Je ne sais pas, j’y travaille…

Je l’ai déjà écrit ici, je travaille à mon prochain livre Dedans comme dehors, dont la première partie est consacrée à l’étude du ‘conflit des réalismes’, histoire d’injecter une tonne de béton (de savoirs) à la base de mon précédent livre Un mouvement et un repos – la question de soi, qui souffre du vertige provoqué par une cruelle absence de lecteurs. Pour prouver davantage, et quoi ? Non, mais compléter la réponse à la question de soi par une nouvelle réponse, inédite, à la question du Tout. Je suis donc plongé dans de patientes et laborieuses recherches : j’ai d’ailleurs déjà publié une partie de mon propos concernant les avancées de la Physique contemporaine, je prévois de rapporter aussi quelques pages sur la querelles des Idées dans l’Antiquité avant d’aborder la question ultérieure, tellement plus ample, que j’appelle donc le conflit ‘des’ réalismes. C’est d’ailleurs au 17ème siècles que se dessine ce conflit gigantesque qui perdure de nos jours : dernières avancées de la phénoménologie transcendantale (Romano, Schnell, Thumser) vs les ‘nouveaux’ réalismes ! C’est très fort, intense ; mais dans mon plan si souvent repris et corrigé, j’hésite sur ma conclusion, normal ! Faut-il aboutir ( j’ai déjà tenté de définir un ‘dernier seuil’ !) par le rappel de ce qu’il faut entendre par ‘vie poétique’ – j’ai prévu d’aborder Mallarmé, Kenneth White, Mireille Oillet par une étude sur le concept de ‘blancheur’ – aboutir plutôt à une définition plus métaphysique de l’écologie (Guattari, Coccia, Rosa, Fleury) – aboutir, à la ‘fin’, par une confession plus intime relative à notre condition secrète, l’adoration en prière perpétuelle du Seul (Ibn’Arabi, Ab el Kader) ? Associer pour tout dire mystique et politique par la révélation d’une gnose enfin dévoilée, cette fois universelle, (partant d’allusions à Teilhard de Chardin, Camus : Chazal, Klima, Jourdain) ; rien de tout cela ne va pas de soi ! J’y travaille…

Quel encouragement en trouvant ce texte de Cynthia Fleury (que je voulais réintroduire en ‘écologie’) …sur Mallarmé… Elle est dans le bon angle de vue, celui qui devrait s’imposer, et je ne résiste pas au plaisir de la citer : Occident et Orient ne sont pas des pôles géographiques mais des pôles métaphysiques : ils témoignent d’une forme de saisie. La connaissance occidentale a pour objet le phénomène, ce qui apparaît dans le monde sensible. Selon les Occidentaux, on ne peut accéder à ce qui se présente à nous sans se le représenter, c’est-à-dire, sans unifier ce qui, sans nous, reste du domaine du divers et de l’indéterminé. Or, unifier le divers, c’est créer une représentation, autrement dit un phénomène qui demeure étranger à la chose en soi. Par opposition, la connaissance orientale considère qu’il est possible, et même nécessaire parce que supérieur au niveau cognitif et éthique, d’accéder directement à ce qui se présente à nous. Elle ne bannit pas la représentation mais ne s’en satisfait pas. Derrière tout phénomène, tout ‘zâhir’, il y a un caché, un ‘bâtin’. Ce qui se montre dans le phénomène, tout en s’y cachant, c’est proprement l’ésotérique de ce phénomène, ou encore l’apparition (non apparente) de l’apparence, ce qui fait qu’une chose apparaît. La connaissance orientale s’inscrit dans l’ordre du salut. Elle cherche à sauver le phénomène, à saisir l’invisible sous le visible, le point poétique de l’apparition-disparition. Le sujet et l’objet ne sont plus scindés, comme dans la connaissance occidentale. Ici, l’objet n’apparaît que devant celui qui comparaît. La fiction littéraire fait ici son entrée. Elle est une sorte d’histoire phénoménologique, cherchant à dire le salut des phénomènes, la dialectique qui unit leur apparence à leur puissance cachée d’apparition. ( Mallarmé ou la parole de l’imâm, folio 2020, p. 144)

Ici, le ‘conflit des réalismes’ est résolu , nous sommes près de Stephen Jourdain et de son concept de création qui répond également aux antithèses exposées par les deux partis du réalisme et de l’idéalisme, telles qu’elles se sont figées, je peux bien le répéter, à partir du 17ème siècle en soumission aux normes apparues irrécusables d’une objectivité absolument déterminée par les ‘faits’ d’expérience. J’ai traité du problème de la personne dans mon précédent livre – première personne, faut-il préciser -, il s’agit maintenant du Réel, totalité dynamique où Moi et non-Moi jouent au ‘jeu’ de la co(n)naissance. Je précise en passant, c’est sans doute nécessaire, que Cynthia Fleury évoque précisément dans son ouvrage l’ésotérisme islamique, sans citer le monisme extrême-oriental qui constitue à sa manière une dissolution de la question ! J’en parlerai aussi ! Elle reconnaît par contre, à la fin de son essai, ne pas être parvenue à ‘conclure’ ce qui s’expose comme une théorie ; elle nous invite plutôt à aborder sa ‘concrétude’ qui est affaire existentielle, où Orient et Occident peuvent se rejoindre ; a very private matter disait Stephen Jourdain.

PS : Pour complément, je signale la réédition en poche (CNRS 2019) du livre de Cynthia Fleury Dialoguer avec l’Orient, un autre abord de la question, plus ‘politique’. Sur le fond, bien entendu, il faudrait citer l’oeuvre immense de Henry Corbin, je ne l’ai pas fait ici.

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