Odile Kolb au Château de Courcelles, à Montigny-les-Metz

Odile Kolb nous a quittés en 2016, et nous nous souvenons. Artiste incomparable et personnalité exceptionnelle, jalouse de ses œuvres, elle nous avait accordé ces dernières années des expositions à Metz et à Nancy. En ce début d’année 2020, à partir du 1er février, c’est à Montigny-les-Metz que nous pourrons retrouver exposé un beau choix de ses œuvres. Je me suis exprimé à plusieurs occasions sur l’importance que j’accordais à ce travail et je propose aujourd’hui ce nouvel article qui reprend d’ailleurs quelques propos que j’avais déjà exprimés. Mais c’est à l’œuvre elle-même qu’il faut se rendre, et j’y invite chaleureusement mes lecteurs.

Lumière d’Odile KOLB

La lumière d’Odile Kolb se donne dans (ou par) la matité même de ses couleurs. Couleurs étouffées de leur même force également retenue. C’est un phénomène unique et que chacun peut éprouver, à condition d’avoir laissé ses habitudes et ses convictions au vestiaire. C’est la plénitude du visible que l’absence de tout objet révèle et accomplit – le parti-pris de l’abstraction et la ‘présence’ de cette couleur noire. Noirs et gris d’Odile Kolb sont traversés de lumière, qui vous traverse à son tour, en multipliant ces liaisons affectives qui font monde à l’intérieur de votre propre imagination créatrice. Inattendus, il y a aussi des rouges, un jaune, et des blancs qui prennent plus de place quand on ne s’y attend pas. Mais paradoxalement ce sont des blancs traversés d’ombre, par un frottement de noir sur la surface, quelques traces ajoutées. Une unité de couleur et de lumière sans la moindre atteinte de monotonie, du jamais vu… Et il y a d’autres formes ajoutées, en filigrane ou plus nettement dessinées. Comme une géométrie si l’on veut y reconnaître formes ou tracés déjà vus, ou comme une fantaisie – au sens fort du mot – qui vient enrichir la couleur, nouvelle rivalité pour accroître le pouvoir de cette révélation accordée. Je pense comme à l’accordement d’instruments de musique : les objets, la moindre visibilité consentie à quelque appartenance au monde disjoint, mais ajoutée ici la reliaison esthétique opérée par le geste créateur de l’artiste.

D’emblée, autant dire ce paradoxe, que la peinture d’Odile Kolb manifeste sa vérité avec la force d’une évidence sensible : l’évidence se voit et s’éprouve, la vérité se prouve et se dit. L’art abstrait recherche une réalité qui n’est plus celle qui s’offre si facilement au sens commun dans les étants de l’expérience sensible ; et au travers d’une expérience singulière, subjective, exposée comme telle, il vise l’universalité, un dire substantiel de notre condition. Ce n’est donc pas le moindre paradoxe, pour qualifier l’art d’Odile Kolb, de lui accorder l’évidence d’une vérité qui s’éprouve mais c’est bien tout ce qu’on peut dire d’un art abstrait accompli, parvenu à sa propre perfection en créant une ‘image’ totalement neuve, riche d’un sens inouï. Le pouvoir de cette peinture qui expose vie et vérité de manière si directe est de nous entraîner immédiatement, en un instant unique de saisie mutuelle, vers une contemplation. Lui succède forcément une parole, la mienne ou la vôtre, qui sera légitime pour prolonger le cri, stupéfaction ou joie sauvage, une pensée qui va se livrer en explication, en glose. Parole déplacée, qui sait…

Turbulence et équilibre… Le grand art, en deux mots. Et dans la constance et la plénitude souverainement affirmées d’un style, ce pouvoir d’éveil, de révélation, de libération. ‘Un art brutal’ ai-je entendu dire une fois, assez sauvage ou barbare, sans concession au beau classique, à ce qui plaît facilement en suscitant plaisir. Moi, je répète : ‘vérité’, un emportement qui est générosité, et qui ne cache pas, ou à peine, une affection qui réclame partage, une tendresse qui veut se communiquer.

Réussite rare de cet art singulier, sans rapport avec les gesticulations calculées à fin d’outrager le bourgeois. Génie de frapper son premier coup à un niveau de pure sensation : une secousse, un ébranlement précédant la perception. C’est au plus profond de la sensibilité, en-deçà de l’intelligence et du jugement perceptif, que se lance, avec la vibration d’un jet (comme on dit ‘arme de jet’) cette image mobile, violemment, et à présent immobilisée. Une blessure, celle du peintre sans doute, subitement devenue la nôtre. J’admets bien que c’est une peinture qui confie lisiblement sa détresse et son angoisse, sa peur de la mort, de l’anéantissement, en aveu d’incomplétude ou voeu de perfection, l’un et l’autre douloureux, souffrant ; mais je n’y déchiffre pas la dis-corde ou cette déploration du malheur si facilement exhibées par certains. Devant ces toiles on peut se rappeler les plus grands :  Hartung, Soulages … Je veux bien les citer, mais en précisant que je ne vois pas dans cette peinture d’influence de ces maîtres, intellectuelle ou esthétique. Je crois plutôt qu’Odile Kolb a comme eux puisé à la source très profonde, le fond obscur et fécond où il n’y a propriété d’aucun, aucune exclusivité : la ‘bouche d’ombre’.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s