer une fois de plus qu’à mon avis on y trouve toutes les réponses et qu’il suffirait de s’y tenir pour rendre toute recherche suivante vaine et inutile. Mais qui sait se garder des inlassables sollicitations de la pensée à jamais insatisfaite, de la gourmandise conceptuelle ?

1/ … dans le pur présent où je vois l’arbre et ne le pense pas encore, l’arbre est une perception de mon âme et, de quelque façon, une Idée : il me faut étudier le problème au terme duquel cette perception de l’âme, cette vraie Idée, se dégrade en une Idée de type intellectuel (à défaut d’une autre épithète), c’est-à-dire sans doute en un concept : oui, en quoi précisément consiste cette dégradation ? (p. 104)

2/… l’Idée de type intellectuel, que j’identifie momentanément au concept, doit postuler l’existence d’une extériorité spirituelle, je veux dire se définissant par rapport à ce que je nomme mon esprit : ce qui revient à évoquer la mise en place d’une hallucination : un réel étranger tant à la nature de l’esprit qu’à son impulsion, un réel objectif extérieur, un réel autonome se fondant en soi hors de moi. (p. 105)

3/… l’éveil n’appartient pas à l’ordre du sentiment, l’ultime rencontre avec soi ne peut être évoquée en termes de présence, l’éveil appartient à l’ordre de l’intellection… (p. 112) Ce que je nomme ‘éveil’ est une rédemption existentielle de type logique. (p. 113)

Il faut donc avoir compris, opéré ce discernement-là et le grand-œuvre de l’intellection comme telle. On peut jouer sur les mots ou plutôt faire passer le rasoir de la discrimination entre sensation et perception. Comme Jullien ou Bitbol précédemment cités. Mais c’est de raison qu’il s’agit, d’un raisonnement logique, m’aveuglant dans un cas, m’éclairant dans l’autre cas. Cela se joue dans l’analyse même des éléments primordiaux de la sensation qu’un grand psychologue (Piéron) avait appelée ‘guide de vie’ : soit l’objet, de par sa saisie mentale, me paraît objet en soi, qui m’entraîne à penser un réel positif, objectif, et dont la représentation logique va me déterminer moi-même comme ob-jet (devant, en face…) ; soit l’objet n’est qu’en réalité d’une lecture essentielle, de nature purement spirituelle, intérieure, où je me tiens moi-même en même ‘temps’ que lui, à l’instant de la création, au ‘commencement’ qui, précisément, demeure à jamais sans raison. Réalité qui, d’une part, passe par l’objet défini séparément comme matière (énergie) ou, d’autre part, se réalise par l’acte de pur esprit qui donne figure à un absolu qui de cette façon se co-naît et s’augmente de la beauté de ce geste et du péril de ce jeu.

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