Une inquiétude de Michel Onfray

Une inquiétude que je partage… mais si nous nous trouvons ici à proximité de Michel Henry – voyez un récent rappel que j’en faisais – … et de Michel Houellebecq – je pense à Sérotonine -, s’agit-il du même regard, de la même intelligence des réalités ; dans ce cas, d’une égale appréhension des menaces, d’un possible salut ???!!! (1)

« Le transhumanisme comme destin de la fin du destin, achèvement de la puissance en mort réelle de l’homme, semble obéir au programme de l’effondrement de l’étoile. Le nihilisme entrera dans sa plus grande période d’incandescence : hyperrationalisme scientiste, technophilie illimitée, optimisme éthique, culture de l’antinature, religion de l’artefact, dénaturation de l’humain, matérialisme intégral, utilitarisme charnel, anthropocentrisme narcissique, hédonisme autiste – tout ce qui définissait le nihilisme sera concentré dans une idéologie qui sera probablement la dernière. Cette ultime civilisation aura pour tâche d’abolir toute civilisation.

La vérité du politique ne sera plus à penser en regard de la cité grecque de Platon, de l’utopie de Thomas More, de l’État de Machiavel, du contrat social de Rousseau, du libéralisme de Montesquieu, de la démocratie de Tocqueville, du communisme de Marx, mais de deux ouvrages de romanciers britanniques qui disent en plein XXème siècle tout sur la société de contrôle et le transhumanisme qui constitueront le noyau dur de la dernière des civilisations qui sera sans conteste déterritorialisée : Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et 1984 de Georges Orwell.

Nul doute qu’une nouvelle religion surgira alors comme moment final de la puissance. Après cela, il ne restera plus que le néant, la néantisation de la puissance, l’effondrement de l’effondrement. Une poignée de posthumains survivra au prix d’un esclavage inédit de masses élevées comme du bétail. Le problème ne sera plus comme aujourd’hui d’humaniser les abattoirs mais d’abattre à la chaîne les damnés de la terre au profit des élus posthumains. Les dictatures de ces temps funestes transformeront les dictatures du XXème siècle en bluettes. Google travaille aujourd’hui à ce projet transhumaniste. Le néant est toujours certain. » (p. 776 de Décadence J’ai lu 2018)

Pourtant je me dis : après la description cauchemardesque de toutes les horreurs produites par les religions du passé, le lent anéantissement de la valeur par la culture nihiliste d’après-guerre, peut-on encore croire que le réveil d’un idéal moral stoïcien – en version romaine qui plus est – pourra (peut-être) nous sauver – dire même : nous aider à sombrer avec panache ? C’est ce que Michel Onfray propose dans Sagesse : savoir vivre au pied d’un volcan (Albin Michel 2019) ; un livre qui m’est ‘tombé des mains’…

(1) Et j’ajouterai aujourd’hui le nom de Virginie Despentes dont le Vernon Subutex, en trois volumes, est glaçant de désespoir, bien qu’étourdissant de virtuosité littéraire.