Dit de l’impensable ; ce n’est qu’une formulation, ou bien, dit plus pesamment : …il n’y a que de l’Esprit pur se déclinant à la première personne du singulier en mode réfléchi du présent de la création d’un monde – comment l’expliquer, comment en dévoiler l’évidence ?
S’agit-il bien d’une cohérence cette fois, ou d’une charade ? Toutes ces paroles retranscrites ici et là en trente-cinq siècles d’histoire. Oh, il y en aurait bien d’autres, mais il ne faut pas lasser… Cet exercice-là suffit ; et cette cohérence il faut bien la trouver soi-même, en dépit des ‘cassures’. Admettons aussi que de nouveaux commentaires seraient superflus, après ces centaines d’articles publiés les années passées, et qui ne visaient que ‘cela’.
J’en publierai la deuxième partie au 1er janvier de l’année qui vient.
… Quand vous vous serez connus, alors vous serez connus et vous saurez que c’est vous les fils du Père le Vivant. Mais s’il vous arrive de ne pas vous connaître, alors vous êtes dans la pauvreté, et c’est vous la pauvreté.
Au temps où vous étiez un, vous avez fait le deux : mais alors, étant deux, que ferez-vous ?
Quand vous ferez le deux un, et le dedans comme le dehors, et le dehors comme le dedans… une image à la place d’une image, alors vous irez dans le royaume… le royaume du Père s’étend sur la terre et les hommes ne le voient pas.
Heureux celui qui se tiendra dans le commencement, et il connaîtra la fin… Heureux celui qui était déjà avant d’exister.
Celui qui connaît le Tout, s’il est privé de lui-même, est privé du Tout.
Les images se manifestent à l’homme et la lumière qui est en elles est cachée. Dans l’image de la lumière du Père, elle se dévoilera, et son image sera cachée par sa lumière.
… lorsque vous verrez vos modèles qui au commencement étaient en vous, qui ne meurent ni ne se manifestent, ô combien supporterez-vous !
Celui qui boit à ma bouche sera comme moi : moi aussi je serai lui…
Je suis la lumière qui est sur eux tous. Je suis le Tout. Le Tout est sorti de moi et le Tout est parvenu à moi. Fendez du bois, je suis là ; levez la pierre, vous me trouverez là.
Celui qui a connu le monde a trouvé le corps ; mais celui qui a trouvé le corps, le monde n’est pas digne de lui…
Celui qui a connu le monde a trouvé un cadavre ; et celui qui a trouvé un cadavre, le monde n’est pas digne de lui. THOMAS
Il faut t’éveiller dès ce corps, car tout est en lui : ressusciter dès cette vie.
Ce que nous appelons le monde n’est pas le monde réel, mais si on le voyait avec les yeux de l’Être qui l’informe, on le verrait incorruptible et immortel…
Le Logos est le secret de tout. Quelques-uns qui se connaissent eux-mêmes l’ont connu…
Certains plongèrent dans l’eau ; quand ils en remontèrent ils reconnurent la Présence en tout. C’est pourquoi il n’y a rien à mépriser…
Certains voulurent entrer dans le royaume des cieux en se moquant du monde ; ils en furent chassés, ils n’en étaient pas dignes…
La vérité n’est pas venue dans le monde, nue, mais voilée d’images et d’archétypes… Il faut vraiment renaître à partir de ces images, c’est cela ressusciter…
Si quelqu’un n’est pas d’abord ressuscité, il ne peut que mourir. S’il est déjà ressuscité il est vivant comme Dieu est vivant. PHILIPPE
Car c’est au-dedans qu’il (le chercheur) se trouvera… Car c’est au-dedans que se retrouve la joie perdue… Car c’est au-dedans, aussi, que se trouve la porte vers l’extérieur des mondes, l’extérieur qui est le véritable Intérieur.
Commencez par vous placer en Lui. N’allez pas dans les cassures. Car, en vérité, il n’y a pas de frontière. Seuls les yeux créent la frontière. Parce qu’ils ne voient pas l’intérieur qui se tient dans l’extérieur.
Seul l’œil crée l’union. C’est par lui que vous vous placerez en Lui. L’œil crée le Monde qui fait les mondes. L’oreille qui entend crée l’œil et le fait grandir. Ainsi, la réalité qui s’ouvre à l’œil et à l’oreille ouvre la route à une autre réalité. L’Un nourrit le multiple. Et le multiple renvoie toujours à l’Un.
Je vous l’annonce : ne séparez pas. Déplacez-vous parmi les séparations. C’est de cette façon que vous vous placerez en vous… en contemplant la réalité du rêve des mondes, puis en imaginant le Rêve derrière ce rêve… Il faut sortir du rêve des mondes. Car la joie naît dans le Rêve qui conçut le jeu des rêves et des mondes. Que comprenne celui qui a l’intention de comprendre. Que dorme celui qui se plaît dans la plainte des rêves.
Car la souffrance est le toi et le moi qui se rêvent deux : La Matière et la Non-matière font partie du Rêve du monde. Elles sont Un ; elles sont le jeu par lequel l’Oubli tisse son œuvre. La séparation est un jeu. De même que la souffrance. Et que la souffrance naît de l’orgueil premier qui joue à séparer. La Matière, je vous le dis, est un sourire de l’Éternel. Pour nous faire sortir des mondes et nous faire vouloir la Réalité.
Comment atteindre la Réalité ? L’Enseignant parla à tous : En désassemblant ce qui n’est pas Un. En contemplant la Matière qui invente la cassure. En aimant la cassure pour ses jeux. En aimant ses jeux pour sa route vers le Jeu. Puis il dit encore : En osant !
Dis-nous maintenant : Que signifie la Matière ? Devons-nous croire qu’elle se perpétue indéfiniment ? Le Maître enseigna : Tout ce qui a été inventé et qui a été créé, tous les éléments composant la nature des mondes sont interdépendants et mariés entre eux. Mais sera désassemblé tout ce qui a été assemblé afin que tout retourne à la Racine-mère.
La faute n’existe pas. Car c’est vous seuls qui lui donnez existence. Vous faites cela à chaque fois que vous vous pliez aux réflexes de votre réalité construite et adultère. Voilà de quelle façon la faute prend forme… Recherchez l’harmonie avec l’Essence. Et s’il advient que vous êtes en rupture avec l’ordre de Celle-ci, inspirez-vous de toutes les images naturelles évoquant votre réalité profonde… Par le Noûs, l’Essence humaine contemple le Un qui engendre le Deux par amour. MARIE-MADELEINE
Deus est monos, monadem ex se gignens, in se unum reflectens ardorem
24 PHILOSOPHES I
Deus est semper movens immobilis
24 PHILOSOPHES XIX
Nous célébrons ici dans cette vie temporelle, la naissance éternelle que Dieu le Père a réalisée et réalise encore sans interruption dans l’éternité (savoir) que cette même naissance se produit aussi dans le temps, dans la nature humaine… Mais quand elle ne se produit pas en moi, que m’importe ?
Le Père engendre dans l’éternité le Fils, comme son image… Et le Père engendre son Fils dans l’âme exactement comme dans l’éternité et pas autrement. Il faut qu’il le fasse, que cela lui plaise ou non. Il l’engendre sans interruption. Et je dis en outre : il m’engendre comme son Fils. Oui, il ne m’engendre pas seulement comme son Fils, il m’engendre comme lui et lui comme moi, il m’engendre comme son essence propre, sa propre nature : dans la source la plus profonde je jaillis dans l’Esprit saint, là où il n’y a qu’une vie, une essence, une œuvre.
Tout ce que Dieu opère est un, c’est pourquoi il m’engendre comme son Fils, sans qu’une séparation intervienne… un avec Lui et non semblable à Lui… C’est maintenant qu’il l’engendre, aujourd’hui…
Dieu doit carrément devenir moi et moi Dieu : si complètement un que ce lui et ce moi deviennent une seule chose et le demeurent, et – comme l’être pur lui-même – soient dans l’éternité les ouvriers de la même œuvre… Ici l’âme et la Déité sont un, ici l’âme a découvert que c’est elle le royaume de Dieu…
Ce qui existe de perfection en toutes choses, nous le trouvons dans le premier royaume… là toutes les œuvres sont égales… toutes sont faites comme si elles n’étaient qu’une… là où l’homme est Dieu…
La connaissance est pour l’âme comme la lumière… il n’y a absolument rien de meilleur… (mais) quand on connaît les créatures en elles-mêmes, cela s’appelle une ‘connaissance du soir’ : on les voit en toutes sortes d’images séparées… quand on connaît les créatures en Dieu, cela s’appelle une ‘connaissance du matin’ et ici on contemple sans aucune espèce de distinction dans l’Un que Dieu est lui-même…
Si l’image, qui est faite à l’image de Dieu, disparaissait, l’Image de Dieu disparaîtrait aussi…
Celui qui connaît cela… il est lui-même le même qui jouit de lui-même.
ECKHART
Je suis de Dieu l’image…
Dieu est mon sauveur et je le suis, moi, des choses qui s’érigent en moi comme moi-même en lui…
Tout est un jeu que la Déité se donne…
Je dois être soleil : peindre de mes rayons la pâle mer de la totale Déité…
Dieu vraiment n’est rien, et s’Il est quelque chose, Il ne l’est bien qu’en moi, alors qu’Il me fait sien.
Rien n’est que moi et Toi ; et s’il n’y a pas deux, alors Dieu n’est plus Dieu et s’écroule le ciel…
Je ne suis moi ni Toi ; Tu es moi-même en moi.
Ami, où que tu sois, ne t’arrête pas là ; il faut sans cesse aller de lumière en lumière.
L’Ecriture est l’Ecriture et rien de plus. Mon réconfort est l’essence…
Il faut le faire ici ; je n’imagine pas quiconque est sans royaume, au ciel devenir roi.
SILESIUS
L’illusion en laquelle, exerçant son pouvoir et se prenant pour la source de celui-ci, pour le fondement de son être, l’ego croit apercevoir sa condition véritable, consiste justement dans l’oubli de celle-ci et dans sa falsification. L’oubli : celui de la Vie qui en son ipséité le donne à lui-même et du même coup lui donne tous ses pouvoirs et capacités – l’oubli de sa condition de Fils. La falsification : faire de la donation à soi de l’ego et tous ses pouvoirs l’œuvre de l’ego lui-même. Dans l’illusion transcendantale, l’ego vit l’hyper-pouvoir de la Vie – l’auto-génération en tant que l’auto-donation – comme le sien propre, transforme le second dans le premier.
Cette illusion n’est pas totalement illusoire… Le don par lequel la Vie se donnant à soi donne l’ego à lui-même, ce don en est un. Donné à soi, l’ego est réellement en possession de lui-même et de chacun de ses pouvoirs, en mesure de les exercer : il est réellement libre. En faisant de lui un vivant, la Vie n’en a pas fait un pseudo-vivant.
Le corps est l’illustration saisissante … de ce que j’appelle la » duplicité de l’apparaître » : visible et invisible. Le corps se présente d’abord à nous dans le monde et il est interprété immédiatement comme un objet dans le monde… Mais ce n’est que le corps apparent. Le corps réel, c’est le corps vivant… que je ne vois jamais et qui est un faisceau de pouvoirs…
… si la Vie est auto-révélation, si elle est là… toujours là, comment peut-elle être cachée, occultée, pour ainsi dire constamment ? La cause en est que là où la Vie se révèle il n’y a d’écart pour aucun regard, c’est à dire que la pensée ne peut jamais la voir ni la rencontrer et que là où regarde la pensée, la Vie n’est jamais… Le fait que la Vie est oubliée tient au fait… qu’elle est invisible… perpétuellement en deçà du spectacle…
… l’art nous renvoie à un apparaître originel… il veut nous faire voir, au-delà de la chose, l’apparaître qui se cache et dans lequel la chose se dévoile, mais qu’elle cache en même temps…
C’est parce que la vie n’est jamais pour elle-même un objet qu’elle peut et doit former l’unique contenu de l’art et de la peinture – pour autant que ce contenu est abstrait, est invisible… L’abstraction ne s’oppose pas à la nature, elle en découvre l’essence véritable… L’art est la résurrection de la vie éternelle. HENRY
Dieu voulut voir Sa propre essence en un objet global qui, étant doué de l’existence, résume tout l’ordre divin, afin de manifester par là Son mystère à Lui-même… Dieu a d’abord créé le monde entier… semblable à un miroir qui n’a pas été poli… Il n’y a donc hors de la Réalité divine qu’un pur réceptacle, mais ce réceptacle lui-même provient de la Réalité divine… car la réalité tout entière, de son commencement à sa fin, vient de Dieu seul, et c’est vers Lui qu’elle retourne. Ainsi donc l’Ordre divin exigeait la clarification du miroir du monde, et Adam devint la clarté même de ce miroir et l’esprit de cette forme.
L’homme est à Dieu ce qu’est la pupille à l’œil, la pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant et unissant.
Etant donné que l’être éphémère manifeste la ‘forme’ de l’éternel, c’est par la contemplation de l’éphémère que Dieu nous communique la connaissance de Lui-même… Dieu se décrit à nous au moyen de nous. En le contemplant, nous nous contemplons, et en nous contemplant, Il Se contemple bien que nous soyons nombreux quant aux individus et aux genres… En vérité, l’univers est imagination, et il est Dieu selon sa réalité essentielle.
Reconnais donc ta propre essence, qui tu es, ce qu’est ton ipséité, quelle est ta relation avec Dieu, par quoi tu es Dieu, par quoi tu es » monde » ou » l’autre « , car telle est ta nature…
Certains, observant la loi des formes réfléchies dans des miroirs, ont prétendu que la forme réfléchie s’interpose entre la vue du contemplant et le miroir même… En réalité la forme réfléchie ne cache pas essentiellement le miroir, mais celui-ci la manifeste : Dieu est le Miroir dans lequel tu te vois toi-même, comme tu es Son miroir dans lequel Il contemple ses Noms (les modèles).
Si tu savoures cela, tu savoures l’extrême limite que la créature comme telle puisse atteindre par la connaissance intellective…
IBN’ARABI
L’Aimé m’est apparu où Il ne Se peut voir. Merveille ! Par Lui je Le contemple là où je ne puis voir.
… depuis toujours, c’est ‘comme si’ j’étais moi… Tu es Lui le Moi et Lui Toi… Je suis en vérité perplexe à mon sujet, perplexe jusqu’en ma perplexité…
ABD al-QÂDIR
L’essence divine est le réel absolu. La révélation commence par son effusion sur et dans ses propres noms … comme autant de désignations des propriétés actives de Dieu, en tant qu’il entre en relation avec sa création, c’est-à-dire en tant qu’il s’épiphanise, se révèle soi-même dans la multiplicité des règnes de l’univers…. Le nœud de l’identité de l’identique et du créé est la forme de l’identique dans le créé, par quoi le créé se révèle épiphanie de l’identique… L’identité est coïncidence ontologique de l’apparition et du voilement au sein de l’unité épiphanique, où se déploie sous un mode l’unité du réel…
C’est pourquoi la définition du réel est impossible. Il y faudrait la connaissance de l’infinité des formes de manifestation qui peuplent l’univers. Seule l’assomption en un savoir absolu de l’ensemble du Dieu révélé offrirait une représentation du réel caché, or un tel savoir n’appartient qu’à la science divine… L’Essence s’épiphanise en une forme qui la révèle d’autant mieux qu’elle occupe tout le champ du regard qui contemple cette forme, et plus cette contemplation est intense, plus le miroir est éloigné. La forme intense que le regard de l’âme crée par son imagination, étant d’abord effet de l’imagination même de Dieu, est bien une épiphanie du divin. C’est Dieu qui s’imagine lui-même dans le miroir. Mais il ne s’imagine que sous le mode du sujet percevant, du point de vue singulier de celui-ci, et se dérobe à la saisie qui l’objectiverait… L’en-soi est identique à ce en quoi il se voile, le seigneur personnel dévolu au sujet de la vision. Dans la simultanéité de la vision et du voilement, l’identité fait l’épreuve, sans passion, de son propre soi. Il n’est rien d’autre que le soi, dans la multiplicité des sujets qui perçoivent la théophanie, et celle-ci est ipso facto son propre sujet, le soi se manifestant comme seigneur dans l’unité du regard.
… la différence est l’instrument de l’identité. Il reste que, de notre point de vue, du point de la singularité expressive, cette différence … se traduit par la perplexité, l’égarement.
JAMBET